La victoire des talibans est un cadeau pour l’Iran

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L’administration insiste sur le fait que les deux sont ennemis, mais c’est une mauvaise compréhension des divisions entre sunnites et chiites.


(Photo de Hoshang Hashimi/AFP/Getty Images.)

Les idées reçues ont la vie dure

L’ère inaugurée par le 11 septembre a fait des termes théologiques tels que sunnites, chiites, djihad, charia et salafistes des mots familiers, et a donné naissance à une nation d’experts en fauteuil sur les subtilités du sectarisme et de la doctrine islamiques.

Prétendre à l’expertise est un privilège lié au simple fait de vivre dans un pays libre. Curieusement, cependant, le gouvernement américain a adopté la même analyse facile des dynamiques régionales et religieuses au Moyen-Orient et en Asie du Sud, à savoir le préjugé que l’Iran chiite est un ennemi naturel des talibans sunnites en Afghanistan. C’est, pour faire court, de la foutaise.

La victoire des talibans en Afghanistan est un cadeau à l’Iran, rien de moins.

À première vue, la version Wikipédia de l’islam pourrait sembler valider l’ensemble du dicton « l’ennemi de mon ennemi ». Du point de vue de la doctrine, les musulmans salafistes orthodoxes comme les talibans croient que le chiisme (et la majorité des Iraniens sont chiites) est une apostasie.

Les sunnites, qui constituent la majorité des musulmans, et se modèlent nominalement sur le comportement du prophète Mahomet, ne font pas confiance aux chiites, qui croient que Mahomet a désigné son gendre Ali pour lui succéder. Ensuite, il y a les salafistes – les talibans, al-Qaida, Daesh et d’autres – les sunnites puristes qui embrassent le Coran littéral. Bref, ils aiment encore moins les chiites.

Un joueur d’échecs aime la Realpolitik

Dans un monde parfait, les salafistes exigeraient que les chiites embrassent le vrai chemin ou soient éliminés avec d’autres incroyants. Mais ce n’est pas un monde parfait, et les fondamentalistes sunnites et chiites autorisent à la fois l’opportunisme religieux et politique dans la poursuite d’un objectif plus élevé. En Occident, cela s’appelle la realpolitik . Et tant les talibans que le gouvernement de la République islamique d’Iran en sont les maîtres.

La confusion a commencé à la suite du 11 septembre, lorsque Téhéran a offert son aide aux États-Unis pour renverser les talibans. Les partisans de l’Iran à Washington envisageaient une nouvelle aube dans laquelle les États-Unis abandonneraient les sunnites essentiels à leur politique au Moyen-Orient pendant des décennies (à savoir l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis et la Jordanie) et s’aligneraient sur les chiites. Et à part la centralité gênante de l’anti-américanisme dans la révolution islamique en Iran, l’idée avait de l’avenir devant lui. Après tout, il y avait peu d’amour entre les talibans et l’Iran avant même les attentats du 11 septembre, et l’Iran avait soutenu l’Alliance du Nord anti-talibans du Commandant Massoud dans sa résistance.

Motivé par la peur d’une invasion américaine et un réalisme astucieux, Téhéran a en effet semblé se ranger du côté des États-Unis contre les auteurs de cette terrible attaque. (Ceci malgré le fait que, selon le rapport de la Commission sur le 11/9 , l’Iran avait aidé à canaliser au moins trois des pirates de l’air vers les États-Unis.) Mais alors que la réalité de l’occupation américaine à Kaboul se faisait jour, les dirigeants iraniens ont changé d’avis. Et en 2003, alors que les États -Unis étaient fermement ancrés à l’est de l’Iran en Afghanistan et à l’ouest en Irak – malgré les vagues espoirs des diplomates crédules qu’un rapprochement Iran-États-Unis était envisageable – le régime a commencé des opérations de couverture.

Les rois du doube-jeu

En quelques années à peine, malgré un soutien apparent au nouveau gouvernement soutenu par les États-Unis en Afghanistan, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) fournissait des armes aux talibans et à d’autres forces antigouvernementales en Afghanistan. ( Par pure coïncidence, le portefeuille du CGR en Afghanistan était tenu par l’ ex Commandant-adjoint des Force Qods de l’IRGC, et aujourd’hui son leader Esmail Qaani.) En effet, au cours de ce que les alliés de Téhéran décrivent comme les années révolutionnaires potentielles de 2002-2003, l’ Iran a commencé à fournir une voie d’évasion pour des membres d’Al Qaida fuyant la guerre américaine en Afghanistan.

