Qui? par Gilles Falavigna

Publié par

Qui ?

Gilles Falavigna

La gestion de la crise covid a distribué de nouvelles lignes. Provax contre anti-pass, la nouvelle opposition est virulente, violente, haineuse.

 

Cette crise est la première de « l’ère post-vérité », selon l’expression initiée par Claude Allègre. Les nouveaux médias ou réseaux sociaux, happés par la demande, offrent un contenu outrancier. Les mots n’ont plus aucun sens. Peu importe la vérité, pourvu qu’il y ait l’extase émotive.

Pour faire face à cette concurrence, les media traditionnels ont développé la vérification factuelle : le check news et la chasse aux fake news. Mais à l’ère post-vérité, ce qui est excessif n’est plus insignifiant.

Libé, Le Monde et autres apparaissent comme détenteurs exclusifs de la vérité, donneurs de bons points et surtout courroie de transmission du Ministère de la Vérité. Mais au regard de l’homme, la vérité ne sera jamais Une… (du moins jusqu’à l’ère messianique et la reconnaissance du Un). 

 

Il y règne comme une ambiance de fin de race, une montée au créneau en baroud d’honneur ou plutôt un baroud subventionné.

Les nouvelles lignes émergées de la crise covid sont en crise d’identité. Les mouvements sont populaires et les anciennes lignes, de l’Extrême Gauche à l’Extrême Droite, sont brisées. Les mouvements ne veulent pas répondre à une ligne directrice politique. L’individualisme est forcené mais pour être une force politique légitime, la représentativité est obligatoire.

Dans une moindre mesure, le mouvement Gilet Jaune avait connu le même problème. Il y a d’un côté les tortionnaires et de l’autre côté les victimes. Très vite, le drapeau palestinien est venu fédérer les Gilets Jaunes.

 

Il n’est pas utile, ici, de développer la mystification de la cause palestinienne mais il est intéressant de noter qu’une même cause produit un même effet sur une mécanique identique.

 

Quand on est en quête d’identité, fabriquer un ennemi reste une valeur sûre. Le Juif est une valeur sûre qui rassemble sans qu’il soit nécessaire de l’exprimer.

Nous avons donc pu voir, lors des manifestations anti-pass, ces affiches de noms avec un « qui ? » distributeur en leur centre.

L’affaire précédente de l’étoile jaune heurtait les sensibilités, l’intelligence et le bon sens, mais la quête identitaire renvoie obligatoirement à une symbolique forte. Ceux qui s’offusquaient le plus oubliaient qu’ils étaient ceux qui criaient, quarante ans plus tôt : « CRS SS » pour un référentiel identique de l’oppresseur et de l’opprimé.

Pour ce « qui ? », certains dissertent pour dire qu’il s’agit du pouvoir de l’argent, du pouvoir capitaliste. Antisémitisme ? Que nenni, ici encore il se planque derrière l’antisionisme offusqué. Dès qu’il est apparu qu’Israël arrivait en tête de la gestion covid, il fallait, bien sûr, s’attendre à son association galopante au point Godwin.

Ne pas voir l’antisémitisme dans les affiches peut être admis. Le Juif est partout et en conséquence, il est au centre de toute chose. La confusion entre la chose et son centre serait le fruit du hasard. Soit ! Mais l’aveugle se permet de donner son avis sans connaître l’origine de ce « qui ? ».

Le général en retraite Delawarde parlait avec insistance d’une communauté qui contrôlait, entre autres, les médias. Claude Posternak lui demandait : « qui, qui, qui ?! ». Bien sûr, Delawarde ne répondit pas si ce n’est par une espèce de : « vous le savez bien ».

« On se comprend » aurait probablement ajouté Dieudonné.

Ce « qui ? » est tout sauf anodin. Il est le déterminant des noms qui l’entourent.

Bref, encore une fois, la question de différencier l’antisémitisme de l’antisionisme revient sur la place publique. Il est important de répondre avec force et précision, encore et toujours.

De manière ostentatoire, les manifestations anti-pass arboraient des drapeaux français à côté des affiches de ces « qui ? ». Il n’y avait pas de drapeaux palestiniens.

