Intifada de la Covid ou Intifada des zones de deal? : le séparatisme au quotidien

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De nouveaux déchaînements de violences asociales près de Lyon

Le déclenchement de violences en bandes a priori « organisées » fait, à nouveau effraction dans la vie quotidienne des barres d’immeubles périurbains de la grande boucle de Lyon. Les incidents décentrés se répondent les uns aux autres, l’incendie de véhicules servant à allumer la mèche, de façon à attirer pompiers et forces de l’ordre vers soi, dans des espaces de fuite explorés à l’avance afin de, chaque fois, provoquer et s’échapper.

Cette fois, le récit de « préchauffe » serait lié à l’accident de scooter, à La Duchère, d’un jeune de 13 ans, sans casque (comme il se doit) et qui n’a pas l’âge de grimper sur l’engin, percuté (ou qui a percuté) un véhicule « banalisé ». Aussitôt, la rumeur enfle « qu’évidemment », seule la police en civil aurait pu « intentionnellement », cherché à tuer ce gamin sans repère éducatif, pour le plaisir de la chasse « anti-jeune » ou « raciste », justifiant ainsi toute exaction future contre « l’ordre des braves gens » : voitures incendiées, vitrines brisées, arrêts de bus saccagés, poubelles ou maternelles réduites en cendres, etc. L’incident ne saurait alors être circonscrit à la zone urbaine présumée du drame, afin éventuellement, qu’on mette autour d’une table et qu’on fasse parler les familles plaignantes et les premiers protagonistes, afin de « calmer le feu » : il se propage comme par nécessité, à Rilleux-la-Pape, Bron-Parilly, Vénissieux, et pourrait, potentiellement, frapper n’importe quel recoin de la ceinture d’insécurité lyonnaise…

Le récit contient tous les ingrédients de la victimisation typique, dont on peut assez facilement retracer l’arrière-fond, à la fois social (discours de « l’exclusion » spatiale, alors qu’à 13 ans, le pré-ado n’a eu aucune occasion de faire « ses preuves », sinon dans le probable échec scolaire) et ethnique (la victime est « forcément » Noire ou Arabe, en tout cas de couche sociale « mal-intégrée » par origine sociolinguistique).

C’est aussi une reconstruction des « faits » qui recogne sur l’imagerie des Intifadas du Moyen-Orient, en particulier la  » cause palestinienne », où le jeune délinquant devient le porte-drapeau de la rébellion contre l’ordre établi et les présumés « policiers » -pourtant, absents des lieux, mais qu’on rappelle à toutes forces, tellement manquent les cadres de référence-, l’équivalent local de la force de l’armée israélienne face à une crypto-« résistance » qui s’organise. Avec l’apaisement toujours relatif de la situation au Moyen-Orient, la contention indécise de Daesh, on semble retourner à l’interlude socio-racial presque banal, entre les périphéries et les centres plus aisés.

Dans les années 2000 à 2015, le problème a été largement détourné par une presse française qui offrait l’échappatoire d’un conflit entre Juifs et Arabes à 4000 km de là, et qui s’en est donnée à cœur-joie pour donner du Juif à bouffer à ses marges en perte de repères. On se souvient de moments paroxystiques, qui se manifestent par la torture et le meurtre de Sebastien Sellam, Ilan Halimi, ou du tueur en série, Merah, qui fait la jonction entre les causes, en sous-traitant pour Al Qaïda, tout en paraphrasant des slogans, comme ceux du Hamas, pour « venger les petits enfants palestiniens »…

On se rappelle les assauts de synagogues, de la période de l’Intifada (jusqu’en 2006, date du meurtre d’Ilan z’l par le Gang des Barbares) à la guerre de Gaza 2014, mais aussi le déchaînement de « déséquilibrés » (Sic-la Justice inique française) ânonnant des sourates du Coran au sortir de 5 prières à la Mosquée Omar, contre Sarah Halimi (2017, en pleine campagne électorale et là, ça ne pardonne pas) ou Mireille Knoll. Ces dérivatifs socio-ethniques aux problèmes culturels français continueront certainement de fonctionner encore longtemps, on peut lucidement le croire, en l’absence de sanction, puisque la Justice consentante s’agenouille en prêtant le cou et déclare forfait…

