Défendre Zemmour, sans lui donner sa voix (si jamais)

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Ce texte, qui aurait pu figurer une modeste tentative d’expliquer à des non-Juifs ce que seuls des Juifs ou sionistes seraient susceptibles de comprendre, pourrait également se révéler utile – et on peut, tout à la fois, l’espérer et le déplorer – à des Juifs en perte d’identité.

À la suite de l’émission TV On est en direct du 11 septembre 2021, a-t-on pu voir fleurir sur la toile les réactions indignées, parmi lesquelles des professionnels de l’indignation sélective, reprenant le bien triste passage comparatif des lieux d’enterrements respectifs de l’assassin terroriste islamique de l’école Ozar Hatorah de Toulouse, et des enfants et adulte Juifs victimes : Gabriel Sandler, Aryeh Sandler, Myriam Monsonégo, Jonathan Sandler l’enseignant, quatre victimes parmi les sept, concernées par ce propos des sépultures.

Ces propos ont certes été retirés de leur contexte, mais aussi le discours de Zemmour se réclamait d’une autre portée – si tant est que l’on puisse faire décoller du sol une telle maladresse. Ses démonstrations depuis toujours se veulent, s’affirment comme exemptes de caractère émotionnel, ainsi non parasitées. Aussi, à juste titre, est-ce un problème de mélanger émotion (affect, morale) et raisonnement politique ou sociologique. Cela empêche tout discours critique en portant sur un plan moral une discussion dont ce n’est ni le lieu ni l’objet. À moins d’avoir en face de soi un individu que l’on entend raisonner ou sermonner, c’est-à-dire dans un contexte de mise en perspective d’une personne ayant autorité (morale, parentale, religieuse, scolaire, militaire,…) sur une autre, l’objection morale ne devrait pas entrer en compétition, dans ces domaines de chroniques ou discours politiques.

Ici, Eric Zemmour par l’illustration inverse de sélection du pays de la dernière demeure, demande donc de choisir son pays à la vie à la mort. Il exprime que la France échoue à assimiler tous ses citoyens, sans faire le reproche aux personnes citées, c’est son constat qui le préoccupe. Il est permis de considérer comme inapproprié en illustration de ce constat la mise en perspective commune entre le pays choisi par l’immonde assassin, et celui de si pures victimes. Mais Zemmour indique et revendique donc de pouvoir raisonner froidement, il en revendique la nécessité, et pour autant, il n’indique pas être un personnage froid, là est une nuance de taille, et c’est celle qui devrait peut-être pouvoir marquer l’inutilité du jugement moral.

À tort ou à raison, l’idée exprimée par lui ici est que l’on doit choisir de résider – et mourir – dans son pays d’appartenance et de conviction. Selon un fondement de l’idéal nationaliste, chaque nation est renforcée par ceux qui y résident par conviction. Ainsi, être Juif pour certains, c’est résider en Eretz Israël puis y mourir et nulle part ailleurs, et ce malgré leur passé rempli de souvenirs du premier pays de résidence et souvent d’épanouissement, pour beaucoup après-guerre.

Il n’en demeure pas moins que le reste de son intervention non coupée est brillant et sans affect (verbalement exprimé en tous cas), malgré l’agressivité haineuse  contenue à grand peine, dans une tension palpable entretenue par 3 accusateurs lisant à charge des extraits « négatifs » choisis sans rien (vouloir ou pouvoir ?) comprendre, entendant sans écouter, parlant sans réfléchir, brandissant l’étendard du Bien contre le Mal personnifié. Zemmour, sur une toute autre longueur d’ondes, se trouvait véritablement dans la fosse aux lions. La haine était ici, une fois de plus, du côté de la bien-pensance. Cela aussi, ne devrait pas manquer d’interpeler, et d’être souligné. Lui, aguerri, encaissait les coups (son visage trahissant l’affliction et l’exaspération) avec un répondant pragmatique, recadrant un débat sans cesse repositionné par ses interrogateurs sur un plan réquisitoire.

Mais Eric Zemmour se trompe sur les possibles motivations d’enterrer des proches Juifs en Eretz Israël.

Dans un contexte antisémite latent parfois concrétisé dans une crétinerie crasse, les motivations de ce choix peuvent être en premier lieu de protéger les sépultures de toute souillure, insulte ou profanation. Pour mémoire, la stèle de Simone Veil fut dernièrement profanée 4 fois en 1 semaine. La France ne protège pas davantage les Juifs morts qu’elle ne s’affaire à protéger les vivants.

