Rimbaud rusalème, par Michel Arouimi

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Le remodelage des textes bibliques, surtout l’Apocalypse, aura été pour Rimbaud un moyen d’exprimer son partage entre les enjeux inconciliables de sa vocation  : célébration du « Nombre et de l’Harmonie », ou bien projection d’une division de l’être, ressentie comme l’aiguillon de son génie ? Un dilemme insoluble, que Rimbaud n’a pu résoudre que par le silence. Mieux que la « langue » nouvelle, à laquelle aspirait le « voyant », ses poèmes manifestent, mais en lui laissant toute son ambiguïté, le fondement originel du langage.

Cette leçon vaut pour le monde présent, en proie à la violence des nombres, et oublieux des vertus spirituelles que leur attribue la Tradition.

Les commentateurs modernes de Rimbaud ont en effet beaucoup de mépris pour les quelques chercheurs de jadis, qui envisageaient ses œuvres à travers le prisme irisé des grands textes de l’ésotérisme, juif en particulier.

Cette méfiance à l’égard de l’influence de ces lectures prêtées à Rimbaud, est fondée.

Mais n’est-elle pas aussi dictée par le discrédit qui affecte aujourd’hui tous les vestiges patriarcaux de la tradition judéo-chrétienne (pour ne pas dire universelle) ?

Cette question ne fait que hanter cet ouvrage qui, sans faire de Rimbaud un poète fasciné par  des doctrines ésotériques, sans doute inconnues de lui-même, s’attache à dégager les lois auxquelles ses écrits adamantins, envisagés à tous leurs niveaux, doivent leur pouvoir de fascination. Des lois dont le caractère mathématique vérifie, sur un plan des plus profanes, les conceptions traditionnelles relatives à la création, et au rapport de l’Un et du multiple.

L’ « alchimie du verbe », n’était pas un vain mot sous la plume de Rimbaud. Son échec subjectif, tragiquement assumé, est dû à la violence duelle qui, dans tous les esprits, dispute son rôle inspirateur à ce que l’on s’accorde à nommer la scission de l’Un (ou du Verbe).

Cet ouvrage recreuse cette ambiguïté, jusque dans les lettres de Rimbaud au Harar, auxquelles est emprunté son titre (Rimbaud rusalème) : un jeu de mots qui, sous la plume du Rimbaud marchand, résume tous les aspects de cette insoluble question.

Michel Arouimi, comparatiste, poursuit une recherche dont Rimbaud aura été le fanal : l’idéal du «voyant», que résument «le Nombre» et «l’Harmonie», est l’objet d’une remise en cause dans les œuvres mêmes de Rimbaud. Ce phénomène se retrouve chez d’autres écrivains ou artistes, étudiés par M. Arouimi dans ses ouvrages. Le mystère de ce désengagement, qui implique le sacré, est lié chez Rimbaud à la fonction du «rythme», à tous les niveaux de l’écriture. 

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