De la guerre d’usure à la guerre totale ?
Depuis octobre, Israël et le Hezbollah sont engagés dans une guerre d’usure persistante, avec la menace imminente d’un conflit total ; L’attaque iranienne et les enseignements qui en découlent pourraient influencer la nature de tout conflit futur, puisque l’Iran démontre ne pas être un allié assez solide pour tenir face à Israël.
L’attaque sans précédent de l’Iran contre Israël, qui comprenait plus de 330 menaces aériennes dont Tsahal aurait intercepté 99 %, marque un tournant important. Cet événement a remodelé les tensions régionales actuelles avec une nouvelle perspective, et il pourrait potentiellement modifier la perception et les stratégies futures du Hezbollah concernant sa guerre d’usure prolongée avec Israël, de façon à ce qu’il recalcule de fond en comble le potentiel d’une guerre totale et le risque d’anéantissement complet qui en résulterait pour lui.
Le Hezbollah a salué la frappe iranienne contre Israël, la vaorisant comme une « décision courageuse » qui a marqué une « nouvelle phase » dans le conflit entre Israël et les Palestiniens, dans un communiqué publié précipitamment, le dimanche 14 avril, quelques heures après le barrage aérien massif : il s’agissait, encore une fois, pour le Hezbollah coutumier du fait, de proclamer une de ces « divines victoires » dont lui seul a le secret :
Le message de consolation à l’Iran, de la part de son zélé vassal
« L’opération a précisément atteint ses objectifs militaires limités (? En fait, aucun), malgré l’implication des États-Unis, de leurs alliés et de leurs outils régionaux dans la réponse à cette attaque stupéfiante (mais qui n’a surpris aucun allié ni la principale cible : Israël)… Les objectifs politiques et stratégiques à long terme de ce développement majeur se manifesteront avec succès au fil du temps », lit-on dans le communiqué plein de morgue et de vaine gloriole.
Menaces aériennes iraniennes interceptées au-dessus d’Ashkelon( Photo : REUTERS/Amir Cohen )
L’expert en stratégie militaire et en sécurité nationale, le Dr Omer Dostri, chercheur à l’Institut de stratégie et de sécurité de Jérusalem et au Forum de défense et de sécurité d’Israël-Habithonistim, affirme que le Hezbollah « a observé l’échec significatif de l’Iran, auquel s’oppose succès notable d’Israël dans l’interception de 99 % des lancements de missiles et de drones de l’Iran, avec l’aide de ses alliés régionaux.
1ère leçon : Le Hezbollah n’a plus les moyens de ses ambitions baltistico-terroristes
« Le Hezbollah en déduit que ses propres capacités en matière de missiles seraient sévèrement limitées dans une guerre à grande échelle contre Israël, ce qui pourrait le dissuader de déclencher un tel conflit », explique-t-il.
Carmit Valensi, responsable du programme Northern Arena à l’Institut d’études sur la sécurité nationale de Tel Aviv, est d’accord et souligne deux points que les événements de samedi ont démontré au Hezbollah.
- L’une concerne les capacités de haut niveau des Forces de défense israéliennes (Tsahal), « qui comprennent des renseignements préliminaires de la Direction du renseignement militaire, un système de détection efficace et l’excellent système d’interception de l’armée de l’air israélienne ».
- Le deuxième est la forte alliance entre Israël et les États-Unis. « Cet événement met en évidence que la stratégie de campagne sur plusieurs fronts adoptée par l’Axe de la Résistance, dirigé par l’Iran, a été contrée par une coalition internationale et régionale collaborant pour renforcer les capacités de défense aérienne israélienne contre l’Iran », a déclaré Valensi, notant que cela pourrait constituer un obstacle important pour pouvoir mener une campagne réussie contre Israël pour les acteurs appartenant au bloc iranien.
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Les habitants de Dimona se rassemblent dans un abri anti-bombes
2è enseignement : une meilleure détection des points faibles d’Israël ?
Lorenzo Trombetta, chercheur basé à Beyrouth et consultant pour les Nations Unies et des ONG internationales, affirme que le Hezbollah et l’Iran sont étroitement liés. Par conséquent, il affirme que le Hezbollah était au courant des procédures d’attaque et des détails tactiques.
