Mont du Temple : émergence d’une souveraineté spirituelle ?

Publié par

Mont du Temple : émergence d’une souveraineté spirituelle ?

Confirmation de l’interdiction de prier en 3 actes

Le 7 octobre 2021, le Tribunal de Jérusalem a confirmé l’impossibilité pour les juifs de prier sur le Mont du Temple, infirmant une décision rendue la veille (le  6 octobre 2021) par la Cour des Magistrats de Jérusalem qui avait jugé que « la prière silencieuse, à la mosquée Al-Aqsa n’était pas un acte criminel ».

 

Pour réformer la décision, le Tribunal supérieur s’est fondé, non sur le caractère silencieux de la prière, mais sur son caractère ostensible : « Le fait qu’il y ait eu quelqu’un qui a observé de prier est une preuve que sa prière était visible. Je rétablis la décision de l’officier de police ». La question est donc celle de la reconnaissance par le Droit israélien, d’une « souveraineté spirituelle » musulmane sur le Mont du Temple.

 

Le conflit de 1967 devait ne pas prendre l’apparence d’une guerre de religions

A la suite de la guerre des six jours de 1967, le Ministre de la Défense, Moshé Dayan, avait posé le principe d’un statu quo entre Israël et la Jordanie (alors souveraine sur la Cisjordanie et partant, sur la vielle ville de Jérusalem) en vertu duquel, les musulmans peuvent pratiquer leur culte sur le site de la Mosquée Al-Aqsa, tandis que les juifs le font sur le Mur occidental. Autrement dit, le statu quo réservait aux jordaniens la souveraineté sur le troisième Lieu Saint de l’Islam, avec, concomitamment, interdiction pour les juifs d’y prier. Moshe Dayan avait même fait retirer le drapeau israélien qui flottait sur le Dôme du Rocher, alors même que, dans les jours qui ont suivi l’annexion de Jérusalem, il a déclaré que Jérusalem était Sainte pour les trois religions

 

Cette décision ministérielle n’a jamais été acceptée de façon unanime : le Rabbin Yehuda Glick a même fait l’objet d’une tentative d’attentat alors qu’il présentait une conférence, en 2014, sur le thème : « Israël revient au Mont du Temple ». Effectivement, le Rabbin Glick a toujours été partisan d’une remise en cause du statu quo, de la reconstruction du troisième Temple de Jérusalem (détruit par les romains au début de l’ère chrétienne) et de la possibilité pour les Juifs de venir y prier.

 

La Jordanie ne conserve qu’un droit gestionnaire

Juridiquement, le principe du statu quo ne se justifie plus : le Royaume hachémite de Jordanie était souverain sur la Cisjordanie depuis son annexion, le 24 avril 1950, et donc sur la vieille ville de Jérusalem. Or, lors de l’occupation de la Cisjordanie par Israël, en 1967, et de l’annexion concomitante de la vielle ville de Jérusalem, Israël ne voulait pas froisser la Jordanie, ni réveiller les velléités de juifs religieux désireux de reconstruire le Temple de Jérusalem. Le « fameux » statu quo a donc permis de ménager la susceptibilité jordanienne tout en permettant une coexistence harmonieuse entre juifs et palestiniens à Jérusalem.

La situation a toutefois évolué, le 31 juillet 1988 : la Jordanie (dont faisait partie la Cisjordanie depuis 1950), a définitivement renoncé à sa souveraineté sur le territoire. Ainsi, la  Cisjordanie investie par Israël depuis 1967, est devenue un « bien sans maitre ». Autrement dit, il n’y plus eu de souveraineté politique concurrente sur l’Esplanade des Mosquées. Le maintien du statu quo est donc devenu absurde.

Comment réglementer les moments de fréquentation?

D’ailleurs, si le plan de paix de Donald Trump prévoyait que le statu quo sur le site devait « se poursuivre sans interruption », le document préconisait la possibilité pour « les personnes de toute confession de venir prier sur le mont du Temple/Haram al-Sharif, d’une manière qui soit pleinement respectueuse de leur religion, en tenant compte des horaires des prières et des fêtes de chaque religion, ainsi que d’autres facteurs religieux ».