Il y a, aussi, volonté d’anticiper l’inexorable fin de concession qui viendrait après une ou deux générations, voir libérer les tombes des bien-aimés, et leurs os déplacés et mêlés à quelques autres au sein d’une fosse non désirée.

Il y a, encore, une possible intention religieuse de placer le corps de ses proches à l’endroit où le Tanakh mentionne qu’à la fin des temps, la résurrection des corps sera réalisée.

On peut déplorer qu’Éric Zemmour fasse taire sa judéité, mais il faut dans un premier temps considérer que celui-ci s’est entièrement construit hors de cette parenthèse assumée.

Et justement là où se trompe encore Zemmour, c’est que dans le souci même de vouloir taire l’émotion pour donner du crédit à ses propos, il n’en est pas moins intégralement imprégné. Eric Zemmour se veut plus bonapartiste que Napoléon. Féru d’Histoire de France et éperdu d’amour pour les lumières de la terre d’émigration de ses aïeux Juifs berbères français fuyant la guerre d’Algérie, perpétuellement reconnaissant de son ascension rendue possible par ce pays aux mille attraits culturels, il inscrit la France dans chaque fibre de son corps.

C’est donc habillé et habité d’amour de la France, qu’il entend la défendre mieux que le plus patriote des français de longue souche. Et l’on peut dire que Zemmour brille le plus souvent par ses interventions limpides, solidement charpentées et étayées, laissant adversaires et commentateurs le plus souvent dans les cordes, ces derniers à court d’arguments ayant parfois recours aux accusations ad hominem, quand ce n’est pas à l’insulte pour les plus incultes.

meeting d’Eric Zemmour au Palais des congrès-Acropolis, Nice, le 18 septembre 2021

Mais si ces discours, selon une ligne directrice et des principes desquels jamais il ne se départit, se placent sur une hauteur relativement inégalée dans le paysage politico-médiatique actuel et passé, c’est que l’émotion qui les guide est toute intérieure, profonde, et jamais étalée comme un faire-valoir ou un appel à la reconnaissance de pairs bien-pensants.

Eric Zemmour, dans le discours d’Éric Zemmour, compte moins que la France. Par ce choix honorable au demeurant, de taire son ego, il tait non seulement son individualité, mais aussi son identité propre.

Car Eric Zemmour est Juif ! Fort heureusement il ne le cache ni ne le renie. Eric Zemmour est Juif à une époque où le troisième exil du peuple Juif est achevé. Israël est un État fort, par la réunification de nombre des composantes diverses de sa civilisation brillante, fort économiquement, scientifiquement, militairement, diplomatiquement, stratégiquement. Renforcé aussi par les Accords d’Abraham si lourds de symboles, qui balaient peu à peu les inimitiés sémites non Juives, et réparent une fraternité qui aurait dû présider, à l’origine des 2 lignées.

Bref, Israël malgré ses déboires gouvernementaux actuels – faute de talents zemmouriens pour la défendre, la renforcer, la porter politiquement ? –  brille de mille feux, et Eric n’a d’yeux que pour sa France natale qu’il s’échine à vouloir sauver d’un inéluctable désastre.

Ce n’est pas à lui que nous apprendrons ce que sont des racines, ce qu’est une Nation, un Peuple sur sa Terre. Or, ce qui relie Zemmour à Israël, est bien plus fort que ce qui le relie à la France. Israël est à la fois une Nation et une Terre, indissociablement, rationnellement et irrationnellement, et le lien indestructible qui les unit ensemble est la Torah.

Le plus laïque des laïques, le Juif qui mange du porc à Kippour, comprend avant tout dans sa chair son attachement à la Terre d’Israël et à son Peuple. Il le comprend dans sa chair avant de le comprendre dans sa conscience et son esprit. Le Rav Dynovisz de Jérusalem, dans des élans magnifiques de sincérité, a parfaitement cerné et rendu gloire aux pionniers du retour en Israël, dont Herzl ou Ben Gourion.  Les pionniers n’étaient pas des rabbins. Leur attachement était le fruit d’une éclatante prise de conscience de leur judéité, et de ce qu’elle implique. Le judaïsme est venu en appui, mais il n’a pas présidé aux démarches du troisième et dernier retour d’exil. Il est, bien sûr, destiné à regagner le cœur de chaque Juif sur sa Terre, mais cela s’opère plus tardivement.

