La sécurité israélienne a t-elle droit à son moment d’expiation à Kippour?

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Il est humain de faire une erreur et humain de fournir une occasion d’expiation – même dans le monde de la sécurité

Montée en puissance d’une culture d’invectives

La mort du sous-officier de la police des frontières Barel Shmueli z’l à la frontière de Gaza et l’évasion de 6 terroristes de la prison de Gilboa ont créé des remous dans le discours public, avec des exigences de limogeage des commandants des services de sécurité.

 

Les réseaux sociaux sont très forts pour exiger la tête d’untel ou d’un tel à peine l’encre séchée du récit sur « l’incident »… La culture de la décapitation va aller en s’accentuant et il est difficile pour le décideur en bout de chaîne, de ne pas céder immédiatement à la pression populaire…. Cependant…

 

Dan Arkin soutient que si on sait tirer les leçons  de ces deux événements graves, il n’est pas nécessaire, et souvent contre-productif de « décapiter » en place de Grèves

Peut-on souhaiter la mort de son rival politique?

Près de Yom Kippour, il aperçoit un panneau au bord d’une route, une planche de bois avec une inscription en lettres noires : « Zarqa = Mort ». Il s’agit sans doute du professeur Salman Zarqa, directeur de l’hôpital de Safed, colonel de la réserve, chef du programme Magen Israël et l’un des chefs de file des combattants sur le front de la lutte contre le virus Corona.

Le professeur est en fait un fils fier d’appartenir à la communauté druze.

Il n’y a pas d’expiation pour celui qui souhaite la mort de son prochain. Un tel slogan peint est un autre petit signe d’avertissement sur le bord de la route de la montée de la haine, du recours à l’insulte, à l’extrémisme, ou que « les cons osent tout » comme disait Audiard. On constate l’abus immodéré des procédés consistant à souhaiter la mort de ses adversaires politiques, juste parce qu’on leur est hostile et d’une faction rivale.

Pourquoi faut-il contenir les appels au lynchage immédiat?

Tous ces éléments de dénigrement ont envahi nos contrées dites démocratiques en surplus inépuisables. C’est ainsi qu’il en est trop souvent à la Knesset, lors de sa plénière et de ses commissions, dans les panels des studios de télévision, dans la presse écrite, en politique, entre partis rivaux, entre politiciens barricadés dans leurs certitudes et invectives, dans les manifestations devant chez tel Ministre (premier ou proche) et devant tel bureau officiel, et juste dans la rue.

Le culte de la décapitation

De telles libéralités dans le discours public incendiaire donnent libre cours à un autre spectacle, flagrant et extrême : c’est le culte de la décapitation. C’est l’un de ces cas précipités et parfois cruels dans la relation entre les titulaires de postes à responsabilité, les commandants qui ont en charge le sort des hommes du rang.

 

L’homme s’est trompé ? A fusiller immédiatement. Il a commis une erreur de jugement ? Limogez-le sans tarder. Il y a des expressions appropriées dans le monde militaire et civil pour décrire ces situations de mise au pilori : « Retournez pour rendre le matériel et allez vous présenter au bureau du commandement pour être libéré de vos obligations ».

Le recours sine die à la décapitation est une autre façon de ne pas accepter les charges et conséquences inhérentes à la responsabilité, qui est aussi très courante chez nous. Hachem est toujours l’autre responsable du monde, et pas moi. Qui est responsable de la catastrophe du mont Meron ? Personne ne se l’est réellement jamais demandé. C’est toujours l’autre, alors que j’étais jusqu’à hier son associé dans les actes, peut-être son associé par défaut.

Examiner en détail et décider ensuite

Qui faut-il accuser pour l’évasion des prisonniers de sécurité de la prison de Gilboa ? Cela dépend de celui à qui vous le demandez. Mais c’est toujours l’autre. Nous avons la chance d’avoir des commissions d’enquête sur ces deux incidents difficiles : la mort par balles palestiniennes de Barel Hadaria Schmueli z’l et l’évasion des 6 prisonniers de Gilboa.

Katy Perry, commissaire de l'administration pénitentiaire israélienne (Crédit : capture d'écran/YouTube)

Katy Perry, commissaire de l’administration pénitentiaire israélienne (Crédit : capture d’écran/YouTube)

Quant à recourir à la décapitation, nos réactions habituelles sont trop hâtives, presque par réflexes conditionnés. On n’avait pas encore commencé à retrouver la piste de ceux qui s’évadaient de prison que l’on entendait déjà des appels lancés pour licencier, évincer, renverser immédiatement la commissaire Katie Perry et le commandant de la prison. Le ministre de la Sécurité Publique, Omer Barlev, a bien fait. Il n’a pas invité le commissaire dans son bureau pour lui a demandé de déposer les clés, son insigne et son revolver, comme dans les films sur les démissions forcées au FBI.

Il existe des cas extrêmes où on décapite les têtes rapidement, immédiatement et sans délai. Moshe Dayan a remplacé un commandant supérieur pendant la guerre de Kippour. Il a amené un officier de remplacement avec lui dans l’avion sur le terrain, l’avion a décollé, et ainsi les commandants ont changé de chef au cours d’une bataille, sur le champ de bataille. C’est un cas extrême.

 

Qui va savoir appliquer les leçons tirées de l’échec?