 

Le 7 octobre 2021, le Tribunal d’Instance de Jérusalem a donc rendu une décision pour le moins étrange : le Rabbin Aryeh Lipo avait présenté un recours contre une décision de la police israélienne qui l’avait, temporairement, interdit d’accéderau Mont du Temple. Son crime consistait à s’y être rendu pour prier.

 

Le 6 octobre 2021, la première juge, Bilha Yahalom, avait alors jugé que « la prière silencieuse, à la mosquée Al-Aqsa n’était pas un acte criminel ». En effet : «  les visites quotidiennes du Rabbin Aryeh Lipo sur l’Esplanade prouvent l’importance que ses prières revêtaient pour lui ». De plus, « prier en silence dans un coin ne représente pas un danger pour l’ordre public comme l’affirme la police ». Elle a, par conséquent, ordonné à la police de l’autoriser « à entrer dans le sanctuaire pour faire sa prière silencieuse ».

A quand une jurisprudence adaptée?

Son avocat s’en était immédiatement félicité : « Il est inadmissible que les Juifs soient empêchés de faire leurs prières, même en silence, à l’esplanade, tandis que les musulmans peuvent faire ce qu’ils veulent, à savoir leurs prêches et jouer au football voire instaurer le désordre ». Il a donc immédiatement encouragé les Juifs à y procéder de façon systématique : « Bien que la police ne fasse rien pour empêcher ces pratiques, les Juifs se sentent étrangers dans ce lieu saint. Nous espérons qu’à partir de maintenant, la police autorisera aux fidèles d’effectuer leurs prières silencieuses » (En pratique, les prières des Juifs religieux se déroulent le matin et après la prière de midi. Les croyants pénètrent sur le site en empruntant la porte des Maghrébins, situé sur le mur occidental de l’esplanade « de la mosquée » -ou du Mont du Temple-, avec une escorte de la police israélienne).

 

Cette décision a immédiatement été dénoncée par les palestiniens, en ce qu’elle remettait en question le statu quo (absurde), confirmé lors de la signature du traité de paix entre la Jordanie et Israël en 1994. Le Hamas a même annoncé la reprises de ses opérations terroriste : « il s’agit d’une agression flagrante contre la mosquée Al-Aqsa et d’une déclaration claire d’une guerre qui va au-delà des droits politiques pour devenir une agression contre la religion et le caractère sacré  (du lieu)».

L’Islam est si faible qu’un simple murmure l’effraie et l’évente

Si donc la justice israélienne rétablit la décision de la police israélienne concernant l’interdiction faite au Rabbin de venir prier sur le site « sacré des musulmans », c’est que le fait de prier sur un site sacré emporte des conséquences, en l’occurrence la remise en question de la « souveraineté spirituelle ». C’est d’ailleurs ce que sous entend le Premier Ministre palestinien lorsqu’il met en garde « contre les tentatives d’Israël d’imposer une nouvelle réalité à la sainte mosquée d’Al-Aqsa ».

Théoriquement, prier c’est communiquer avec le Ciel pour exprimer une adoration, une vénération, adresser des remerciements, voire tenter d’obtenir des grâces ou des faveurs. En principe, les religions monothéistes sont unanimes sur le fait que le « D. unique » est le même pour tous. Dès lors, rien n’empêche un musulman de prier dans une église ou une synagogue, un chrétien de le faire dans une mosquée ou une synagogue, et donc, fatalement, un juif de prier sur le site du Mont du Temple, devenu celui de la Mosquée Al Aqsa.

Quelle est cette entité qui n’existe que dans le Coran?

Inversement, si les musulmans font défense aux juifs de prier sur ce site, c’est qu’ils estiment qu’Adonai (ou la trinité dans le christianisme) et Allah ne sont pas les mêmes, voire qu’il y aurait une hiérarchie entre les différents systèmes de foi (ce que laisse d’ailleurs entendre le Coran, lorsqu’il appelle à combattre ce qui ne reconnaissent pas Allah et son Prophète Mahomet).

Il faut donc admettre l’existence d’une réalité jamais évoquée sur le Mont du Temple, l’existence d’une souveraineté spirituelle musulmane dont, pour l’heure, seuls les musulmans ont conscience.

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

Laisser un commentaire