L’autre partie du discours est échafaudé par les « autorités » locales ou la référence adulte et élue de quartier, qui stigmatisera, raisonnablement, l’influence sous-jacente des mafias du deal, qui cherche à délimiter des territoires où les forces de l’ordre doivent repérer qu’elles ne peuvent pénétrer sans risque de caillassage et de dégâts physiques et matériels importants. D’ordinaire, le deal préfère le calme pour opérer discrètement et que les affaires se poursuivent à l’abri des regards indiscret et des descentes. Mais, en imposant des cycles de dégradation, les bandes rappellent aussi les populations captives aux règles implicites de la loi du silence, dont une partie structurée touche les dividendes ou l’impôt indirect : les circulations de biens et liquidités à l’intention des familles de dealers, guetteurs et autres petites mains, etc.

Cette omerta prend des formes diverses, qui fait entrer en jeu la composante religieuse revendicatrice, autour de l’imposition du voile, par le « contrôle social » interne aux communautés, réputé entretenu par les « grands frères », qui supervisent l’ordre vestimentaire ou des « bonnes mœurs », à savoir que l’échange des femmes ne sorte pas du cercle, ou qu’on se tienne pendant les périodes de jeûne, le jeune mâle s’inspirant plutôt du caïd et la fille apprenant dès la puberté, à se tenir à carreau. Sinon : caillassage, comme la police, comme quoi tout est lié, mais laissons le psychanalyste émettre son hypothèse sur la peur de la femme ou l’homosexualité refoulée en bandes organisées.

A ce stade, tout discours politique ou philosophique sur le « Séparatisme » semble toucher à ses limites physiques, où le seul moyen de les affronter relève du choc des boucliers et de la détonation des gaz lacrymogènes de dispersion… Les acteurs de ces débordements n’ont pas besoin d’opinions bien construites au-delà de l’identité d’appartenance et des « traditions » d’explosions urbaines épisodiques qu’ils maintiennent pour « rester à la hauteur » de leurs « anciens » des années 90 au Mas du Taureau (Vaulx en Velin), ou ailleurs. La vraie question est de savoir si ces échauffourées prendront ou non de l’ampleur à la fois géographique (se répercuteront-elles comme autant de nouveaux défis de prestiges, autour de Paris, comme à Beauvais la semaine dernière?), temporelles (en termes de souffle et de durée), en volume et en charge explosive?

En termes de saturation des dispositifs policiers et sécuritaires, ces « incidents » viennent se surajouter et donner du fil à retordre aux services, dans la foulée de l’état d’alerte anti-terroriste (même s’il faut bien distinguer les missions), autour des écoles et des services publics, depuis « l’Affaire » Samuel Paty, avec un sentiment de « décrochage » des principes de la laïcité, après sondage publié récemment sur l’état d’esprit de cette « jeunesse » de France. Il y a peu, les intimidations contre un prof de lycée, Didier Lemaire, à Trappes, également fustigé par le premier magistrat de la ville, Ali Rabeh déchaîné, n’ont guère servi de rappel des dangers encourus.

Il y a aussi le fait indéniable que la France se sort très mal de son incompétence vaccinale, face à la Covid et que les esprits, dans toutes les couches sociales, s’échauffent, que le « burn-out » est proche chez les petits et plus grands commerçants, que les « Gilet Juanes » pointeront nécessairement au prochain virage, avec les luttes sociales émergentes de ce qui restera de l’industrialisation du pays, au sortir de la crise sanitaire…

En arrière-fond, l’approche, dans un an et deux mois, des élections n’est pas là pour calmer le jeu, ni les risques de surenchères ou les discours démagogiques. Emmanuel Macron, avec l’appui de Darmanin, Sarkosyste de formation, tente de déborder sur leur droite les courants traditionnels qui n’ont pas encore réussi à se fédérer derrière un leader concurrentiel, dans le centre-droit classique. Et Marine Le Pen est parfois donnée gagnante au premier tour contre Macron, par les sondages – ce qui a le don de générer des mouvements de panique dans tout le reste de la classe politique, incapable d’autodiscipline ni d’organisation constructive… Les mois filent et à ce rythme, sans issue sanitaire, les zones de chaos socioethnique risquent de se reproduire, au gré des « incidents » plus ou moins téléphonés.