En ce qui concerne les erreurs et les échecs, ainsi que l’acceptation de la responsabilité dans Tsahal, nous avons récemment reçu mille leçons sur le sujet, de la part du Premier ministre et du chef d’état-major. Cela vaut la peine pour les commandants et les gestionnaires de situations de crises en uniforme et les civils d’intérioriser la teneur de ces messages.

L’armée israélienne a publié des conclusions provisoires sur l’incident opérationnel au cours duquel le regretté Sergent d’Etat-Major de la Police des Frontières (Magav) a perdu la vie.

Il aurait fallu dégager à temps le personnel du mur de défense

Que s’est-il exactement passé, ce samedi soir du 21 août près de la clôture dans le nord de la bande de Gaza? D’après les conclusions provisoires, comme l’a dit un porte-parole de Tsahal, il est impossible d’apprendre ce qui s’est exactement passé autour de ces fentes de tir dans le mur à travers lesquelles le terroriste a abattu feu le sergent Barel.

Il n’y a pas de réponse définitive à cette cause de perplexité dans les conclusions provisoires, mais il y a un indice, lorsqu’il est dit qu’« il était juste (logique) de déployer et de faire opérer les forces de Tsahal différemment (que ce qui s’est passé en réalité), à partir du moment où la foule violente a atteint le mur défensif ». Le rapport reconnaît qu’à partir du moment où la foule a atteint le pied du mur, il devenait obligatoire de s’assurer qu’aucun combattant ou commandant ne se tiendrait de l’autre côté du mur, près de la même ouverture, au péril de sa vie. Or, les officierds présents n’ont pas donné cet ordre de repli éventuel, en tout cas de mise à couvert.

Autrement dit : le rapport intérimaire reconnaît qu’une grave erreur a été commise et, bien que la réponse du chef d’état-major ne se soit pas faite attendre, il « a ordonné que les leçons apprises à ce stade soient appliquées et transmises aux derniers commandants et combattants en charge du champ de bataille. » L’erreur est le résultat d’une chaîne systémiques de décisions, de mouvements imprévus et de circonstances. Il faut pouvoir remonter jusqu’à elle pour modifier l’ensemble de cette structure ou logique d’actions qui mène à l’événement néfaste. 

 

Il y a des erreurs, et parfois des tragédies aussi

Le chef d’état-major est allé plus loin en établissant et rappelant d’importants principes de base : à la guerre, il y a des victimes, il est impossible d’éviter toutes les victimes, même quand on l’évite à tout prix, et un deuxième principe : il n’y a pas de commandant qui ne se trompe jamais. Mais une erreur de jugement sur le champ de bataille n’est ni la cause d’un blâme ni punie. »

Il convient d’ajouter ici ce que le Premier ministre Naftali Bennett a déclaré dans le même contexte : « Mon soutien aux commandants de Tsahal est total et absolu. Là où il y a bataille, il y a des erreurs, et parfois des drames. « On peut en conclure qu’au sommet de Tsahal, la Torah (la vérité dernière) est qu’il ne faut pas se précipiter pour décapiter. « Une erreur sur le champ de bataille n’est ni source de blâme (systématique)  ni punie », a déclaré le général de division Aviv Kochavi.

Il y a le pardon et la réparation pour les erreurs et les fautes, à condition qu’on en tire les leçons et que toutes les erreurs soient corrigées. Les commandants peuvent faire des erreurs, parfois prendre de mauvaises décisions pendant la bataille, car ces commandants sont engagés dans la profession la plus dangereuse. Quiconque prend en charge des décisions tactiques, stratégiques et vitales, justes et professionnelles obtient un commandant supérieur en temps de guerre.

 

En réalité, seul le fautif a la capacité de comprendre et de réparer

La tendance immédiate à licencier, évincer, remplacer, jeter n’est pas toujours motivée par des considérations factuelles démontrées. Parfois c’est l’expression d’un récit personnel, une envie de se débarrasser du type devant dans la hiérarchie afin d’hériter de sa place. Cela peut valoir la peine de se débarrasser de quelqu’un qui en sait trop sur les raisons de son propre licenciement.

Ce n’est pas toujours nécessairement dans le meilleur intérêt de l’organisation. Le renvoi d’un commandant ou d’un gestionnaire qui s’est trompé peut avoir des conséquences négatives. Cela a l’air de présenter bien cependant : « Dehors! Manu-militari dit-on ». Mais parfois, le manager, en particulier quelqu’un qui a de l’ancienneté, est en fait celui qui peut pratiquer les réformes nécessaires pour s’améliorer et surmonter les erreurs.

 

Parfois, c’est le gérant égaré qui décide de démissionner volontairement et de déposer les clés, son badge et son arme de service.

De la réponse du chef d’état-major au difficile incident près de ce mur à Gaza, on peut en tirer une leçon : il y a erreur, et il y a expiation profonde et sincère. Et c’est l’affaire de cette période de Yom Kippour, d’expier les erreurs. « . L’interprétation juive des événements ne se résout pas à la « logique » du bouc émissaire, qui représente le véritable échec de la pensée. 

israeldefense.co.il

2 commentaires

    1. L’argument ci-dessus privilégie la piste du comment réparer quand on s’est trompé et prétend plus modestement que nul n’est infaillible. On peut d’ailleurs remettre les choses en ordre de marche et démissionner une fois son devoir accompli, six mois plus tard… Plutôt que la précipitation inverse, partant en laissant les choses en état sur fond de dysfonctionnement. Eh puis il y a eu le très radical de gôche Chevènement qui, plutôt que de trahir son ami Saddam préféra démissionner plutôt que de fermer sa « g ».

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