Rifat al-Assad, agent de l’ombre dans l’Omerta entre Mitterrand et Abu Nidal après l’attentat de la rue des Rosiers

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La Figaro révèle pourquoi la France est silencieuse sur les crimes de Rifat al-Assad

Le journal français La Figaro a révélé des aspects mystérieux de la relation de Rifat al-Assad avec les services secrets français et les prestations les plus importantes qu’il leur a fournis. Ceci explique que la France a fermé les yeux sur sa récente fuite en Syrie.

Le journal a déclaré  dans un reportage  que Rifat al-Assad « n’a pas quitté la France en tant que criminel condamné, mais celle-ci (la France) a couvert et a ignoré son départ en raison des services qu’il a rendus aux services de renseignement français, pour lesquels il a reçu la médaille d’honneur en 1986 par l’ancien président français François Mitterrand. »

Le journal soulignait que Rifat al-Assad avait joué un rôle dans la création d’un autre type de relation avec le renseignement français depuis 1982, et que cela avait duré près de quarante ans (éviter les attentats en France après celui de la Rue des Rosiers -Restaurant Jo Goldenberg-).

Quant au service le plus notable rendu par Rifat al-Assad, le journal a noté qu’il a rendu un grand service au directeur du renseignement français en 1982, qui a joué un rôle clé dans la dénonciation du réseau de Sabri al-Bana, alias Abu Nidal, après que ses hommes ont mené des attaques infernales en France.

Le reportage du journal a souligné que les relations entre Somer al-Assad, le fils de Rifat, et Maher al-Assad, le frère de Bachar, n’avaient jamais été rompues, en particulier leurs relations avec les principales organisations criminelles en Europe.

Réseau Abou Nidal

Sabri Khalil al-Bana, connu sous le nom d’Abu Nidal, est considéré comme l’un des dirigeants les plus éminents de l’organisation du Fatah et de l’organisation pour la libération de la Palestine avant sa scission et la création du Conseil révolutionnaire du Fatah – فتح – المجلس الثوري « en 1974 .

Abu Nidal est né le 16 mai 1937 à Jaffa. Il a rejoint le parti Baas en 1955, puis a rejoint un mouvement dirigé par Yasser Arafat en 1967, et il a d’abord pris la direction de la sécurité régionale de l’organisation en Jordanie, et en 1969 est devenu le représentant du Fatah au Soudan, avant d’être nommé chef de l’OLP auprès du ministère à Bagdad.  

 

L’organisation Abu Nidal  a été accusée d’ être responsable d’avoir tué et blessé des centaines de personnes lors d’attaques terroristes dans les années 1970 et 1980 dans un certain nombre de pays, dont les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, Israël, les pays arabes et même dasn des règlements de compte contre les Palestiniens.

En 1982, l’organisation a mené une attaque à la grenade contre le restaurant Joe Goldenberg dans le quartier juif du Marais à de Paris, tuant six personnes et en blessant 22 autres.

L’organisation est classée comme organisation terroriste par les États-Unis d’Amérique, la Grande-Bretagne, le Japon, Israël et l’Union européenne.

L’ancien chef du renseignement français Yves Bonnet a admis en 2019 que Paris avait signé un accord verbal avec Abou Nidal dans les années 1980, stipulant que les autorités françaises n’attaqueraient pas les membres de son organisation en échange du fait qu’ils ne mènent pas d’opérations sur son territoire.


Le come-back de celui qui s’était lancé dans la révolution contre Bachar peu après
2011 intervient un mois après la confirmation par la justice française de sa
condamnation à quatre ans d’emprisonnement pour s’être frauduleusement constitué
dans l’Hexagone un patrimoine estimé à 90 millions d’euros. L’ancien vice-président
syrien a été reconnu coupable de blanchiment en bande organisée, et de
détournement de fonds publics syriens, entre 1996 et 2016. L’ensemble de ses biens
en France et en Espagne a été confisqué.
«Rifaat est rentré fauché en Syrie», confie son avocat, Élie Hatem.