Ainsi, le destin d’Eric Zemmour n’est-il pas le destin français, pas plus que ses os ! Ainsi, quiconque soutient Israël en connaissance, dans la profondeur, ne peut soutenir une candidature de Zemmour à l’élection présidentielle française. Ainsi, la défense du sionisme est incompatible avec l’élection d’un Juif à la tête d’un autre pays que le sien, Israël. Quelle que soit la vérité parfois criante portée par le personnage, malgré un excès de maladresse dans des paroles jugées blessantes, la nécessité sioniste doit empêcher la prise de pouvoir d’un Éric Zemmour en exil.

Un Français lambda convaincu par des valeurs portées par la Droite, ne comprendrait peut-être pas ces propos consistant à se tirer une balle dans le pied si l’on valide la plupart des discours de Zemmour et ses vues pour la grandeur de la France. Le monde Juif peut alors l’inspirer et lui permettre d’approfondir son propre nationalisme, l’auteur l’invite à creuser la question. En attendant, dans l’intervalle, l’on peut arguer que ce choix du « NON » à Zemmour, concerne la certitude qu’un Juif qui n’a pas fait son Alyiah retarde la réparation, la prospérité d’Israël tout autant que celle des Nations. Plus pragmatiquement, un Juif qui se renie, en reniant les implications de sa judéité par un attachement exclusif à une autre Nation, ne peut rien apporter de bon en mêlant définitivement son destin à celui d’un pays autre que le sien. Autrement dit, pour le bien de la France, si l’on peut remercier Éric Zemmour d’avoir autant et, souvent, si lumineusement pris la défense de la France, en revanche, on ne peut pas en faire un Président de notre République, pas plus qu’un roi ou autre à la conduite des affaires de ce pays. ‘Has veshalom… cela ne remet pas en cause l’attachement d’Éric Zemmour et encore moins ses valeurs ou sa sincérité. C’est une question d’identité, d’alignement avec soi, et de spécificité juive, unique au monde.

L’intégrité et la sincérité d’Eric Zemmour n’y sont pour rien, pas plus qu’il ne recèle d’arrière-pensée. Que le lecteur non-Juif ne s’y trompe pas, les Juifs depuis plus de 2 millénaires, se sont parfaitement intégrés en exil parmi les Nations du monde entier, jusqu’aux confins d’Orient pour les Bnei Menashé, par exemple. Intégrés, mais pas assimilés. Si, dans le détail des individus voire de groupes plus ou moins nombreux, il y a pu avoir assimilations – le plus souvent forcées par les exactions, viols, pogroms, conversions sous la menace, épurations ethniques, le tout n’ayant jamais cessé depuis 2000 ans – le peuple éparpillé continuait dans son ensemble à maintenir le lien immuable avec ses racines et sa terre promise lointaine, tout en s’intégrant à la vie de la cité, dans la mesure des très restreintes possibilités d’activités accordées jusqu’à il y a peu, rappelons-le.

Le visiteur de Yad Vashem, musée international de la Shoah à Jérusalem, sera frappé par une vérité le plus souvent étouffée dans l’Histoire racontée aux Français. Les histoires individuelles, patiemment reconstituées et illustrées avec les documents, effets et meubles personnels, de nombreux Juifs de tout pays ayant fini en cendres dans les fours des camps de la mort, retracent des vies exemplaires ayant contribué à la renommée de leur pays, France, Allemagne etc… ils furent médecins, avocats, grands musiciens, et même militaires, profondément attachés et dévoués à la défense du pays de résidence, qui les a sans le moindre état d’âme emmenés à l’abattoir, dans le chaos de la guerre.

Exemplaires à tel point que le plus souvent, persuadés de se conduire en modèles tel un Zemmour quand il porte haut les couleurs de la France, ils n’ont pas vu venir la trahison dont ils furent si systématiquement et méthodiquement victimes. Et ils n’ont pas fui quand ils pouvaient encore le faire. Intégrés dans la sphère publique, seule la sphère privée rendait compte de leur judéité. Mais malgré leur assimilation et leur apport constructif manifeste, les Nations ont toujours, et de manière ouvertement renouvelée aujourd’hui, été promptes à suspecter et pointer du doigt les Juifs même les plus positivement contributeurs.

Puisse Eric Zemmour contribuer à ce que l’Histoire ne se répète pas, concernant les derniers Juifs français en exil, et lui en particulier, qu’il prenne conscience de sa judéité, et sache transformer comme il l’a toujours fait cette nouvelle et déroutante chance en succès, et ainsi pour chaque Juif en exil, et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes, pour chaque Nation, au premier lieu desquelles, la France ! Si le poids sur les épaules d’Eric Zemmour semble si lourd ce disant, c’est qu’un Juif est responsable pour son peuple, et son peuple pour lui.