La relation Iran-al-Qaïda en est une autre, on nous a dit qu’elle était invraisemblable. Terroristes sunnites et dirigeants chiites coopèrent-ils ? Jamais de la vie! Mais ils ont coopéré, non seulement dans les années 2000, mais encore plus tôt dans les années 1990, lorsque Oussama ben Laden se réfugiait encore au Soudan. Alors qu’al-Qaïda se dispersait face aux attaques américaines, de très hauts dirigeants ont élu domicile à Téhéran, notamment le fils et héritier d’Oussama ben Laden, Hamza ben Laden (plus tard tué par les États-Unis), le haut dirigeant d’al-Qaida Saif al Adel, et Abu Muhammad al Masri, numéro 2 d’al-Qaïda jusqu’à son élimination (par le Mossad, dit-on) à l’intérieur de l’Iran. Les responsables iraniens ont insisté sur le fait que les grands d’al-Qaïda étaient assignés à résidence, bien qu’il y ait peu de preuves pour étayer cette affirmation. D’autres ont expliqué que l’Iran ne fournissait un refuge qu’à la condition qu’Al-Qaïda ne planifie pas d’attaques depuis le sol iranien. Mais ils l’ont fait aussi . (Voir le bulletin Vital Interests de Thomas Jocelyn sur l’Iran et al-Qaïda ici .)

Le secret réside dans l’ampleur du chaos semé chez l’adversaire

En fin de compte, ce qui sous-tend la relation iranienne avec les talibans (comme avec al-Qaïda) est le principe central de la politique stratégique iranienne dans son ensemble : semer l’instabilité. Alors que Téhéran était peut-être heureux d’aider les États-Unis à chasser les talibans en Afghanistan, il n’avait aucun intérêt à voir un gouvernement pro-américain stable à l’est. Et donc, dirigé par les CGRI, il est revenu à ce que les stratèges iraniens perçoivent comme leur point fort : jouer dans les deux camps. Les talibans ont été autorisés à ouvrir un bureau politique en Iran. Les hauts dirigeants talibans ont commencé à se rendre occasionnellement à Téhéran pour embrasser la bague du chef suprême. Pendant ce temps, le CGRI a continué à soutenir les chiites (Azaras) mécontents à l’intérieur de l’Afghanistan. (En effet, le soutien de l’Iran à ces chiites était tel qu’au moment où le printemps arabe a éclaté en 2011, l’Iran était suffisamment bien placé en Afghanistan pour recruter des dizaines de milliers de chiites afghans (la Brigade Fatemiyoun)  afin de combattre au nom de leur marionnette syrienne Bachar al Assad.)

Le soutien de l’Iran aux talibans n’était pas non plus purement politique. Téhéran a autorisé les camps d’entraînement des talibans à l’intérieur de ses frontières et a fourni « des armes légères, des lances-roquettes antichars (RPG) et même un entraînement militaire pour les forces talibanes sur le sol iranien ». Des articles ultérieurs ont clairement indiqué que le gouvernement iranien versait également des salaires aux talibans. Et les reportages de l’année dernière ont révélé que l’Iran payait les primes des talibans pour tuer les troupes américaines en Afghanistan.

Rien n’égale la haine pour le drapeau aux 50 étoiles

Naturellement, il y a de la place pour une certaine confusion quant à savoir qui est le premier en Asie du Sud. Les talibans ont assassiné dix diplomates iraniens (et un journaliste) en 1998. Au lendemain de cette attaque, des dizaines de milliers de soldats iraniens se sont massés à la frontière afghano-iranienne. Alors, l’Iran soutient-il les talibans ? Oui et non. L’Iran arme-t-il les talibans ? Oui, parfois. L’Iran aime-t-il les talibans ? Non, mais il déteste encore plus les États-Unis d’Amérique. Et c’est là que les mollahs d’Iran et les nouveaux dirigeants du soi-disant émirat d’Afghanistan sont d’accord, à 100 %.  

thedispatch.com

Un commentaire

  1. Ne pas oublier le djihad islamique de Gaza, financé par l’Iran et synergique avec les raclures du Hamas sunnite (frères musulmans).

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