Antisémitisme en Allemagne : le cri d’alarme d’une survivante de la Shoah

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« La pensée et le discours antisémites trouvent de nouveau une voix, sont de nouveau présentables », a vivement critiqué la présidente de la communauté juive de Munich et rescapée de la Shoah.

 Charlotte Knobloch devant le Bundestag,
Charlotte Knobloch devant le Bundestag,  REUTERS/Fabrizio Bensch

Par R.T. avec AFP Le 27 janvier 2021 à 17h59

C’est un mal profond qui resurgit à l’occasion de toutes les crises qui traversent l’Europe. Dans le contexte actuel, l’une des voix emblématiques de la communauté juive en Allemagne, Charlotte Knobloch, a lancé mercredi une vibrante charge contre l’antisémitisme qui se manifeste notamment à la faveur de la pandémie.

A l’occasion de la cérémonie annuelle à la mémoire des victimes du nazisme, cette survivante de l’Holocauste, âgée de 88 ans, a également appelé à défendre la « fragile » démocratie face à l’extrême droite. « Nous défendrons notre Allemagne », a-t-elle lancé.about:blank

« La pensée et le discours antisémites trouvent de nouveau une voix, sont de nouveau présentables, de l’école aux manifestations (anti-masques)», a déclaré la présidente de la communauté juive de Munich et de Haute-Bavière, dans un discours au Bundestag, le parlement fédéral.

Charlotte Knobloch faisait notamment référence aux étoiles jaunes, identiques à celles imposées aux Juifs sous le régime nazi, qu’ont arborées récemment des manifestants protestant contre les restrictions liées à l’épidémie. Munich avait dû faire interdire le port de ces signes marqués d’un « non-vacciné » par des protestataires assurant à tort que la vaccination contre le Covid-19 serait obligatoire. D’autres références ont choqué les Allemands lors de ces rassemblements, notamment ceux visant la jeune déportée Anne Frank, dont le journal a été lu par des millions de personnes.

Survivante de l’Holocauste, qui a emporté six millions de juifs assassinés dans les camps d’extermination nazis, Charlotte Knobloch a également dénoncé le rôle d’Internet, réceptacle et déversoir « de la haine et du dénigrement en tout genre ». S’exprimant notamment devant le chef de l’Etat allemand, Frank-Walter Steinmeier et la chancelière Angela Merkel, l’octogénaire intervenait dans le cadre de la Journée annuelle du souvenir des victimes du nazisme.

Les cérémonies cette année ont été restreintes en raison de la pandémie de Covid-19. Mais elles ont été symboliquement marquées par la présentation d’un rouleau de la Torah de Sulzbach, en Bavière, datant de 1 792 et retrouvé par hasard en 2013.

L’extrême-droite, « plus grand danger pour tous »

« Pas un seul jour nous ne devons oublier à quel point les conquêtes précieuses de ces 76 dernières années sont fragiles », a-t-elle martelé dans un discours plein d’émotion. Elle a ainsi raconté comment elle avait été sauvée de la déportation par une femme catholique qui l’a cachée dans une ferme bavaroise à partir de 1942.

Charlotte Knobloch, ancienne présidente du Conseil central des juifs d’Allemagne, a montré du doigt « la haine contre les juifs » qui s’enracine « dans le milieu de la société », « là où l’acceptation des valeurs démocratiques est rejetée », « mais aussi là où on ne dit pas juif mais sioniste et où l’Etat d’Israël est diffamé ».

Elle a réservé ses charges les plus véhémentes aux 88 députés du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui forme depuis près de quatre ans la première force d’opposition au Bundestag. « Je ne peux pas faire comme si cela ne me préoccupait pas que vous soyez assis ici », a-t-elle dit, qualifiant l’extrême droite « de plus grand danger pour tous » en Allemagne. « Vous allez continuer de vous battre pour votre Allemagne. Et nous continuerons de nous battre pour notre Allemagne », a-t-elle ajouté.

[NDLR : le discours est classique dans l’opposition entre le Bien et le Mal, souvenir de cette époque. Cela dit l’AfD se divise largement en deux, extrémistes toujours liés à la génération de « l’effacement de la mémoire », mais aussi gens de Droite exaspérés par la politique d’immigration, qui a rassemblé plus d’un million de nouveaux-venus issus de pays comme la Syrie ou l’Afghanistan, souvent porteurs de valeurs anti-occidentales et/ou antisémites. Cette frange de l’AfD ne rejette pas systématiquement les Juifs d’Allemagne, mais, au contraire, voit en Israël un combat commun contre le Djihad sous toutes ses formes. Il convient donc de mesurer la critique et de l’exercer sur pièce, plutôt que de condamner globalement sans comprendre les motivations qui sont à l’origine d’une adhésion. Cela dit, l’histoire même de l’Allemagne et l’attrait pour « ses vieux Démons » ne portent pas à la nuance. De ce fait, Berlin a supplanté depuis longtemps Malmö comme capitale européenne de l’Antisémitisme]

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La date du 27 janvier a été choisie en souvenir de la libération ce même jour de 1945 du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau par l’Armée rouge. Les soldats soviétiques avaient alors découvert quelque 7 000 prisonniers hagards et affamés qui avaient survécu au travail forcé. Quelque 1,1 million de personnes dont une immense majorité de juifs ont été assassinés dans ce camp de la mort dans le sud-est de la Pologne alors occupée par les nazis.

VIDEO. Une rescapée du camp d’Auschwitz-Birkenau raconte sa déportation

Les autorités allemandes s’alarment de la résurgence de l’antisémitisme. La chancelière Angela Merkel a déjà fait part de sa « honte » devant un tel phénomène alors que les crimes antisémites ont augmenté de 19 % en 2019, à 2 032 actes recensés. L’Allemagne marquera tout au long de l’année les 1 700 ans de la présence des Juifs sur ce qui est maintenant son territoire.

leparisien.fr

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