Le tandem Bennett-Lapid manque d’assurance, de fermeté et n’opère que peu de changement

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  Accords Abraham , Antony Blinken , Binyamin Netanyhu , Relations israélo-américaines , Naftali Bennett , Yair Lapid

Lapid profite de l’ouverture Trump-Netanyahu

Le Ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid est devenu, ce mardi 29 juin, le premier ministre israélien à se rendre aux Émirats arabes unis. 

Il est parti récolter les fruits plantés par son prédécesseur, Benyamin Netanyahu, après avoir fustigé les « erreurs » de l’ancien dirigeant, lors d’une conversation avec le secrétaire d’État américain Antony Blinken. Netanyahu est resté à domicile, regarder la télévision. C’est son adversaire le plus virulent qui a consacré la première ambassade d’Israël à Abu Dhabi, la capitale des Émirats arabes unis, et le consulat à Dubaï. 

L’inédit des Accords banalisé?

Ces cérémonies ont couronné le triomphe épique au Moyen-Orient des accords d’Abraham. Leur succès était partagé par Netanyahu et l’ancien président américain Donald Trump. A eux deux, ils ont abattu les plus hautes barrières entre Israël et le monde arabe. Tout en profitant de cette occurrence de l’histoire, Lapid a pris soin de laisser à distance le souvenir des deux hommes d’État, bien qu’il ait admis le rôle de Netanyahu. La présence de ces deux architectes à cette occasion aurait fait la une des journaux, alors qu’on a eu affaire à un cérémonial bien terne. Seules des personnalités émiraties de second rang y ont assisté.

Au cours de leur première quinzaine, depuis le remplacement du gouvernement Netanyahu, le Premier ministre Naftali Bennett et le Premier ministre suppléant Yair Lapid semblent au mieux manquer d’assurance. Toujours obsédés par l’élimination de leurs prédécesseurs, ils ne parviennent pas à diriger une équipe profondément dépareillée pour la lancer vers de nouvelles questions à défricher. Netanyahu, à la tête d’une opposition impitoyable, ne leur fait, pour sa part, aucun quartier.

Sans vraies réformes ni leadership pour les mener?

Bennett a évité de porter au crédit de son prédécesseur d’avoir sorti le pays de la pandémie de covid-19 par des vaccinations de masse, alors même qu’il se débat contre la nouvelle variante Delta, sans apporter de réponses adaptées.

Les caractéristiques les plus remarquables du nouveau gouvernement à ce jour sont que :

  1. Le soi-disant « gouvernement du changement » n’a rien présenté de nouveau.
  2. Bennett n’a pas encore endossé le rôle et l’image d’un leader national.
  3. Lapid a du mal à remplacer Netanyahu en matière de relations étrangères. Il n’a de cesse de se prosterner devant Washington d’une manière atypique, en comparaison de ses prédécesseurs.
  4. Le ministre des Finances Avigdor Lieberman, après avoir fait remarquer qu’il n’était pas le Père Noël, s’est tu. Or, la réforme économique est essentielle à l’élaboration de toute nouvelle politique.
  5. Le visage amer du ministre de la Défense Benny Gantz témoigne de son ressentiment à l’égard des relations étroites Bennett-Lapid. Il est convaincu qu’il aurait dû être Premier ministre.
  6. Les ministres représentant huit partis n’ont jusqu’à présent pas réussi à se réunir autour d’un projet de législation substantielle ou de messages communs.

L’engagement de Bennett disant que « nous sommes venus ici pour travailler dur pour les gens – pas pour nous-mêmes » n’a pas trouvé d’écho. Lapid n’apporte aucune preuve, non plus, pour étayer ses allégations : selon lui, les nouveaux ministres auraient trouvé leurs départements plongés en état de « négligence et de destruction » et devraient « les reconstruire à partir de zéro ».

Iran : la quête d’un soutien bipartite ne peut affaiblir le souci des intérêts sécuritaires


Ces deux plaintes sont des tactiques typiques pratiquées par les nouveaux gouvernements balayant les précédents, pour expliquer leurs premiers stades de mauvaise gestion. 

Mais Lapid a conduit ce type de manœuvres à un niveau embarrassant le 26 juin, lorsqu’il a rencontré le secrétaire d’État américain Antony Blinken à Rome. Cette entrevue est décrite comme une réinitialisation des relations post-Trump et post-Netanyahu. Il a profité de l’occasion pour critiquer ses prédécesseurs : « Ces dernières années, des erreurs ont été commises », a-t-il déclaré à Blinken. « On a porté atteinte à la position traditionnelle bipartite d’Israël. Nous corrigerons ces erreurs ensemble.

Lapid, loin de se comporter comme le plus haut diplomate de son pays, s’est fourvoyé en faisant un commentaire inconvenant sur le gouvernement de son pays face à un responsable étranger. En essayant trop de s’en remettre aux États-Unis, Lapid a trahi sa propre faiblesse personnelle.

(COMBO) This combination of pictures created on May 5, 2021 shows (L to R) Yair Lapid of the Yesh Atid (There Is a Future) party speaking during an interview in Jerusalem on March 7, 2021; Naftali Bennett of the Yamina (Right) party speaking to reporters at a conference in Jerusalem on March 15, 2021; and Israeli ex-Prime Minister Benjamin Netanyahu of the Likud party speaking during a ceremony marking Yom HaZikaron, Israel’s Memorial Day, in Jerusalem on April 13, 2021. / AFP / POOL / GIL COHEN-MAGEN AND MENAHEM KAHANA AND DEBBIE HILL

Certes, le président Joe Biden a réitéré sa promesse de ne pas laisser l’Iran acquérir l’arme nucléaire, lorsqu’il a reçu lundi à la Maison Blanche le président israélien sortant Reuven Rivlin. Mais les deux pays sont aux antipodes sur la voie de cet objectif : Biden insiste sur la voie diplomatique, tandis qu’Israël rejette la relance de l’accord nucléaire de 2015. 

Ils sont également divisés sur le conflit israélo-palestinien et sur la question de Gaza. Les pressions ici ont assez de forces pour risquer de briser le partenariat entre la droite Bennett et le centre de Lapid et faire tomber leur gouvernement. Les intérêts divergents entre Jérusalem et Washington exigent un leadership israélien ferme au plus haut poste diplomatique d’Israël. Cela fait encore cruellement défaut.  

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