Le bitcoin, excellent moyen pour l’Iran de contourner les sanctions, B. Ramas-Muhlbach

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Le bitcoin, excellent moyen pour l’Iran de contourner les sanctions

Une activité génératrice de pannes pénalisantes

Le 22 septembre 2021, il sera de nouveau possible de « miner » des bitcoins en Iran,  c’est-à-dire d’extraire de la « crypto monnaies » et, ainsi, de générer de la monnaie numérique. L’Iran a été l’un des premiers pays à avoir légalisé le minage de bitcoins (en septembre 2018) et à l’avoir autorisé pour les sociétés étrangères installées sur son territoire (en juillet 2019). L’interdiction en a, toutefois, provisoirement été décidée, le 26 mai 2021 (par l’ex président, Hassan Rouhani), eu égard à la consommation d’électricité substantielle engendrée, à l’origine de pannes d’électricité à répétition dans le pays (pouvant durer jusqu’à 6 heures par jour). Pour autant, le régime des Mollah ne peut se priver de cette source de revenus dès lors qu’elle constitue l’un des rares moyens de contourner les sanctions américaines… et ce, en toute discrétion.

 

Des devises étrangères à l’abri de toute autorité centrale

En mai 2019, les Etats-Unis ont interdit toute exportation du pétrole iranien et décidé de sanctionner les entreprises qui feraient du commerce avec l’Iran (ces dernières étant alors privées d’accès sur son marché). Aussi, pour l’Iran, le Bitcoin est-il devenu un excellent moyen de contourner l’embargo. En effet, la monnaie numérique présente l’avantage de n’être régulée par aucune autorité centrale dans la mesure où les échanges peuvent s’opérer en tout anonymat (sans recours au système bancaire). Les transactions sont uniquement authentifiées et sécurisées par des ordinateurs surpuissants (qui parviennent à résoudre des équations complexes au moyen d’algorithmes). Pour leur part, les « mineurs » sont rémunérés en bitcoins.

 

En outre, la monnaie numérique permet de se protéger des risques liés à l’utilisation du dollar. En effet, grâce au « barter » (système qui permet d’échanger des marchandises sans transfert d’argent) le régime des Mollahs acquiert des devises étrangères fortes, en toute opacité. Sur le plan pratique, l’un des moyens consiste à fabriquer de l’électricité (grâce au pétrole), et à transformer cette richesse en bitcoins.

 

Comment pallier les carences d’électricité à un prix dérisoire

Lorsque l’Iran a officiellement reconnu le minage de crypto-monnaies comme industrie (en 2018), le pays a offert un tarif préférentiel pour l’électricité, à condition, pour les mineurs, de vendre les bitcoins minés à la banque centrale. Ainsi, chaque mineur de bitcoins a-t-il été tenu d’obtenir un permis auprès du ministère des Industries et de payer les factures d’électricité (outre les taxes d’exportation). Ce faisant, et grâce au bitcoin, l’Iran est-il parvenu à répondre à plus de 22% des besoins de l’économie du pays en devises étrangères.

Dans les faits, l’Iran exploite le bitcoin de longue date, grâce à l’obligation faite aux « mineurs », de revendre les bitcoins à la banque centrale. Or, pour les « mineurs » étrangers et iraniens, la République islamique présente un avantage substantiel : le prix de l’électricité (dont le minage de bitcoins exige une consommation substantielle) est inférieur de 70% à celui de la Chine, et 68 % à celui de la Russie. Aussi, des fermes de minage de bitcoins chinoises, polonaises, indiennes, turques et russes sont-elles venues s’implanter, en très grand nombre, dans le pays, générant des produits substantiels pour le gouvernement. Pour mémoire, lors de l’officialisation de cette monnaie en Iran, le nombre de nouvelles licences s’est élevé quotidiennement entre 150 et 200.

 

La traque aux mineurs illégaux

Compte tenu des spéculations de sociétés étrangères désireuses de s’installer sur son territoire, l’Iran a-t-il été contraint d’engager des agents de renseignement (dénonciateurs publics) pour réprimer le minage de crypto-monnaies illégal et non déclaré, à l’origine d’une consommation d’électricité phénoménale. Le ministère du Renseignement a donc mis en place des comités pour trouver et stopper  les « fermes informatiques » qui exploitent des monnaies numériques, sans licence. Effectivement, la consommation d’électricité avait augmenté de 20% dans les années 2019-2020 (plus de 2000 gigawatts par jour), alors que 85% des extractions se faisaient sans licence.

Gaz et pétrole rémunérés en bitcoins

En tout état de cause, le minage reste une excellente source de revenu : l’Iran peut, ainsi, vendre son pétrole et son gaz naturel sur des marchés mondiaux, tout en contournant les embargos et les sanctions sur les paiements (via les institutions financières iraniennes).

 

Dans les faits, l’Iran est à même d’effectuer des transactions avec un État qui ne serait pas regardant. A titre d’exemple, si les fournisseurs russes obtiennent l’accord de Vladimir Poutine, ils peuvent tout à fait recevoir des bitcoins (iraniens) sans avoir à s’interroger sur leur provenance. Or, si (par exceptionnel) les États-Unis en ont connaissance, il sera difficile pour eux d’empêcher les transactions.

Les Chinois rois du Bitcoin iranien

A titre d’exemple, l’Iran est très attractif pour les mineurs chinois de Bitcoins. En effet, la Chine a interdit le minage de Bitcoin dans le cadre de la mise en place de sa stratégie « zéro carbone ». Résultat : 90 % de l’activité de minage a été impactée en Chine, ce qui représente 50% de l’extraction mondiale de bitcoins. Les mineurs chinois ont donc été contraints de faire entrer, de façon clandestine, du matériel de minage en Iran pour profiter du faible coût de l’électricité. Le fournisseur d’électricité Tavanir s’en est, d’ailleurs, offusqué : il a saisi 200 000 unités de matériel nécessaire à la fabrication de bitcoins, à l’origine d’une consommation de 750 mégawatts d’électricité (ce qui correspond à la consommation de 5 provinces en Iran). C’est naturellement cette « surconsommation » d’électricité qui a provoqué une pénurie d’électricité dans le pays, au cours du printemps 2021.

Une croissance clandestine des milices renouvelée

En mai 2021, l’Iran représentait 4.5 % des opérations de minage dans le monde. Le FMI a lui-même constaté qu’en dépit des sanctions américaines, la croissance du pays a été de 1.5 % en 2020 (et ce chiffre devrait être porté à 2.5% en 2021). Bien évidemment, ses exportations de pétrole et produits raffinés (ou pétrochimiques) sont supérieurs à celles prévisibles (outre les autres canaux de distribution notamment avec la Chine, les Emirats Arabes Unis, la Russie et le Kazakhstan, grâce au bitcoin).

 

Rappelons, d’ailleurs, que l’Iran a recours à cette monnaie pour financer ses opérations en Irak, au Yémen, au Liban et en Syrie grâce à l’absence de mécanisme de suivi financier. Dans le cadre de son développement, la reprise du « minage » en Iran devrait permettre au régime des Mollahs de financer les opérations avec ses fidèles partenaires, en l’occurrence le Hezbollah ou les milices chiites en Irak et, ainsi, contourner les traités internationaux qui sanctionnent le blanchiment d’argent.

Impact à court terme contre Israël

Il y a bien un moment où l’Etat d’Israël devrait s’en émouvoir : le bitcoin est certainement le moyen, pour l’Iran, de financer son développement nucléaire en toute impunité, et de caresser l’idée (selon son expression) d’effacer l’Etat juif de la carte.

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