Le Hamas veut les aides à Gaza et les armes en Cisjordanie

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Le 26 septembre 2021, les forces de défense israéliennes ont éliminé 3 terroristes palestiniens dans le village de Bidu, situé au nord de Jérusalem. Ces trois hommes, membres du Hamas, projetaient de mener des attaques contre des cibles israéliennes. Israël a donc informé (deux jours plus tard) les services de renseignement égyptiens que si le Hamas tentait d’exacerber la situation en Cisjordanie (en alimentant des manifestations et en menant des opérations terroristes individuelles contre Israël), l’Etat juif procèderait au gel des incitations économiques (annoncée au début du mois de septembre). Faisant fi de la menace, le Hamas a confirmé attendre les aides israéliennes, tout en refusant de désarmer.

 

A l’issue du conflit ayant opposé Israël au mouvement terroriste Hamas (le 20 mai 2021), le climat s’était détendu. Dans le cadre du cessez le feu (négocié sous l’égide de l’Egypte), Israël a indiqué que la trêve serait « réciproque et inconditionnelle ». Pour leur part, le Hamas et le Jihad islamique palestinien avaient marqué leur accord sur le principe d’une trêve « mutuelle et simultanée ».

 

Aussi, dès le 31 mai 2021, le chef des services de renseignement égyptiens s’est-il rendu dans la Bande de Gaza (ce qu’il n’avait pas fait depuis le début des années 2000), pour rencontrer des responsables du Hamas, faire progresser le cessez-le-feu, discuter des plans de reconstruction et évoquer le sort des soldats israéliens séquestrés dans la bande côtière.

 

Pour sa part, Israël a fait montre d’une particulière bonne volonté : en cas de renonciation aux opérations terroristes, il a promis à la Bande de Gaza une extension de la zone de pêche (de 12 à 15 miles nautiques), la réouverture du passage commercial de Kerem Shalom (pour permettre l’entrée de marchandises et d’équipements), l’augmentation des autorisations données aux commerçants et aux travailleurs pour venir travailler en Israël (environ 7000 personnes) et celle de l’approvisionnement en eau douce à hauteur de 5 millions de mètres cubes.

Le 15 septembre 2021, une délégation égyptienne chargée de la sécurité s’est alors rendue à Gaza dans le but de faire avancer le plan appelé « économie contre sécurité » proposé par le Ministre israélien des affaires étrangères, Yair Lapid. Celui-ci prévoit, également, la reconstruction des infrastructures de Gaza avec toujours, pour contrepartie : le désarmement des groupuscules armés palestiniens.

Compte tenu des avancées positives, l’Egypte a, le 23 septembre, entamé la première phase du processus de reconstruction de Gaza, dans le cadre de laquelle, le Caire s’est engagé à verser une dotation financière à hauteur de 500 millions de dollars. Des ouvriers égyptiens se sont même rendus à Gaza (en septembre 2021) pour enlever 270 tonnes de gravats, conséquence des bombardements israéliens survenus en mai 2021.

Rappelons également que le 3 octobre 2021, une délégation du Hamas s’est rendue au Caire pour discuter de la situation de la trêve avec Israël et aborder l’échange des soldats détenus à Gaza contre des prisonniers palestiniens incarcérés en Israël. Ont également été évoqués, « l’évolution de la situation dans la Bande de Gaza », les incitations israéliennes en faveur des palestiniens, et (l’hypothétique) levée du siège israélien sur la Bande de Gaza…

 

En marge des négociations, l’inconvénient résulte de ce que le Hamas est toujours plus intéressé par sa lutte contre Israël que par le bien être de la population palestinienne. Le 3 octobre 2021, des responsables du Hamas ont donc catégoriquement rejeté le principe du désarmement, sans craindre les menaces israéliennes quant au lourd tribut qu’il serait amené à régler s’il persistait dans ses agressions terroristes contre les intérêts israéliens (en fait, le désarmement des milices terroristes lui ferait perdre son unique raison d’être).