Quant à la France, puisse-t-elle s’inspirer de ce dernier concept, et se choisir un autre chef de la même trempe, qui tarde à se faire connaitre.

Par Marie Autesserre

5 commentaires

  1. Plein de choses vraies et plein de choses discutables, très discutables.
    Et un fait terrible malheureusement indiscutable:
    Le vacillement et l’irresolution des juifs israéliens.
    Ça ne m’empêchera de voter EZ s’il se présente même si ses chances sont quasi inexistantes, et même si la France et les français non juifs doivent nous envoyer dans des fours,ce qui est très probable à terme.
    Et aussi Simplement par élimination, les autres ne valant rien.

  2. Excellent article qui pose bien le problème. On comprend aisément que cette question est un dilemme pour l’intéressé. un dilemme que j’ose nommer : existentiel. Aussi attaché soit-il à Israël, Zemmour n’a pas choisi ce pays qui est plus qu’un pays. Cela relève à mon avis, de la psychologie. Eric Zemmour a besoin de prouver quelque chose. Son attachement à la France et surtout à ce qui l’a nourri: son histoire et sa culture qui l’ont enraciné. On a le sentiment qu’il veut sauver la France. On peut effectivement se dire que ce voeu est insensé. Voire voué à l’échec. Son désir d’assimilation totale est sans doute illusoire ! Il ne se renie pas en tant que Juif mais il obtempère à l’injonction napoléonienne au Sanhedrin » tout pour l’individu, rien pour le peuple ». Il a renoncé au peule hébreu et à son destin et a choisi le peuple Français. C’est ainsi que j’ai compris ses maladresses concernant l’enterrement des Juifs en terre d’Israël, assassinés par Mehra. Je ne les cautionne pas. Peut-être que si une partie de la famille de Zemmour avait disparu dans la Shoah, aurait-il eu une autre position? Je dois dire que je me garderais de le juger, tout en sachant que son combat que j’approuve au niveau des idées, de la vison politique, n’est pas sans poser de questions.

  3. Je me garderais de Juger Eric Zemmour et, bien qu’attristé par ses ‘maladresses’, je ne me prononcerais pas tout de suite sur ses choix. Ce phénomène mérite d’être exploré plus en profondeur avant d’être pensé selon les shémas habituels. Ce Juif n’est pas sorti de son rang, C’est un nouveau rang qui l’a consacré, le livrant à un amour de la vérité qui le transcende. J’attends de son honnêteté qu’il nous édifie sur son apparente distenciation et qu’il assume ses insuffisances vis-à-vis de son peuple.
    L »amour ne se commande pas. Il souffre pour la France, douleur que nous sommes nombreux à partager. Aimer la France avec autant de panache reste admirable, Tout en le regrettant, on lui pardonnera volontiers de ne pas se vivre en Juif sioniste vu le nombre de gauchos israéliens qui n’hésitent oas à mettre en danger leur propre patrie. Oui, les leçons que nous avons tirées en diaspora sont à retenir, hélas. Oui, il se trompe certainement s’il considère qu’être Juif en France n’est pas risqué. Tout en sachant que les Français Juifs n’ont rien à attendre de lui, j’espère qu’il trouvera sa voie sans trop y laisser de plumes. .

  4. L’article me parait fondamental à la compréhension de ce qu’est être Juif pour le regard du Non-juif. Tout a-t-il été dit au sujet de l’identité? L’Humain est la complexité, expliquait à juste titre Edgar Morin et je ne le choisis pas par hasard, Juif plus assimilé que ne l’est Zemmour.

    L’identité n’est pas Une. Elle ne se résume pas à son déterminant le plus marquant. Tout n’y est pas en opposition dialectique d’une thèse assimilée et d’une thèse assimilante. La vie, ce n’est pas ça.

    Le Juif, pour être la lumière des Nations, répond à sa nature. Il en est le microcosme de la vie. Chaque étincelle des Nations est en lui. Mais il ne peut appartenir aux Nations. Le Juif doit accepter sa douleur et le déchirement de prendre ses distances avec la nation qui a pu le voir naître et grandir. Il ne pourra, sinon, devenir. Il resterait le boiteux, Yakov. Il doit accepter son destin et devenir Israël.
    Les Nations! Elles ne pourront jamais accepter leur destin, devenir les Nations au sens le plus fondamental si Israël n’assume pas de devenir leur lumière. Nous y sommes presque. Les klippot, ces forces contraires sont d’autant plus à l’affut. L’affaire Zemmour pourrait le symboliser.

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