AP : entre éliminations internes et népotisme

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Le 3 juillet 2021, un grand nombre de palestiniens a manifesté à Ramallah pour réclamer le départ de Mahmoud Abbas, Président le l’Autorité palestinienne. Ils lui reprochent, tout d’abord, l’élimination (le 24 juin 2021) du militant d’opposition, Nizar Banat. Celui-ci était devenu gênant pour le pouvoir compte tenu de ses critiques de la corruption de l’Autorité palestinienne, de sa coordination avec l’Etat juif, et surtout de sa renonciation aux principes figés dans la Charte de l’Olp (à savoir l’éradication de l’entité sioniste).

Par ailleurs, les palestiniens également dénoncent la publication d’un rapport (survenue ce même 24 juin 2021), concernant l’attribution des postes à responsabilité aux seuls diplômés liés aux dirigeants de l’AP. En somme, les palestiniens de Cisjordanie réalisent que leur problème tient aux élites palestiniennes.

Effectivement, les forces de sécurité palestiniennes n’y sont pas allés de main morte le 24 juin 2021 : elles ont pénétré au domicile de Nizar Banat, l’ont arrêté et battu à mort (à coups de barres de fer), devant sa femme et ses enfants. L’autopsie a rapidement conclu qu’il était décédé des coups portés à la tête. Depuis, les palestiniens considèrent que Mahmoud Abbas est seul responsable de cet assassinat qui n’aurait pu se produire sans son aval. Lors de l’enterrement (dans un cimetière d’Hébron), ils ont donc réclamé le départ du Président de l’AP et la fin du régime corrompu de l’AP.

Si l’AP a promis de mener une enquête sur les circonstances du décès, les palestiniens ne sont pas dupes : l’enquête n’est qu’une perte de temps destinée à détourner l’attention des véritables responsables, les forces de sécurité palestiniennes ayant, incontestablement, reçu ordre de l’éliminer.

Les palestiniens n’en sont pas moins dans un parfait égarement intellectuel. Comme les forces de sécurité palestiniennes communiquent, régulièrement, sur la coordination avec Israël, ses méthodes pour briser les attaques terroristes lancées contre les israéliens, les poursuites des terroristes palestiniens, et la fourniture d’informations aux services de sécurité israéliens, les palestiniens finissent par penser que l’AP est aux ordres d’Israël et qu’elle travaille sur instructions du Mossad. Bien évidemment, Israël est parfaitement étranger à cet assassinat : les dirigeants de l’AP ne supportent pas la concurrence et la contradiction, et prennent seuls les décisions concernant les opposants au régime.


De même, comme l’AP adresse des messages sur le  « soi-disant » étouffement de la liberté d’expression par Israël et de ses supposés actes de répression, meurtres ou détention de Palestiniens, certains palestiniens imaginent qu’il existerait une collusion avec Israël. Une fois encore il n’en est rien : l’AP est bien seule auteure des crimes contre les opposants palestiniens.

Le népotisme qui règne au sein de l’AP est également une cause de profond dégoût des palestiniens de Cisjordanie pour leurs dirigeants. Une enquête (menée entre octobre 2021 et mai 2021) a révélé l’inégalité des chances des jeunes palestiniens en termes d’emploi et l’attribution quasi systématique des postes à responsabilité aux proches des dirigeants de l’AP : au cours de la dernière décennie, 71 personnes de l’entourage des responsables de l’Autorité palestinienne (fils, fille, mari, femme…) ont été nommées à des postes administratifs et diplomatiques de première importance. Or, ce mode opératoire est en complète contradiction avec l’article 7 de la Convention des Nations unies contre la corruption (signée par l’AP en 2014). Ce texte précise en substance que « l’efficacité, la transparence et les critères objectifs tels que l’équité, le mérite et la compétence doivent faire partie intégrante des processus de recrutement et de promotion ».

De même, l’article 17 de la loi sur la fonction publique palestinienne de 1998 stipule que le président de l’Autorité nationale palestinienne nomme les ministres et les directeurs généraux (des ministères) sur la base des recommandations du Conseil des ministres, tandis que les hauts fonctionnaires sont nommés par le Conseil des ministres sur la base de la recommandation du directeur du département concerné. En réalité, l’AP décide seule de toutes les nominations.

D’ailleurs, la page des offres d’emploi sur le site officiel palestinien du Conseil du personnel public (CPP) ne répertorie jamais les annonces de postes gouvernementaux de haut niveau disponibles.

Les exemples sont légion : En 2016, le fils du Juge du tribunal suprême de la charia et conseiller en affaires religieuses du président de l’Autorité palestinienne, a été nommé assistant du directeur général du bureau du procureur dès sa sortie de l’université. Ses deux filles, ont également été nommées directrice des relations publiques au sein du Conseil des juges, avant d’être transférée à la Commission palestinienne de lutte contre la corruption. Une autre fille a été nommée à l’ambassade de Palestine à Ankara, en Turquie, en 2017.

Les membres de la famille de l’ambassadeur de Palestine en Espagne ont obtenu 7% des nominations mentionnées dans le rapport : son épouse est ambassadrice de Palestine en Suède. Son frère, est chef du département de l’Amérique latine au sein de la commission des relations internationales du Fatah. Son gendre, est ministre adjoint des Affaires étrangères pour les affaires multilatérales et a également le rang d’ambassadeur…

De même, le fils de l’ambassadeur de Palestine au Caire en Égypte, a été nommé à la division culturelle du consulat de l’Autorité palestinienne à Alexandrie. La fille de l’ambassadeur de Palestine au Kazakhstan, a été nommée à l’ambassade de Palestine en Ukraine. La fille du directeur du bureau de la présidence palestinienne, a été nommée à l’ambassade de Palestine à Chypre…

Le 27 juin 2020, la Ministre des Droits des femmes a même fourni l’explication suivante concernant la nomination de son neveu comme assistant personnel : « une femme a le droit d’être accompagnée d’un membre de sa famille » ou d’une « épine dorsale » (selon la description courante dans les territoires sous contrôle palestinien pour désigner un parent très proche)…

Ce délitement de la société palestinienne n’est pas vraiment surprenant. L’Olp (Fatah) n’a jamais cherché à construire un modèle sociétal organisé autour des valeurs issues des Droits de l’Homme, mais juste en considération de l’objectif ultime consistant dans la destruction d’Israël (quel que soit le moyen employé). Ainsi, les palestiniens, pris individuellement, ne sont que les marionnettes de cet objectif, et donc en soi, peu digne d’intérêt particulier. Il est donc urgent qu’ils le comprennent pour pouvoir enfin se débarrasser de ceux qui les instrumentalisent.

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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