L’antisémitisme n’est-il qu’un délit ? Par Gilles Falavigna

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.(Photo by Sebastien SALOM-GOMIS / AFP)

Ce qui devait arriver est arrivé. René Descartes disait qu’il faut pousser ce qui doit tomber. C’est être acteur de l’ordre des choses. On ne reprochera pas à l’antisémitisme d’être cohérent avec lui-même.

Bref, les manifestations contre le pass sanitaire ont très vite vu fleurir les étoiles jaunes, symbole victimaire. L’inconscient collectif ne remontait pas à la surface pour signifier que porter en égalité  le sort inconfortable d’une contrariété des récalcitrants et le sort des victimes de la Shoah était une insulte abjecte à ces dernières.

Puis est venu, ensuite, la reprise du « qui ? ». L’antisémitisme est fédérateur pour développer une identité grâce à la matérialisation de l’ennemi.

Voici venu le temps des drapeaux palestiniens. Ils ont mis du temps à sortir ! Une fois que l’ennemi est identifié, place à l’action.

La mécanique est exactement la même que pour les Gilets Jaunes. La leçon que nous pouvons en tirer est qu’un mouvement spontané a vocation à être récupéré. Il faut un dénominateur commun pour que l’union soit une force. L’antisémitisme dispose d’un ancrage qu’il n’est pas permis d’ignorer.

Tout a-t-il été déjà dit sur l’antisémitisme ?

Malheureusement, si nous constatons une propagation de l’antisémitisme de surcroît particulièrement virulente, décomplexée, il n’y a rien de nouveau.

Certes, le confinement, le stress propagé dans un climat de peur entretenu par les autorités, déchaîne la violence en soupape de sécurité. Le premier ministre a appelé ses concitoyens à avoir peur. Mais le mal est plus profond.

Face au constat de la place que prend l’antisémitisme, la formule principale qui est utilisée est :

« L’antisémitisme n’est pas une opinion. C’est un délit. »

Il est plus que nécessaire d’approfondir cette formule que tout le monde applaudit béatement.

L’antisémitisme est un délit. En voiture, prendre un sens interdit est un délit.

Si nous restons sur le cadre juridique, le droit occidental postule de l’égalité pénale. Le principe est que qui vole un œuf vole un bœuf. La formule banalise l’antisémitisme. L’antisémitisme est un délit parmi les 3250 pages du code pénal.

La différence repose sur la réparation du délit. Dans les faits, quelle peine pour un propos antisémite ?

 

De manière factuelle, la loi contre la haine raciale et l’antisémitisme date de 1972 avec la loi Pleven.

Depuis 1972, l’antisémitisme a-t-il flanché ? Ça ne fonctionne pas. Tout au contraire. Si l’erreur est humaine, persévérer est diabolique.

 

D’un point de vue philosophique, affirmer que l’antisémitisme n’est pas une opinion, que c’est un délit vise à cadrer l’antisémitisme sur le seul plan juridique en exclusion de tout autre. C’est l’affirmation du pouvoir républicain et du droit naturel. Le Juif est protégé. Il est sous protectorat. Les mots ont un sens et dans une autre langue, c’est le sens de Dhimmi. Le statut est fermé. Rien ne change. Il est définitivement un « sous-homme ».

 

Le problème de la formule du délit de l’antisémitisme est encore plus profond car il est contre-productif.

Quel est le creuset de l’antisémitisme ? Pierre André Taguieff a parfaitement fait le tour des dénominateurs communs. Le Juif serait comploteur, personnage dans l’ombre parce qu’il serait faible, le sous-homme malfaisant. Le dominant est pacifiste. Le dominé est belliciste, nous enseigne la neuropsychologie biologique avec Henri Laborit.

 

Inscrire la nécessité de défendre le Juif dans le code pénal, c’est également postuler qu’il est faible et a besoin d’être défendu. Cela semblera paradoxal mais le cadre légal concourt à la promotion de l’antisémitisme.

Le Sionisme est né de l’antisémitisme. Un bien sort la plupart du temps du mal. C’est, d’ailleurs, un enseignement du Zohar. Le Sionisme part du principe vital de protéger les Juifs.

Pour rappel, si nécessaire, c’est au procès Dreyfus que Theodore Herzl fut inspiré. L’État d’Israël est consécutif dans le temps au scandale de la Shoah pour la conscience saturée des peuples, même s’il n’en est qu’indirectement une « conséquence » (puisque né une seconde fois à la fin du XIXème, puis avec Balfour, San Remo… processus et non création ex-nihilo). Comment Israël peut-il défendre les Juifs ? En étant une nation forte. En se protégeant eux-mêmes et non plus grâce à la protection d’un tiers, nouvelle sortie d’Égypte.

L’antisémitisme n’est pas une opinion. C’est un délit.

 

Il faut combattre les antisémites avec force et de manière impitoyable. Il ne faut jamais pardonner. Pardonner, c’est ouvrir à l’oubli. L’antisémitisme est bien autre chose qu’un délit. C’est une idéologie. On ne combat pas une idéologie en l’interdisant. On la combat en la récusant.

 

Étymologiquement, une opinion est une déclaration de ce qu’il faut faire. C’est, de manière factuelle, le cadre pratique d’une idéologie.

La principale raison pour laquelle il faut appréhender l’antisémitisme pour une opinion se trouve  dans le sens des mots. La caractéristique d’une opinion, disait Aristote, est d’être une conception qui peut être inversée. Au contraire, le cadre du délit est fermé puisqu’il n’est pas ouvert à discussion. Bien sûr, la considération émotive rend le travail difficile. Mais nous sommes, ici, sur des questions de raison.

 

C’est un travail de hasbara, pourraient dire les Israéliens.

Il n’y a pas de hasard si l’Antisionisme est le théâtre des opérations antisémites. L’Antisionisme est leur maillon faible dans leur inconscient profond. Il appartient aux Juifs de démontrer leur force à tous les niveaux. Ainsi s’effacera l’image du Juif Süss. En Israël, Yom hashoah est célébré en commémoration de l’insurrection du Ghetto de Varsovie. Il y a la vie et il y a la mort. Le Juif est un être vivant. Il ne doit pas l’oublier. Il doit se battre pour le modèle israélien, représentatif de ce qui est un Juif. Il doit imposer le respect. Il doit être la lumière des Nations. La nation juive n’a plus à être protégée. Elle existe pour protéger l’humanité. Alors, seulement, cessera l’antisémitisme, il faut l’espérer.

Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté ! Il ne s’agit pas de prôner la dépénalisation de l’Antisémitisme. Mais il semble salutaire de cesser d’exprimer la fausseté que l’antisémitisme n’est pas une opinion mais que c’est un délit.

La formule doit être qualifiée pour ce qu’elle est : l’expression de la bien-pensance donneuse de leçons et prompte à ne pas faire d’amalgame entre l’antisémitisme et l’antisionisme. Comme ce que titrait le journal Libération en février 2019, « l’antisionisme n’est pas un délit. C’est une opinion ! »

Gilles Falavigna

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