Rappelons que les terroristes du Hamas ont repris leurs activités en Cisjordanie, suite à l’outrage causé par la reprise des 6 palestiniens qui s’étaient évadés de la prison de sécurité de Gilboa, le 6 septembre 2021. Des responsables du Hamas de la Bande de Gaza ont, d’ailleurs, confirmé que les trois terroristes abattus par l’armée israélienne à Bidu étaient membres du Hamas, même s’ils ont nié les instructions qui auraient été données depuis la Bande de gaza.

 

En tout état de cause, le Hamas est persuadé qu’Israël n’annulera pas le programme des mesures incitatives promises, en dépit de la résurgence des actions du groupuscules islamiste : « Le processus de reconstruction de Gaza a commencé et Israël ne sera pas en mesure de l’arrêter ». Pour ce qu’il en est de la pacification de la zone, les responsables de l’organisation ont confirmé ne pas vouloir accéder aux demandes israéliennes : «  la résistance palestinienne à Gaza ne restera pas les bras croisés si le siège s’intensifie et si les incitations sont interrompues ». Autrement dit, l’arrêt de l’aide israélienne à Gaza deviendrait un nouveau motif pour reprendre les opérations contre Israël.

Members of the Ezz-Al Din Al-Qassam Brigades, the armed wing of the Hamas movement, stand on an Israeli flag during a military parade in a street in Khan Yunis, in the southern Gaza Strip on May 27, 2021. (Photo by SAID KHATIB / AFP)

Pour justifier la poursuite de la lutte armée en Cisjordanie, le Hamas a expliqué ne pas se sentir lié (dans les zones A et B de Cisjordanie sous contrôle palestinien), par le cessez le feu conclu dans la Bande de Gaza : « Le dernier accord de cessez-le-feu ne concerne que la bande de Gaza et ne devrait pas affecter les autres arènes des territoires palestiniens ». Il se contredit, toutefois, lorsqu’il explique continuer,  en Cisjordanie, les opérations traditionnellement lancées depuis la Bande de Gaza : « La politique israélienne de division des Palestiniens a échoué, comme le prouve le fait que la quatrième guerre de Gaza a éclaté en réponse aux développements à la Mosquée Al-Aqsa et dans le quartier de Sheikh Jarrah »…

Le Hamas est donc persuadé qu’Israël poursuivra les incitations économiques, en dépit de ses menaces : « L’application du cessez-le-feu connaît des hauts et des bas. Les médiateurs (Égypte et Qatar) essaient de maintenir un niveau minimum de stabilité pour retarder l’implosion de la situation, et leurs efforts sont parfois couronnés de succès, mais parfois ils échouent ». Aussi, le Hamas reste-t-il confiant : « Bennett ne mettre pas un terme aux mesures incitatives parce qu’il veut la paix économique. Il les maintiendra si les organisations palestiniennes ne tirent pas de roquettes ni n’utilisent d’autres moyens du même ordre ».

En somme, le Hamas est, progressivement, en train d’étendre son emprise sur la Cisjordanie, ce qu’illustre le démantèlement de la cellule terroriste à Bidu. Si la pensée islamiste prospère et contamine les esprits dans les zone A et B de Cisjordanie (40 % du territoire), la raison en est simple : l’Autorité Palestinienne et son Président corrompu, Mahmoud Abbas (qui s’accroche au pouvoir) ne font pas avancer ce qui est couramment appelé « les négociations de paix » (en réalité l’instauration de relations normalisées entre juifs et palestiniens).

Le Hamas n’en reste pas moins naïf : il imagine qu’Israël poursuivra ses dotations généreuses dans la bande de Gaza en dépit de la poursuite des opérations armées en Cisjordanie. Si le Hamas se positionne uniquement, et c’est bien dommage, en considération du rapport de force avec Israël (non de la Raison), il n’a toutefois pas le choix : s’il prenait l’intérêt des palestiniens en considération, il s’auto détruirait.

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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