«Son retour s’est fait
sans négociation avec le pouvoir syrien», nous a déclaré depuis Damas, Somar, un de
ses fils, rentré avec son père et qui, lui, n’avait jamais coupé les ponts avec Maher elAssad, le tout-puissant frère de Bachar.


À 84 ans, «Rifaat avait la nostalgie de son pays», explique Élie Hatem. Selon son fils,
l’ancien vice-président, qui ne fera pas de politique, n’a pas encore revu son neveu,
Bachar.


Rifaat n’a pas quitté la France comme un voyou recherché. Il faut dire que le frère de
Hafez el-Assad a rendu de nombreux services à l’Hexagone, qui le décora de la Légion
d’honneur, sous François Mitterrand.

Rifaat incarnait les relations tumultueuses entre
Paris et Damas, depuis quarante ans.

En septembre 1982, c’est avec lui que Pierre Marion, patron de la DGSE, les services
de renseignements extérieurs, négocie – après aval de François Mitterrand – l’arrêt des
opérations terroristes d’Abou Nidal sur le sol français, un mois après l’attentat contre
le restaurant Joe Goldenberg, rue des Rosiers à Paris, qui fit six morts.

Vingt-trois ans
plus tard, à l’été 2005, c’est dans son hôtel de Marbella qu’un commando de la DGSE
récupérera un témoin bidon, Zuhaïr al-Sadiq, auquel la justice internationale en charge
de l’assassinat, quelques mois plus tôt, de l’ancien premier ministre Rafic Hariri,
tentera de lui faire endosser des témoignages épars, glanés auprès d’autres
personnes. L’opération sera un gigantesque fiasco.

Bourreau de Hama

Mais à l’époque, Rifaat est du bon côté de la barrière. Alors que Jacques Chirac veut
«faire rendre gorge» à Bachar el-Assad, coupable, selon lui, de la mort de son ami
Hariri, Rifaat est opportunément dans l’opposition à Damas. Il le sera encore quelques
années plus tard lorsque, à partir de mars 2011, les opposants à Assad descendent
dans la rue pour réclamer «dignité et liberté». Avec un groupe d’exilés syriens, Rifaat
fondera le Conseil démocratique national syrien. Il appellera son neveu à quitter le
pouvoir. Sans succès. Dix ans plus tard, même s’il ne règne plus que sur un champ de
ruines, Bachar el-Assad a vaincu ses opposants.
«Afin d’empêcher son emprisonnement en France, le président Assad a décidé de passer
outre les déclarations et les actes de Rifaat et l’a autorisé à revenir en Syrie», écrivait la
semaine dernière le journal gouvernemental Al-Watan. Sans argent et sans hommes, il
ne représente plus aucune menace. Depuis 2016, Rifaat avait cessé ses prises de
position anti-Bachar.
Au début des années 1980, Rifaat el-Assad commandait les «brigades de défense»,
engagées alors dans la répression des islamistes liés aux Frères musulmans, qui
multipliaient les attentats à travers la Syrie. En 1982, il écrasera dans le sang une
révolte des Frères musulmans à Hama, une répression qui se traduira par des milliers
de morts. L’année suivante, il les envoie dévoiler les femmes dans Damas en 1983.
Mais l’année d’après, profitant d’une maladie de Hafez el-Assad, Rifaat voulut prendre
le pouvoir. Le pas de trop qui lui vaudra l’exil en Europe, avec sa fratrie: quatre
épouses – dont la belle-sœur de l’ancien roi saoudien Abdallah – et de nombreux
enfants, dont un écrivain, publié en France, et une avocate, inscrite au barreau de
Paris, ainsi que 200 hommes. «Mon père est très content d’avoir retrouvé ses amis et
sa famille», se félicite Somar.
En revanche, l’ancien protégé des pouvoirs successifs à Paris en veut beaucoup à son
ancienne terre d’asile. «Il est très déçu par la justice française, affirme Somar el-Assad,
il ne comprend pas ce qu’on lui fait après avoir rendu autant de services.»

 

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