Pegasus, nouveau moyen de salir Israël

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Pégasus, nouveau moyen de salir Israël

Le 22 juillet 2021, la Knesset a créé une commission chargée d’enquêter sur l’utilisation du logiciel Pégasus, par les pays qui en ont fait un outil d’espionnage d’éminentes personnalités politiques, de journalistes, d’activistes, de hauts fonctionnaires… dans le monde. Par ailleurs, une équipe composée de membres du Mossad, du Ministère des Affaires Etrangères et de la défense, a été chargée de réviser les licences d’exportation dans le domaine de la cybertechnologie et d’en analyser les conséquences. Les débats autour de l’utilisation malveillante de Pegasus (par de nombreux pays) n’en pose pas moins question : ce n’est jamais le principe d’écoutes illégales, au sein des pays utilisateurs, qui est dénoncée, mais juste sa fabrication par Israël. En d’autre termes, les commentaires sur Pégasus dans la presse font insidieusement d’Israël, l’organisateur d’un complot destiné à contrôler le monde, ce que les antisémites ont toujours reproché aux juifs.

En effet, la presse annonce, chaque jour, qu’Israël vend « des outils intrusifs » à des gouvernements qui « posent problème ». Pour sa part, le logiciel « espion » Pegasus est présenté comme étant à l’origine de violations répétées des Droits de l’homme et d’abus de pouvoir à l’échelle mondiale, la technologie israélienne, étant, pour sa part, réputée pénétrer « le cœur de nos vies ». Aussi, les dirigeants européens ont-ils exprimé « leurs inquiétudes » concernant « l’outil israélien » commercialisé à des régimes dictatoriaux (l’Arabie saouditeÉmirats arabes unis, l’Azerbaïdjan…) ou qui oppriment les dissidents politiques les activistes, les journalistes (Mexique, Inde, Rwanda, Hongrie…). Pegasus aurait même servi à pirater les smartphones de Présidents de la République (dont Emmanuel Macron), du Roi du Maroc, ou de Premiers Ministres…

Israël est ainsi présenté comme seul responsable de la violation des libertés individuelles dans le monde, puisque le Ministre de la Défense, Benny Gantz, a  autorisé les sociétés NSO ou Cellebrite à vendre l’outil d’espionnage à des pays (peu démocratiques) qui l’utilisent pour consolider le régime. Les pays, choqués, ont même demandé à Israël (et à son armée) de se doter de « vertus éthiques et morales » dans son approche sécuritaire et dans sa politique étrangère…

Depuis les révélations, la société NSO est dans le collimateurs, tout comme les cyberunités israéliennes chargées du renseignement, telle l’unité 8 200 (instance du renseignement militaire chargée de collecter des données, de rechercher, analyser, déchiffrer et traiter les informations, ainsi que de fournir un soutien aux opérations anti terroristes à l’étranger), l’unité 81 (branche technologique des renseignements militaires) ou encore les cyberorganismes  chargés de protéger les réseaux militaires de toute intrusion sur le territoire israélien.

Une fois encore, l’Etat juif est  obligé de se justifier alors qu’aucune faute ne lui est imputable. En effet, il appartient (théoriquement) aux pays acquéreurs du système « de respecter les engagements stipulés dans la licence ». De même, la société NSO a rappelé avoir « mis en place des processus préalables à la vente des systèmes et préconisé une procédure d’utilisation » (manifestement non respectées). Dès lors, Israël n’est en rien responsable de l’utilisation malveillante du logiciel : seules les modalités d’utilisation de Pégasus (par ses acquéreurs) posent problème, non sa fabrication israélienne.

Sur ce point, une extraordinaire hypocrisie préside aux débats : tous les pays (qu’ils soient ou non démocratiques) disposent de systèmes d’écoutes internes (une législation entourant les modalités de son recours dans les pays démocratiques).

A titre d’exemple, la France dispose d’une réglementation spécifique pour la mise en œuvre des écoutes : sur le plan administratif, le Premier ministre peut autoriser des écoutes téléphoniques pour des motifs tenant à la sécurité nationale (hypothèse des opérations liées au terrorisme et à la criminalité organisée) alors que sur le plan judiciaire, l’article 100 du Code de procédure pénale permet au Juge d’Instruction d’ordonner, pour une durée de 4 mois, des écoutes téléphoniques dans l’hypothèse de crimes ou de délits (si la peine encourue est de 3 ans de prison ou plus). Les écoutes téléphoniques doivent alors être justifiées par les nécessités de l’enquête de flagrance.

Depuis des décennies, des législations similaires existent dans chaque pays démocratiques pour écouter des personnes impliquées dans les infractions les plus graves. Ainsi, qu’ils soient démocratiques ou non, tous les pays dans le monde disposent de moyens d’écoutes sophistiqués : ils n’ont pas attendu les techniques israéliennes pour y procéder. Pour autant, si les pays totalitaires ne disposent pas d’une réglementation encadrant les écoutes, les pays démocratiques sont tenus de l’effectuer dans un cadre légal. En tout état de cause, c’est bien là que le bât blesse.

Parfois, il arrive que des pays utilisent un système d’écoute en dehors de tout cadre légal. C’est le cas, par exemple, de la France : entre le mois d’août 1982 et le mois de mars 1986, le service de renseignement français a mis en place un système d’écoute et de fichage illégal, au cœur même du Palais de l’Elysée. 2000 personnes en ont alors été victimes (responsable politique, comédiens, hommes d’affaires, écrivains, personnalité publiques et même, agents des services de renseignement).

De même, aux Etats-Unis, Edward Snowden a révélé (en 2013) l’existence d’un système d’écoutes illégales organisé par la NSA, pour capter les secrets d’officiels ou de particuliers, notamment français. Ainsi, et grâce à Snowden, les dérives illégales de l’appareil de renseignement américain sont apparues au grand jour. L’ex-employé de la NSA a ainsi fourni un graphique montrant l’ampleur des surveillances téléphoniques réalisées, notamment, en France : en un mois, la NSA a capté 70,3 millions d’enregistrements de données téléphoniques de Français…

S’agissant de Pégasus, un consortium de journalistes créé par Forbidden Stories a révélé le ciblage invasif du triangle  France-Algérie-Maroc et l’utilisation par Rabat du logiciel au détriment du pouvoir algérien : 6 000 numéros de téléphone de personnes algériennes (responsables politiques, militaires, chefs des services de renseignement,  hauts fonctionnaires, diplomates étrangers en poste ou militants politiques) ont été sélectionnés. Le téléphone du Président Emmanuel Macon a également été infecté.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le fabricant de l’outil permettant les écoutes qui doit être mis en cause, juste les modalités de son utilisation par les pays qui l’acquièrent. Même si le logiciel israélien est plus performant que les outils d’écoutes traditionnels (non israéliens), la presse devrait plutôt condamner les pays qui en font un usage non conforme, au lieu de s’acharner sur Israël. Pégasus ne doit donc pas devenir un nouveau moyen de salir Israël en occultant le seul problème : les violations des libertés individuelles par les pays qui se permettent d’écouter illégalement.

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