Dans ce contexte, poursuit-il, « le Hezbollah a observé de près la réaction israélienne pour connaître le moment et les modalités d’interception des armes nouvellement utilisées lancées par l’Iran sur le territoire israélien ». Il ajoute que cela leur a permis « d’accroître leurs connaissances sur la manière de détecter les points faibles du système de défense israélien ». On relève, sans doute, l’exploitation de telles failles dans l’utilisation de drones suicide contre Arab al-Aramshe, ce village bédouin à la frontière de la Galilée Occidentale, où une attaque a fait un mort et 17 blessés, dans plusieurs graves, le 17 avril, soit 4 jours après l’attaque iranienne.
En revanche, l’interception coup sur coup, de 3 drones du Hezbollah au-dessus de Nahariyah, au/ large, en début d’après-midi du jour de Pessah, le mardi 23 avril, augure, peut-être, d’un « ramassé de balles » plus précis de la part de la défense anti-aérienne israélienne. L’enjeu sera d’approcher un score proche des 90 à 99%, à courte et moyenne distance, à l’instar de ce que Tsahal a pu réaliser dans la nuit du 13 au 14 avril, sur très longue distance, laissant un temps très important pour ajuster… Or, l’instrument le plus efficace est encore dans les cartons, en l’occurrence l’Iron Beam, qui ne devrait commencer à être disponible pour des tests grandeur nature qu’à la fin août 2024, selon les estimations les plus optimistes…
En ripostant, Israël a renforcé sa dissuasion régionale
Selon Dostri, le Hezbollah continuera probablement à surveiller de près les carences de cette nuit de frappes iraniennes et ses conséquences. Soulignant l’importance de la réaction d’Israël pour tirer des conclusions, il a déclaré que si Israël s’était abstenu de riposter contre l’Iran, « le Hezbollah aurait perçu cela comme un affaiblissement supplémentaire de la dissuasion israélienne, qui aurait pu également avoir un impact sur ses propres capacités de dissuasion ».
« À l’inverse, puisque Israël a choisi de riposter contre l’Iran, cela a eu l’effet inverse, en renforçant la dissuasion israélienne, y compris vis-à-vis du Hezbollah à la frontière nord et en Syrie », a affirmé Dostri.
Valensi convient que l’Iran et le Hezbollah mènent probablement des in9vestigations sur l’opération pour en tirer des leçons. L’une d’elles, selon elle, est l’importance de l’élément de surprise et son impact sur la défense d’Israël.
Inquiet à l’idée d’une guerre totale, l’Iran n’a fait que bomber le torse
« L’Iran n’avait pas l’intention de causer des dommages importants aux actifs israéliens ni de subir des pertes, probablement pour éviter de déclencher une guerre totale avec Israël », a déclaré Carmit Valensi, arguant que c’est la raison pour laquelle Téhéran a annoncé publiquement l’attaque et ses cibles au préalable.
Elle compare cela à l’élément de surprise de l’attaque du Hamas du 7 octobre, qui visait à causer de graves dommages à Israël.
« Je ne suis pas certaine que cet événement dissuadera le Hezbollah de lancer une guerre avec Israël, car il a probablement d’autres considérations à l’heure actuelle pour ne pas y aller (conflits internes avec les autres partis libanais, l’assurance d’une vaste destruction). Cependant, cela entraînera certainement une révision de son plan opérationnel, en mettant l’accent sur le maintien de l’élément de surprise », a-t-elle déclaré.
Les menaces aériennes de l’Iran ( Photos : EPA, AP )
Aucun des quatre belligérants ne veut tomber le premier
Trombetta a réitéré que les États-Unis et l’Iran, ainsi qu’Israël et le Hezbollah, ne veulent pas d’une guerre totale, qui serait dévastatrice et contribuerait à accélérer l’effondrement de leurs structures de pouvoir respectives. Au contraire, a-t-il ajouté, « Israël, l’Iran et ses mandataires doivent constamment alimenter le discours sur la « menace extérieure » en prolongeant cette escalade armée de plus en plus contrôlée, sans risquer leur propre stabilité politique/institutionnelle.