Dans l’ouvrage Géopolitique de la question juive, je développais la thèse que l’idéologie nazie n’était pas plus raciste que l’époque dans laquelle il s’ancrait.

L’antisémitisme et le racisme étaient l’ordinaire, systémique dirait-on aujourd’hui. L’antisémitisme était la bien-pensance. Inversion des valeurs, ce terme est associé au politiquement correct, une forme de complotisme. Mais à l’ère moderne, Marcel Proust qualifiait de bien-pensants les antidreyfusards. Ils étaient la majorité silencieuse. Proust et les Dreyfusards étaient des complotistes d’hier, les larbins du « grand complot juif ».

Le déterminant du Nazisme était l’antisionisme. La notion de Reich est fondamentalement celle de la terre. La question est importante à l’heure actuelle quand l’opposition au pass sanitaire se focalise sur la prétendue dictature que nous vivons, idée balayée d’un revers de main avec condescendance en montrant l’exemple de la Corée du Nord.

Il y aurait la mise en place d’un système totalitaire, rétorquent les opposants au pass qui citent une montée en puissance pas à pas du Nazisme. Ils se trompent.

La mécanique de la montée en puissance du Nazisme est décrite par Goebbels dans son livre Kampf um Berlin, écrit avant la prise du pouvoir par Hitler. C’est en instaurant la peur que le Nazisme a pris le pouvoir. Il s’agissait d’une peur concrète instaurée par les défilés dans les rues. La peur faisait courber la tête à une population disposée à la soumission. Pour rappel et pour le comprendre, le Judaïsme rapporte que seulement 20 % des hébreux ont suivi Moïse. 80 % ont choisi de rester « confortablement » en esclavage en Egypte. La nature humaine est ainsi faite.

L’antisémitisme est un sentiment profond et abstrait. L’antisionisme est dans le concret. Le territoire s’inscrit dans le concret. L’antisémitisme semble irrationnel. L’antisionisme semble rationnel. Il le semble car Israël est une réalité. Il le semble, surtout et de plus en plus, depuis que nous sommes entrés dans l’ère post-vérité. Savoir, c’est sentir qu’on sait.

L’antisionisme est la justification de l’antisémitisme et ils se développent en synergie, théorie et pratique, pensées déductives et inductives.

L’antisémitisme semble irrationnel mais il n’en est rien comme le hasard n’est qu’un algorithme dont on ne possède que des données trop complexes pour la compréhension.

L’antisémitisme semble irrationnel car il est gravé dans le patrimoine génétique des Nations. On imagine une évolution qui passe de l’antijudaïsme à l’antisémitisme puis à l’antisionisme.

L’antijudaïsme est dans les évangiles, toujours ce besoin de créer un ennemi pour exister. Mais le peuple déicide est bien un peuple et non une religion. Il y a déjà cette matérialisation dans le concret.

Puis c’est Paul de Tarse, dans son Épître aux Galates qui oppose les Chrétiens et le monde aux Juifs. Pour Paul de Tarse, ce qui doit caractériser le Chrétien est l’inverse de ce qui caractérise le Juif. Si le Chrétien ne doit pas être circoncis, ce n’est que parce que le Juif est circoncis.

Très vite, la Terre Sainte marquera l’opposition, non pour s’approprier le lieu de naissance et de vie de Jésus, mais pour contrer la dimension collective de la religion juive. Le droit romain interdit la « superstition » et l’attachement des Juifs à leur terre, pacte d’Abraham, est perçu pour de la superstition.

C’est en conséquence d’une fête de ‘Hanoucca qu’Ambroise de Milan fera détruire les synagogues.

Portrait de « Saint » Ambroise (340-397), évêque de Milan – destructeur des synagogues- Peinture de Mathias Stomer (Matthias Stom) (1600-1650) Ec Flam, vers 1633-1639 – Huile sur toile – Dim : 1,10×1,30m – Rennes, Musee Des Beaux Arts –

L’occident est de culture grecque, de droit romain et de religion chrétienne. Il se fait appeler judéo-christianisme mais cela n’a de sens que par l’assimilation forcée du Judaïsme et des Juifs.

