Le Manuel bleu contre l’antisémitisme et la désinformation, 4ème partie

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Extrait de la semaine

Dans l’extrait précédent, consacré au Sionisme, nous avons évoqué une aspiration moderne et politique renouant avec l’attachement ancestral et religieux du peuple juif avec la terre d’Israël. Voyons aujourd’hui ce que signifie Israël, comme état. Et comme ‘Etat juif’.

ISRAËL

Dès ses premières heures, le nouvel état juif sera confronté à d’innombrables dilemmes moraux, politiques, stratégiques, religieux. Il devra faire des choix. Il continue d’en faire aujourd’hui. Ce sont ces choix qui déterminent son identité en tant que nation. Le premier d’entre eux étant celui de sa dénomination. Bien que bâti par les ‘sionistes’, et défini comme ‘juif’, il ne s’appelle ni Sion, ni Judée. Mais ‘Etat d’Israël’.

1. Dans la Bible, Israël apparaît pour la première fois comme le surnom que Dieu donne au patriarche Jacob, fils d’Isaac et petit-fils d’Abraham, pour avoir lutté et prévalu contre un ange. Israël a deux sens possibles en hébreu, ‘il jouta contre Dieu’ et ‘Dieu triompha’. Cette ambiguïté est peut-être voulue. Jacob aura douze fils dont descendent les douze tribus d’Israël. En archéologie, la première mention connue d’Israël se trouve gravée sur la stèle funéraire de Mérenptah (datée de -1200 environ) commémorant les victoires militaires de l’Egypte, dont celle sur Israël (ou les ‘Israélites’), en Canaan.

2. Le royaume unifié d’Israël et de Judée connaîtra bien d’autres conflits et sera investi à plusieurs reprises. Par les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs. Ce sont toutefois les Romains qui lui infligeront le coup le plus décisif. Non pas militairement, ni même en bannissant la plupart de ses sujets. Mais en oblitérant les noms même de Judée et Israël afin qu’ils soient rayés de la mémoire des hommes et que ce pays ne soit plus jamais associé aux Juifs (à qui les Romains en voulaient particulièrement pour leur avoir âprement tenu tête durant la révolte que mena Shimon Bar-Kokhba entre 132 et 135). Le pays d’Israël sera désormais désigné sous l’appellation de Palestine (laquelle se rapporte aux ‘Philistins’, l’une des ‘peuplades de la mer’ installées le long des bandes côtières de la Méditerranée). Les Romains finiront par céder la place à d’autres conquérants, dont les croisés qui la baptiseront Terre sainte.

3. La ‘Palestine’ changera maintes fois de mains. Et les Britanniques en seront les derniers maîtres. Durant les quelques vingt siècles d’asservissement qui séparent la révolte de Bar-Kokhba de la lutte des pionniers sionistes contre la domination turque puis anglaise, aucun mouvement de libération ne verra le jour en Palestine. Aucune aspiration nationale, quelle qu’elle soit, ne sera exprimée. Aucun soulèvement, ni acte de résistance ne sera entrepris. La population locale est divisée en plusieurs minorités, arabe, juive, druse, bédouine, faibles et résignées. C’est de l’Europe du XXe siècles que viendra souffler un vent d’indépendance, avec l’arrivée de jeunes juifs émancipés, animés de sentiments égalitaristes, et d’une flamme libératrice qui réduira en cendres des siècles d’oppression et domination étrangères en terre d’Israël.

4. Il serait présomptueux de suggérer que les succès remportés par cette poignée de jeunes juifs aient, sinon montré la voie, du moins donné matière à réflexion à la jeunesse arabe de l’époque. Toujours est-il que, durant les années d’après-guerre, le monde arabe entame un processus historique similaire, mettant fin à des décennies de colonisation occidentale au Proche Orient et en Afrique du Nord. Ou bien renversant certains anciens régimes dynastiques, telle la royauté égyptienne. Les partis nationalistes qui mènent ce processus prônent une hégémonie arabe, connue sous le nom de ‘panarabisme’. Dont l’Israël naissant fera bientôt les frais.

5. C’est cependant bien avant la montée de cet ultranationalisme, et avant même l’obtention de sa propre indépendance, qu’Israël se voit confronté à l’hostilité des populations arabes. Laquelle atteint un premier sommet de violence en 1929 avec le pogrom d’Hébron, suivi d’émeutes antijuives sanglantes dans le reste du pays. Ce pogrom met fin à une présence juive millénaire à Hébron et sème la première graine d’un nationalisme palestinien. C’est donc dans une atmosphère déjà tendue qu’est annoncé, en 1947, le plan de partage de la Palestine en deux états, l’un juif, l’autre arabe. Bien que cette partition place la majeure partie de la Judée sous contrôle arabe, une guerre civile se déclenche aussitôt contre les Juifs (alors que le mandat britannique est encore en vigueur). Lorsque le 14 mai 1948, l’indépendance de l’État d’Israël est proclamée, cinq nations arabes s’unissent et lancent un premier assaut, qui échoue. Les guerres israélo-arabes successives (1956, 1967, 1973) vont entraîner, de manière imprévue, la cession de la Judée, du Golan et du Sinaï au vainqueur sur le terrain.

