Un 14 juillet pluvieux par Albert NACCACHE

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UN 14 JUILLET PLUVIEUX

Chronique d’un papy flingueur Albert NACCACHE

blindés sur les Champs-Elysées.

L’armée française qui a défilé sur les Champs Elysées s’apprête à quitter le Mali en laissant le champ libre à l’Algérie. C’est une opportunité pour le régime militaire algérien de combattre le Hirak, de s’opposer aux Accords d’Abraham qui reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et de prendre la tête des pays radicaux arabes. L’édition 2021 du défilé du 14 Juillet a signé le retour des troupes, des drapeaux et des blindés sur les Champs-Elysées.

Emmanuel Macron et le général François Lecointre

En préambule du défilé, le chef de l’Etat avait descendu sous la pluie et sous un ciel gris les Champs-Elysées en «command car» aux côtés de son chef d’Etat-major des armées, le général François Lecointre.

Après le défilé aérien ouvert par la Patrouille de France qui, comme de tradition, a peint le ciel en bleu-blanc-rouge, un contingent des forces spéciales européennes participant à la «Task Force Takuba» a lancé le défilé à pied. Huit nations (France, Belgique, Estonie, Italie, Pays-Bas, République tchèque, Portugal, Suède) contribuent à ce groupement initié par la France pour accompagner les forces maliennes au combat. Takuba occupera une place centrale dans le futur dispositif antijihadiste au Sahel, car l’opération française Barkhane au Sahel, qui mobilise aujourd’hui plus de 5.000 militaires, s’achèvera au premier trimestre 2022.

14 juillet la task force Takuba à l’honneur

 

Mais si la France n’a pas réussi après huit ans d’engagement massif à venir à bout des djihadistes, on voit mal comment une force composée par un patchwork de nations pourrait faire mieux.

La fin de Barkhane profitera-t-elle aux terroristes ? 

C’est une décision aux conséquences incertaines dans un contexte d’instabilité politique et sécuritaire grandissant au Sahel. Car le départ des troupes françaises est perçu comme une défaite sur le terrain. Pour Mahamoudou Savadogo, spécialiste burkinabé de l’extrémisme violent dans le Sahel, c’est «Un trophée de guerre pour les groupes armés terroristes. Le départ de Barkhane faisait partie des revendications des groupes armés terroristes. C’est une victoire pour eux. Une victoire pour leur lutte, mais aussi une victoire stratégique, car cela va leur permettre de recruter des jeunes anti-impérialistes qui pensent que le colon français est à l’origine de leurs malheurs».

L’indulgence de Macron pour Alger 

Ce n’est un secret pour personne que la France soutient le gouvernement algérien. Dans un entretien à Jeune Afrique, Laurence Rossignol, vice-présidente du Sénat regrette le silence des autorités françaises face à la répression contre le Hirak en Algérie et déclare que «Le soutien de la France au gouvernement est aussi une forme d’ingérence». Mais la France et l’Algérie affichent une commune détermination à approfondir la coopération bilatérale et à renforcer la coordination sur les crises régionales.

En avril 2021, le chef d’État-major des armées, le général François Lecointre, était reçu par son homologue algérien Said Chengriha à Alger pour «discuter de l’état de la coopération militaire entre les deux pays». 

Said Chengriha chef d’état major armée algérienne

 

Saïd Changriha, était en mission secrète à Paris ces derniers jours, selon le mensuel Jeune Afrique. Le chef d’État-major de l’armée algérienne est venu discuter de la situation sécuritaire au Sahel et du rôle que pourrait y jouer l’Algérie, après l’annonce par Emmanuel Macron, le 10 juin dernier, de la fin de l’opération française Barkhane.

 

L’Algérie se prépare-t-elle à intervenir au Mali ?

L’Algérie a renoncé à son principe de non-intervention qu’elle défendait ardemment depuis son indépendance. Elle s’apprête à jouer un rôle accru au Mali au moment où la France se retire. Alger mûrit de longue date le fait d’intervenir par-delà ses frontières.

La nouvelle Constitution, adoptée par référendum le 1er novembre 2020 avait une seule véritable justification : celle de renoncer à la non-intervention, l’un des piliers de l’Algérie depuis son indépendance en 1962. Le nouveau texte dispose ainsi que le président de la République «décide de l’envoi des unités de l’Armée Nationale Populaire à l’étranger après approbation à la majorité des deux tiers de chaque chambre du Parlement». Le président Abdelmadjid Tebboune avait fait savoir, en janvier 2020, que l’armée algérienne pourrait intervenir en Libye.

De plus les difficultés avec le Hirak poussent le régime à trouver une échappatoire à l’extérieur.  «Le régime se repositionne. Son incompétence sur la scène économique et sociale intérieure est totale. Il a été pris de court par les succès géopolitique et économique du Maroc sur le continent. Les dirigeants n’ont que la carte de leur rôle géostratégique à jouer et à vendre d’autant plus aisément aux grandes puissances que ces dernières ne formulent plus guère d’exigences en matière de démocratie », estime le politologue Mohamed Hachemaoui.

Pour Nicolas Beau de Mondafrique (12 juillet 2021), «La coopération franco-algérienne est relancée».

«Du côté de Macron et de Le Drian, qui ont ménagé, ces derniers mois, un pouvoir algérien plus répressif que jamais, on veut éviter l’effondrement de l’Afrique sub saharienne après le départ des forces françaises. Or l’Algérie, qui possède une des toutes premières armées d’Afrique et qui considère le Sahel comme une zone d’influence privilégiée, est vite apparue comme un partenaire à privilégier. Macron et Le Drian, après leur retentissant échec à contenir le jihadisme sahélien, transmettent les clés de la lutte anti-terroriste dans la région au pouvoir algérien. Iyad Ag Ghal, un notable touareg qui a basculé dans le djihadisme et qui détient en otage un journaliste français a toujours été protégé par les Algériens. Ce qui est hasardeux dans cette alliance qui ne dit pas son nom, c’est de voir les autorités françaises s’allier avec un pays qui a conduit une politique anti-terroriste hasardeuse, opportuniste et d’un total cynisme. Il faut se souvenir qu’Alger a été à l’origine de la montée de la menace terroriste au nord du Mali où elle a laissé s’installer durablement des groupes armés, dirigés par des Émirs d’origine algérienne et largement instrumentalisés par les services de l’ex DRS. Qu’il s’agisse de Mokhtar Belmokhtar, d’Abdelhamid Abou Zaid ou de bien d’autres. Plus grave, des rapports très documentés, y compris au sein des services français, ont constaté que l’Algérie protégeait Iyad Ag-Ghal, l’actuel patron de la branche sahélienne d’Al Qaida souvent signalé dans la localité algérienne de Tin Zaouatine, à la frontière du Mali, où résiderait sa famille. Ce chef terroriste a été récemment encore présenté par Emmanuel Macron comme l’ennemi numéro un de la France dans la région».

                                  

Iyad Ag Ghal, un notable touareg qui a basculé dans le djihadisme

          Un succès au Sahel permettrait à l’Algérie de s’opposer aux Accords d’Abraham qui reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Ce territoire est revendiqué par le Front Polisario, un groupe de guérilla soutenu par l’Algérie, l’Iran et le Hezbollah.          

benillouche.blogspot.com

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