De fait, on n’évoque de « guerre civile » en France que lorsqu’au bout de l’analyse, il semble qu’il n’ait guère d’issue crédible, autre que la violence et tout dépend du degré qu’elle finira par atteindre. Les nobles tentatives de reforger l’Union ou pacte de la Nation, dont on peut créditer l’actuel Président de la République Macron, c’est à dire au moins d’avoir essayer, avec sa thématique de la lutte contre le Séparatisme, s’échouent à la surface d’une Jacquerie urbaine permanente qui ne s’est jamais éteinte depuis les années 80.

Lorsqu’on discute avec les hommes de terrain, il est clair que les poches de « deal » ne cessent de s’étendre vers les villes moyennes, y compris les zones rurales et que cela peut découler de la perte de maîtrise du territoire et des réseaux depuis la … French Connection (fin historique en 1974).

Si l’on fait coïncider les dates, et sans nécessaire rapport entre les événements, on se trouve alors dans le contexte de la crise pétrolière de 1973, du regroupement familial de 1976 qui s’en est suivi pour se concilier la pression arabo-musulmane (Voir Eurabia, Bat Ye Or), et donc des premières « crises de banlieues », autour des mouvements « antiracistes » des années 80 et du Mitterrandisme sauveur de l’OLP. L’histoire clandestine et maffieuse rejoint alors pour le pire les grandes lignes des politiques migratoires officielles, jusqu’aux appels d’air d’Angela Merkel en 2015, dans le cadre de la crise syrienne. Depuis, l’adhésion à un projet européen se fragmente par toutes ses extrémités et la loco franco-allemande n’a plus que le nom pour entraîner le reste du continent vers un semblant de réunification fragmentée (oxymore). Pourquoi voudrait-on que des groupements plus allogènes se sentent investis d’une obligation morale d’adhésion???? Sans les justifier dans des exactions insupportables, qu’est-ce donc là que le système central aurait à leur « proposer », pour peu que la balkanisation centripète ne soit pas le seul courant qui les séduise et les entraîne?

Par Marc Brzustowski

Suite a un accident de scooter volé d'un jeune de 13 ans, le quartier de la Duchère à Lyon s'est embrasé (ici le 4 mars 2021). (ST?PHANE GUIOCHON / MAXPPP)
Suite a un accident de scooter volé d’un jeune de 13 ans, le quartier de la Duchère à Lyon s’est embrasé (ici le 4 mars 2021). (ST?PHANE GUIOCHON / MAXPPP)

[21 interpellations dans l’agglomération lyonnaise « ces dernières heures »

L’enquête a été confiée à la sûreté départementale. Elle est ouverte pour « participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations, violences volontaires sur personnes dépositaires de l’autorité publique et dégradations en réunion par incendie de biens d’utilité publique ».

Ces incidents interviennent après les violences urbaines survenues vendredi soir à Rillieux-la-Pape, en banlieue lyonnaise et jeudi dans le quartier de La Duchère à Lyon. Au total, « 21 interpellations » ont eu lieu « dans l’agglomération lyonnaise ces dernières heures« , précise le ministre. « Aucun acte de violence ne saurait être accepté. »

Samedi après-midi, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait annoncé l’envoi « d’une troisième unité de force mobile » dans l’agglomération lyonnaise. « Ce sont en tout plus de 200 policiers et gendarmes en renfort dès cet après-midi pour faire respecter l’ordre républicain », avait ajouté Gérald Darmanin sur Twitter]

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