6. Le Sinaï sera rendu à l’Egypte dans le cadre de la paix qu’elle signera avec Israël, en 1979. Le plateau du Golan sera par contre annexé, en 1981. Les accords d’Oslo de 1993 concèderont l’administration d’une partie de la Judée-Samarie et la bande de Gaza aux Palestiniens. La paix avec la Jordanie sera conclue un an plus tard (1994). De nos jours, l’ultranationalisme a fait place à l’intégrisme religieux, et le panarabisme du temps de Nasser à un panislamisme dont shiites (l’Iran en tête) et sunnites (sous l’égide de l’Arabie saoudite) se disputent la suprématie. Il en va de même pour le terrorisme dont la prépondérance est passée des divers ‘fronts de libération’ à des groupes islamistes prônant le djihad. L’Autonomie palestinienne n’est pas épargnée par ce phénomène comme le montrent les violentes dissensions entre l’OLP et le Hamas. Tant et si bien que, parallèlement à des efforts de conciliation entre Israël et certaines nations arabes, on constate l’inquiétante progression de forces destructrices qui pourraient plonger la région dans le chaos et même déstabiliser le reste de la planète.

7. L’équation stratégique actuelle ne joue pas en faveur d’Israël. L’arsenal balistique de l’Iran est aujourd’hui supérieur à celui de l’OTAN. Les déboires que connaissent des pays tels que la Syrie, l’Irak, la Lybie permettent aux organisations terroristes de s’y déployer. Basé au Liban, le Hezbollah possède plus de 120.000 missiles dont une partie non négligeable peut atteindre n’importe quelle localité d’Israël. L’Arabie saoudite entreprend des achats de plus en plus massifs d’équipement sophistiqué. Alors qu’Israël demeure désavantagé par son manque de profondeur stratégique et la nécessité de mobiliser une importante réserve qui constitue la force de travail indispensable au maintien de l’économie.

8. Hormis ces gageures extérieures, l’Etat d’Israël se trouve confronté à de nombreux défis internes. Le fait de se définir comme ‘état juif et démocratique’ donne lieu à un débat de société qui est loin d’être tranché. Tout comme celui du pouvoir qu’exerce le corps religieux tant au sein de la vie politique que quotidienne des israéliens. Lesquels comprennent dans leurs rangs de nombreux citoyens non-juifs dont Israël se doit de garantir les droits civiques et la liberté de culte. A cette pluralité ethnique, s’ajoute la mosaïque des innombrables communautés dont sont issues les vagues d’immigration juive. Et le problème d’une intégration à une société qui veut les unifier en un seul moule, tout en préservant leurs spécificités.

9. De fait, la plus grande concentration de réfugiés, au Proche Orient, se trouve en Israël. Soit plus de 2.500.000 venus de l’ex-URSS, d’Ethiopie, des pays arabes, d’Europe. Aucun de ces réfugiés n’a bénéficié d’aide internationale. Pas plus que de celle de l’ONU ou de la Croix Rouge. La grande majorité a été rapatriée par l’Agence Juive avec le soutien des Juifs du monde entier. Des opérations sont encore en cours pour porter secours aux Juifs dont la sécurité est menacée (tels ceux d’Iran) ou qui connaissent des difficultés économiques.

10. Israël compte actuellement plus de 9.000.000 d’habitants (2019) dont 20% sont des Arabes de confession musulmane ou chrétienne. Le pays est en plein essor technologique et économique bien qu’il continue à devoir consacrer environ 6% de son PNB (15% de son budget annuel) à la défense. Les difficultés récentes que rencontrent les plus démunis et les classes moyennes, principalement dans le domaine du logement, ont cependant placé les questions sociales, de santé et d’éducation en tête des préoccupations des Israéliens.

Tout en renouant avec une tradition très ancienne, l’Israël d’aujourd’hui est en quête d’une identité. C’est en songeant à cette identité que les fondateurs de l’Etat juif durent débattre de l’appellation par laquelle désigner cet état : Sion, Judée, Israël ? Alors que le nom de sa capitale ne fut sujet à aucune discussion.

La semaine prochaine, nous évoquerons le lien du peuple juif à Jérusalem, et aussi qui et pourquoi tente de le lui dénigrer.

Participez à la diffusion du Manuel bleu auprès du public juif (synagogues, mouvements de jeunesse, institutions…) aussi bien que non-juif (étudiants, décideurs, journalistes). Offrez-le à vos amis et à vos proches. Concernant les associations ou les institutions, il est possible de commander des exemplaires « personnalisés », avec le logo de l’institution et une préface de son président.

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