De raison d’État en… déraison d’État

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Par Jean-Marc Alcalay

 

Raison d’État…

Une définition parmi d’autres : La raison d’État est le principe politique en vertu duquel l’intérêt de l’État, conçu comme une préoccupation supérieure émanant de l’intérêt général, peut nécessiter de déroger à certaines règles juridiques ou morales, notamment dans des circonstances exceptionnelles.

Mais à moins d’un événement vraiment potentiellement destructeur d’un État, en général, ses structures tiennent bon. Aussi, c’est le plus souvent le chef de l’État qui, craignant de perdre sa légitimité, a recours à la raison d’État.

Suite aux crimes contre l’humanité des terroristes du Hamas du 7 octobre, la France a perdu 40 de ses ressortissants franco-israéliens dans les pires conditions qui soient : violés, éventrés, mutilés sexuellement, brulés vifs, tirés à bout portant, explosés à la roquette…

40 assassinés, 4 toujours kidnappés, que fait le gouvernement français ?

Aujourd’hui 10 décembre, il reste 4 otages franco-israéliens dont nous pouvons imaginer les terribles conditions de détention par le Hamas, ces sadiques sanguinaires, ivres de leur Dieu obscur pour lequel ils commettent les pires exactions et sont prêts à en répéter d’autres. Je répète, 40 franco-israéliens assassinés, en plus de 4 otages de la même double-nationalité sur 138 otages au total. Mais certains diront : oui, 40 de nos ressortissants assassinés, français certes, mais Juifs quand même !,  paraphrasant ainsi Raymond Barre, commentant l’attentat à la bombe de la synagogue de la rue Copernic du 3 octobre 1980[1].

Ce qui en France, pourrait aujourd’hui justifier de faire le minimum, en direction des Français de confession juive, au nom d’une raison d’État qui voudrait avant tout se préserver des émeutes des banlieues, des menaces des antisémites islamistes, des pro-palestiniens, des gauchistes, des attentats, des wokistes et de tous ceux qui au nom d’une pérennité de l’État ne voudraient pas d’une riposte anti Hamas du président Macron.

Quitte à ce qu’il y ait en France des attentats islamistes, on préfère qu’ils soient le fait de loups solitaires que des hordes pogromistes du Hamas. Au moins les loups dits solitaires, mais solidaires de Daech quand même, on les élimine ou on les emprisonne et s’ils sont fous, c’est encore mieux. La psychiatrie est seule coupable, d’autant qu’un musulman sain d’esprit, même islamisé ne peut, décidemment, pas tuer au nom de sa religion qui prône la tolérance. Ouf !, l’État est sauvé sans que la raison d’État ne soit convoquée. Pas de représailles donc, pas de ripostes contre le Hamas. Tant pis pour nos 40 morts, nos 4 otages, et tant pis pour leurs familles, leurs amis, leurs proches, et puis tant pis pour ces Français qui voudraient bien qu’une action musclée soit envisagée et actée contre le Hamas et leurs ramifications françaises ! Les otages attendront !

L’État ne leur rend aucun hommage, deux mois plus tard

Mais rien, pas même après ces 2 mois qui nous éloignent du 7 octobre, pas même des fleurs, pas même un hommage de l’État, peut-être justement par raison d’État. Oh si !, tout de même, deux gestes forts et courageux du gouvernement français : le gel des avoirs financiers pour 6 mois, eh oui, 6 mois !, du planificateur des attaques nazislamistes du 7 octobre, Yahya Sinwar, et puis, lot de consolation pour les Français juifs, l’allumage, ce 7 décembre de la première bougie de Hanukkah à l’Élysée.

Mendel Samama

Histoire aussi de rattraper l’absence du président à la marche contre l’antisémitisme, si ce n’est son vœu, plus secret celui-là, de communautariser la France, en invitant par exemple le pape à l’inauguration de Notre-Dame de Paris en 2024. Auquel cas, plus de problème avec l’encombrante laïcité à la française !

S’agissant de Hanukkah, il n’est même pas sûr que les Français juifs aient apprécié cette cérémonie élyséenne. Ce qui est moins dangereux pour le gouvernement, toujours emprisonné par sa raison d’État, c’est le démantèlement des groupuscules de l’ultradroite qui ont délaissé leurs bars à bière pour se répandre dans la rue, n’ont encore tué personne, au contraire de ceux de l’extrême gauche qui sont de véritables casseurs de flics et de jeunes issus de l’immigration qui eux sortent le couteau à la moindre frustration.