Une guerre totale avec le Hezbollah impliquerait probablement le lancement de roquettes et de missiles sur des cibles civiles, sans se limiter aux seules cibles militaires, comme l’a fait l’Iran, affirme Valensi. « Par conséquent, il est plus probable que l’issue soit plus meurtrière si le système de défense israélien ne parvient pas à intercepter complètement tous les missiles et drones du Hezbollah », a-t-elle ajouté.
La milice chiite aurait du mal à se démarquer ou faire mieux que son modèle perse
Cependant, Dostri estime qu’en termes de style d’attaque, celle du Hezbollah serait très similaire à celle perpétrée par Téhéran. « Cela impliquerait une attaque coordonnée, fondéec sur des drones, des missiles de croisière et des missiles balistiques, même s’il est entendu que de telles attaques peuvent rencontrer des limites », a-t-il déclaré.
Dostri a expliqué que la raison derrière cette approche est que ce sont les principaux atouts que le Hezbollah peut exploiter contre Israël, d’autant plus que sa force Radwan a été repoussée à des kilomètres de la frontière sud du Liban, que ses chefs se font décimer les uns après les autres, ce qui rend difficile pour le Hezbollah d’organiser une invasion d’Israël.
La défense anti-aérienne israélienne gagne l’estime de ses ennemis
Ironiquement, Israël et le Hezbollah semblent avoir tiré des leçons similaires de la récente attaque de missile iranien, selon Valensi. « Comme le Hezbollah, Israël et son peuple ont reçu un rappel de la formidable puissance de Tsahal, une perception qui a peut-être été ébranlée après le 7 octobre ; l’importance de maintenir des relations solides avec les États-Unis a-t-elle également été souligné ».
En outre, elle a réitéré que l’événement a souligné les avantages des efforts régionaux conjoints pour faire face à la menace iranienne à l’avenir , en la présentant comme un problème régional plutôt que comme une préoccupation exclusive d’Israël. C’est pourquoi elle estime qu’il est crucial qu’Israël investisse davantage d’efforts pour maintenir ses alliances régionales et mondiales. Raison pour laquelle Tsahal a réduit l’amplitude de la riposte préalablement élaborée pour semer un effroi certain chez les Iraniens au pouvoir.




Formidable puissance de Tsahal ?
Alliance indéfectible avec les US ?
Bien trop optimiste tout ça .
Il est bon de ne pas sur-interpréter et d’analyser les expressions relatives à un succès « ce soir-là » (et pas un autre) dans le contexte qui est le sien : 99% de réussite, une gamine bédouine malheureusement blessée à proximité de Nevatim, cette base aérienne légèrement endommagée (mais très réparable) par 5 débris de missile balistique tombé ailleurs, c’est « formidable » – point-. L’Alliance indefectible, ici, réfère aux programmes balistiques anti-missiles tous mobilisés dans des programmes énormes (Le lendemain, le Congrès entérinait une enveloppe de 95 milliards de $ pour Taïwan, l’Ukraine et Israël -estimée à 22, 5 milliards), et surtout, à l’appui américain aux « Accords d’Abraham », qui permettent à l’Arabe Saoudite « d’avouer » avoir participé, avec la Jordanie, à stopper des missiles et drones. Ensuite, on peut grincher sur les entraves que l’on ressent fréquemment, si et quand Biden-Blinken vont trop loin dans leur vision d’un 51ème état, des fils à la patte qu’Israël se trimballe ou des sanctions inappropriées contre le Bataillon Netzah Yehuda, parce que « trop juif » (« sanctions brocardées dans ces mêmes colonnes : Biden attaque Tsahal et le système judiciaire, au moment de compléter son budget (https://terre-des-juifs.com/2024/04/21/biden-attaque-tsahal-et-le-systeme-judiciaire-au-moment-de-completer-son-budget/). Cet article se concentre sur la dissuasion du Hezbollah et le fiasco iranien du 13/14 avril. Après, on fera le tri dans les vicissitudes (et dépendances) de cette alliance stratégique. Mais on est dans un monde dans lequel existent les Chinois, les Russes (qui envoient leurs S-35 cette semaine, sur l’aéroport militaire même qu’Israël vient de prendre pour cible) et bien d’autres, comme la Corée du Nord, pour voler au secours les uns des autres, dont l’Iran. Donc s’ouvrir un peu le panorama.