Le triptyque fondateur de l’identité occidentale est antisémite. L’antisionisme lui donne la dimension concrète sans laquelle l’identité s’effondre. C’est entré dans l’inconscient collectif des Nations.

Qui ? Demandent en oblation les manifestants. Ils ont les noms. Il ne s’agit donc pas de personnes mais, comme disait cet ancien général obséquieux, d’une communauté. Il leur faut que l’irrationnel se libère dans le concret et ceci jusqu’à une nouvelle Shoah – ‘has veshalom. L’antisionisme est là en justification.

Les conflits asymétriques offrent au dominant l’avantage de rester propre. Les manifestants ont besoin de sentir leur puissance. La morale serait de leur côté.

L’inversion des valeurs est donneuse de leçons. On nous ressort « les Horribles ». Une femme qui portait la pancarte désignant la liste des « qui ? » est mise en garde à vue. Elle aura bon dos. Libération, le vertueux journal, met à l’index le bouc émissaire et invite à la solution finale d’Israël. C’est la même bien-pensance que celle que qualifiait Marcel Proust.

L’antisémitisme finira-t-il ? Il est vieux de plus de deux mille ans. Il est plus que nécessaire de l’identifier pour ce qu’il est. Il se cache pour mieux frapper. Les politiques sortent leur formule que l’antisémitisme n’est pas une opinion, que c’est un délit. Et cette femme sera condamnée, peut-être.

Le problème de ne pas laisser s’exprimer l’antisémitisme est de taire conjointement l’expression du contre-argument, de l’explication, de la contextualisation.

Le problème du délit est d’ouvrir à la confusion des genres. Tout est question de mesure et on ne peut mesurer que sur un étalonnage. Émotion contre émotion, raison contre raison, vérité contre vérité. Nous voici à vérité contre délit et en conséquence la vérité ne vaut plus rien.

Qui ? Cette question pleine de sous-entendus se propage dans le monde de l’abstrait où règne la post-vérité. L’émotion y est une fausse émotion, une gratification à toutes les frustrations et en premier lieu celle de l’identité confuse.

Le Judaïsme, à travers le Sefer Zohar, enseigne que l’ère messianique verra se former les 70 Nations.

Tant que l’identité des Nations ne sera pas factuelle, l’antisémitisme persistera. En toute logique, le Sionisme est l’arme contre l’antisémitisme.

Par Gilles Falavigna (ici en grande discussion talmudique avec Marie et le Rav Dynovisz)

Un commentaire

  1. Mort aux cons!
    Suite à cet article sur la fameuse pancarte du « qui? » et sa réalité antisémite, différentes discussions avec des amis me font porter un regard un peu différent, plus direct.
    Je m’intéressais sous une influence « intellectuelle » à la nature antisémite, au sens de la mesure, celle du talion.
    Je pensais à « mon ami et maître » le rav Dynovisz qui rapportait le témoignage de sa tante, survivante de la Shoah par balle, laissée pour morte sur un charnier. Je pensais à la vieille folle de BDS et ses affiches et me disais que la dénommée Cassandre et sa pancarte ne jouent définitivement pas dans la même cour d’antisémitisme.
    Finalement, qu’importe la démesure qu’elle se fasse virer de l’Education Nationale. Qu’importe que son logement soit perquisitionné.
    Surtout, ne pas faire une victime de ce personnage ordinaire.
    Qu’importe les Politiques et Media qui rabâchent que l’antisémitisme n’est pas une opinion mais « seulement » un délit.
    L’antisémitisme est un ennemi. Il se combat à tous les niveaux et j’en appelle à Cyrano en modèle d’action:
    « N’importe, je me bats, je me bats! »
    Il ne faut pas s’y tromper. L’antisémitisme a toujours joué de l’ambiguïté et de la trahison. Et c’est bien ce qu’on retrouve sur cette pancarte: l’ambiguïté est évidente avec son « qui? ». Et elle trahit la cause de la lutte contre le pass sanitaire qui n’a surtout pas besoin de complotisme.

Laisser un commentaire