Les Frères Musulmans prennent Paris (par sa Grande Mosquée)

Je dénonce aussi le Hamas, dont les Frères musulmans sont une des ramifications en France et ailleurs. Mais au nom de la raison d’État, on n’y touche pas, on ne les condamne pas, on ne les interdit pas, d’autant plus que, justement ce 7 octobre, la Grande-petite Mosquée de Paris a annoncé la création de AMMALE et a convenu de son ralliement à la doctrine du « juste milieu » des Frères musulmans dont le Hamas est l’avorton terroriste. Parlez-en aux Égyptiens, ils vous diront pourquoi ils ne veulent pas entendre parler des Gazaouis et du Hamas. S’ils avaient voulu, les Égyptiens auraient pris en tenaille par le Sud de Gaza, les terroristes du Hamas, en lien avec Israël qui les ont attaqués par le Nord. Seulement voilà les Israéliens font le travail de tous les États arabes et des autres qui veulent voir disparaitre le Hamas, sauf quelques-uns évidemment. Tous ces États se protègent de leurs peuples toujours haineux envers Israël. Eh, oui !, ils se réfugient derrière la sacro-sainte raison d’État…

Et en France, il ne faut surtout pas toucher à ces émanations religieuses et politico-terroristes du Hamas. L’important est de préserver l’État en restant raisonnable vis-à-vis de ces groupes salafistes. Alors oui, pour le président Macron, la raison veut qu’il ne fasse rien. Pas même un hommage à nos compatriotes assassinés et à nos otages, qu’il tente de différer. Lui, le maître des horloges, compte justement sur le temps comme pousse-à-oubli, pour que, justement, l’on passe à la trappe nos 40 assassinés du 7 octobre et nos 4 otages aussi…

Mais face à la pression, il devra bien un jour en commémorer l’assassinat pour les premiers et la prise en otages, pour les seconds, mais quand ? Raison d’État oblige, avec le risque toujours possible que cette prudence gouvernementale ne rencontre son contraire, à savoir la déraison d’État.

Déraison d’État 

Seulement voilà, il y a des événements dont la force traumatique et destructrice est si puissante qu’ils résistent au temps qui passe. La raison d’État ne peut les étouffer. Elle le peut d’autant moins que les victimes survivantes, leurs amis, les citoyens, les associations qui défendent leur mémoire et réclament la justice, les médias qui s’en mêlent, les États, je pense à Israël, ne doivent pas cesser d’en rappeler les faits. Ces assassinats et les prises d’otages par le Hamas ont bel et bien eu lieu. Personne ne doit les oublier, surtout pas l’État qui a le pouvoir de rétablir la justice, de ne plus montrer qu’il a peur, de ne plus se réfugier derrière la raison d’État auquel cas, il risquerait d’y perdre justement la raison.

[1] Raymond Barre : «… Cet attentat odieux qui voulait frapper des Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic »

 

Jean-Marc Alcalay

Jean-Marc Alcalay est psychologue clinicien, formé à la psychanalyse. Il vit  à Dunkerque et y travaillait jusqu’ à sa retraite. Il a écrit plus de trois cents articles.
Il a écrit un premier livre sur les liens qu’avait André Malraux avec Dunkerque : André Malraux et Dunkerque, une filiation (Société Dunkerquoise d’Histoire et d’Archéologie,1996), puis en 2007, La plume et le fusil (Ysec Éditions) toujours Dunkerque, la guerre, les écrivains, puis encore en 2012, à propos d’un autre écrivain qui lui tient à cœur, Marguerite Duras, publié à Jérusalem, en français, où il a fait deux conférences. Son titre : MD la juive, les écritures juives de Marguerite Duras, diffusé en France et publié aux Éditions Elkana en 2012. Son quatrième livre, intitulé Lé-haim, A la vie, Israël 1948, est paru en septembre 2014 aux Éditons Ysec. Un cinquième livre publié en 2021  ( א Éditions- diffusé sur Amazon) intitulé : Histoire des combattants juifs de la Brigade Blindée Indépendante Tchécoslovaque, Dunkerque 1944-1945,  puis a coordonné l’édition en 2023 d’un  livre  collectif sur le sculpteur Herzi, intitulé : Herzi, Chrysalides des ombres/sculpter un Mémorial de la Shoah, Collection Molda, Éditions Jacques Flament.

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