Par Jean-Marc Alcalay
Crédit photo : Une manifestation « All out for Gaza » à l’Université Columbia, à New York, le 15 novembre 2023. (Crédit : Bryan R. Smith/AFP) : une jeunesse dorée à qui on a lavé le cerveau, qui réclame plus de meurtres, de viols, de séquestrations…
Quelques rappels
N’oublions pas que la théorie freudienne est une théorie pulsionnelle et qu’elle reste une bonne grille de lecture pour mesurer les régressions actuelles de ce que nous osons encore appeler la « civilisation ». La pulsion monte en pression et descend vers un point zéro avant de repartir. Elle fait des hauts et des bas, elle s’accroche à des objets humains ou non humains, des symboles, des images, des éléments par lesquels elle cherche à se réaliser. Ainsi, est-elle en intention et en extension compte tenu des objets visés par le sujet. Par le biais de ses pulsions, le sujet peut les exalter, les chérir, en tomber amoureux au titre d’un plaisir recherché et c’est la pulsion de vie. Au contraire, il peut tout réduire à néant, tout détruire, expulser des processus civilisationnels ces mêmes éléments humains ou non humains, et c’est la pulsion de mort. Ainsi la pulsion peut-elle donner la vie comme donner la mort ! Que peut l’éducation ?
Éducation et pulsion
L’éducation a le mérite de socialiser la pulsion, de la civiliser, et c’est tout le travail parfois difficile des parents, de la famille, face auxquels l’enfant confronte son Œdipe, ses tensions, dont l’école va prendre le relai collectif dans le partage apaisé des pulsions destructrices. La pulsion est donc une énergie que la foule peut rendre dangereuse, puisque l’individu a tendance à s’y annuler comme sujet en s’y conformant. Et si les discours qui s’y tiennent l’activent et l’encouragent au titre de la haine, du soulèvement (intifada) et, au final, de la mort, il va déborder tout le travail éducatif qui avait fait de son mieux pour canaliser les pulsions. N’oublions pas que le nazisme a germé dans le pays le plus éduqué d’Europe, le plus civilisé, l’Allemagne et que la haine antisémite, la plus vieille du monde, a fait tache d’huile dans les pays conquis et acquis à la terreur nazie. La pulsion agit par décharges, à la recherche de son objet qui lui ferait plaisir ou au contraire dont elle pourrait jouir jusqu’à la mort, jusqu’à le supprimer. Alors, tout l’apport éducatif s’effondre devant la force déchainée de cette pulsion haineuse.
L’antisémitisme
Il est une des nombreuses représentations de cette enflure pulsionnelle dont les objets visés, objets de transfert massifs négatifs, sont le Juif, le sionisme et Israël. Cette pulsion a fait un trait sur l’éducation raisonnable qui rend la vie possible et si elle s’accroche à un discours idéologique, elle préfèrera la passion à la raison et rien ne pourra l’en déloger. Elle enfermera l’individu antisémite dans une impasse psychique, autrement dit, dans une position narcissique qui toujours selon Freud a la caractéristique de ne pas céder sur son objet.
Ainsi les étudiants de Sciences Po et autres, ceux des universités américaines, ont beau ignorer, car ils sont ignares, l’histoire d’Israël, les origines de ce conflit proche-oriental, la barbarie du Hamas, ses mensonges…, peu importe, ils ne démordent pas de leur haine antisémite à ciel ouvert, activée depuis le 7 octobre. Leur narcissisme, c’est-à-dire leurs convictions, leurs certitudes, ne cèdent rien à la réalité des faits et des enjeux civilisationnels qu’une telle haine suppose. Ils sont fascinés par la terreur du Hamas, en une jouissance passionnelle et pulsionnelle dont ils se repaissent des massacres nazislamistes. Rien, hélas, pour le moment ne fait baisser leurs pulsions-passions qui les emprisonnent dans l’impasse d’un narcissisme de mort. La pulsion a besoin de limites pour rencontrer ses points de butés nécessaires, qui sont ceux des interdits et de la Loi. En ce cas, l’éducation pourrait reprendre ses droits sur les pulsions antisémites de destruction d’un certain ordre civilisationnel.
Aussi, si les pouvoirs universitaires et politiques n’agissent pas en ce sens, la déferlante antisémite de ces idiots utiles du terrorisme du Hamas aura encore de beaux jours devant elle.
Jean-Marc Alcalay
Jean-Marc Alcalay est psychologue clinicien, formé à la psychanalyse. Il vit à Dunkerque et y travaillait jusqu’ à sa retraite. Il a écrit plus de trois cents articles.
Il a écrit un premier livre sur les liens qu’avait André Malraux avec Dunkerque : André Malraux et Dunkerque, une filiation (Société Dunkerquoise d’Histoire et d’Archéologie,1996), puis en 2007, La plume et le fusil (Ysec Éditions) toujours Dunkerque, la guerre, les écrivains, puis encore en 2012, à propos d’un autre écrivain qui lui tient à cœur, Marguerite Duras, publié à Jérusalem, en français, où il a fait deux conférences. Son titre : MD la juive, les écritures juives de Marguerite Duras, diffusé en France et publié aux Éditions Elkana en 2012. Son quatrième livre, intitulé Lé-haim, A la vie, Israël 1948, est paru en septembre 2014 aux Éditons Ysec. Un cinquième livre publié en 2021 ( א Éditions- diffusé sur Amazon) intitulé : Histoire des combattants juifs de la Brigade Blindée Indépendante Tchécoslovaque, Dunkerque 1944-1945, puis a coordonné l’édition en 2023 d’un livre collectif sur le sculpteur Herzi, intitulé : Herzi, Chrysalides des ombres/sculpter un Mémorial de la Shoah, Collection Molda, Éditions Jacques Flament.



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