Le Hamas et Dahlan derrière les manifestations contre Abbas

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Ces dénonciations surviennent alors que les Palestiniens protestent contre la mort de Nizar Banat, 44 ans depuis le milieu de la semaine passée. Des agents de sécurité de l’Autorité palestinienne l’auraient battu à mort.

Par KHALED ABU TOAMEH   27 JUIN 2021 01:34

Les forces palestiniennes affrontent des manifestants après la mort du critique d’Abbas (Reuters)

Une ligue de tous les prétendants potentiels

Des responsables palestiniens à Ramallah ont  accusé samedi le Hamas et l’homme destitué du Fatah Mohammed Dahlan d’exploiter la mort du militant politique Nizar Banat pour inciter à des manifestations contre l’Autorité palestinienne. Des agents de sécurité de l’Autorité palestinienne l’ont battu à mort,  lors d’une descente à son domicile pour l’arrêter jeudi dernier.

Les dirigeants du Hamas et d’autres factions palestiniennes appellent les Palestiniens de Cisjordanie à descendre dans la rue. Les chefs de faction ont dénoncé les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne en les traitant de « gardiens des colonies [israéliennes] ». Ils ont également réclamé la fin de la coordination sécuritaire entre les forces de sécurité palestiniennes et Tsahal.

Un Printemps palestinien et des islamistes aux aguets?

« Cette évolution dangereuse ne passera pas inaperçue », a déclaré un haut responsable du Hamas, Khalil al-Hayya. Il a ajouté que son groupe souhaitait la bienvenue à tous ceux qui sont descendus dans la rue pour manifester contre l’Autorité palestinienne et ses forces de sécurité. « Plusieurs partis, en particulier le Hamas et Mohammed Dahlan, profitent de l’incident pour inciter à la révolte contre la direction de l’Autorité palestinienne », a déclaré un haut responsable au Jerusalem Post. « Allons-nous, à présent, autoriser quiconque à répandre le désordre et l’anarchie en Cisjordanie pour servir les programmes de parties extérieures? »

Un autre dirigeant des territoires a déclaré au Post que beaucoup de ceux qui protestaient dans les rues des villes cisjordaniennes sont « affiliés au parti islamiste de Gaza, à Mohamed Dahlan et au Front populaire de libération de la Palestine ».

La famille de Banat a déclaré qu’elle a l’intention de porter plainte devant les tribunaux internationaux contre l’Autorité palestinienne et ses sbires sécuritaires pour les accuser « d’assassinat et des actes de torture qu’il a subis». Ses ayant-droit ont appelé les organisations de défense des droits humains à les aider à porter l’affaire devant les tribunaux internationaux.

Les proches ont également demandé le limogeage du gouverneur de l’AP d’Hébron, Jibreen al-Bakri, et du chef adjoint du service de sécurité préventive de l’AP à Hébron, Maher Abu Halawah, pour leur implication présumée dans la mort de leur fils. Le clan Banat a averti que le non-respect de leurs demandes se « traduirait sur le terrain par le sang et le feu ».

Des hommes armés à son enterrement

Banat, un critique virulent de l’Autorité palestinienne, a été enterré à Hébron vendredi. Des milliers de Palestiniens ont assisté à son inhumation, y compris des hommes armés masqués, qui ont juré de venger son « assassinat ».

« Oh Nizar, âme blessée, tu n’auras pas versé en vain ton sang », ont scandé les personnes en deuil. « Abou Mazen (Mahmoud Abbas), toi le traître, tu as vendu ton peuple pour de l’argent. Nous allons te piétiner la tête. Faisant écho au slogan apparu pour la première fois lors du soulèvement tunisien, déclenchant le printemps arabe il y a 10 ans, les personnes en deuil ont également scandé : « Le peuple veut renverser le régime » .

Les forces de sécurité de l’AP ont arrêté plus de 15 Palestiniens. Ceux-ci ont participé aux manifestations à Ramallah et dans d’autres villes de Cisjordanie. Ils ont scandé des slogans appelant à la destitution d’Abbas du pouvoir. Les manifestants ont également scandé des slogans accusant l’Autorité palestinienne d’employer des mesures répressives pour que ses critiques et ses opposants politiques se taisent.

Les agressions politiques se multiplient

Des sources palestiniennes indiquent qu’au moins huit des détenus sont toujours en prison, tandis que les autorités ont libéré les autres sous caution. Six autres Palestiniens se sont plaints que des agents de sécurité de l’Autorité Palestinienne les ont agressés physiquement, lors de manifestations à Ramallah. Il s’agit de : Mahmoud Tartir, Najla Zeitoun, Maher al-Akhras, Samer Mansour, Haitham Siyaj et Ghassan al-Sa’di.

Hussein al-Sheikh, chef de l’Autorité générale des affaires civiles de l’Autorité palestinienne et membre du Comité central du Fatah, a déclaré :

« La loi, l’ordre et la transparence sont obligatoires et garantissent la protection de tous les Palestiniens. Et ils préservent le tissu politique, social et national. Personne n’est au-dessus des lois. »

Des traces évidentes de torture

La Commission palestinienne indépendante des droits de l’homme (ICHR) a déclaré vendredi que les observations d’autopsie ont confirmé la présence de blessures représentées sous la forme d’ecchymoses et d’abrasions dans de nombreuses zones du corps de Banat, notamment :

la tête, le cou, les épaules, la poitrine, le dos, membres inférieurs, avec des marques de menottes sur les poignets et des fractures des côtes.

« Les résultats préliminaires de l’autopsie indiquent également, selon le médecin de la commission et le médecin de famille, que le décès est survenu/ dans des conditions anormales », a déclaré l’ICHR dans un communiqué. « Nous pensons que le militant Banat a été exposé à ce qui constitue un incident grave contre un opposant politique Ces faits nécessitent une enquête pénale qui impliquera de traduire tous les responsables devant les autorités compétentes pour prendre des mesures judiciaires à leur encontre. »

L’ICHR a également exhorté l’Autorité palestinienne à : « cesser de poursuivre tout citoyen sur la base d’opinions et d’expressions » et à libérer immédiatement tous les détenus en lien avec des activités politiques, ou une participation aux élections qui ont été reportées.

Une répression des candidats aux élections avortées

Banat était candidat de la liste électorale Liberté et Dignité pour les élections législatives qui devaient avoir lieu le 22 mai. Il était bien connu pour avoir publié des vidéos sur Facebook dans lesquelles il condamnait fermement la corruption au sein de l’AP.

Au cours des dernières semaines, les forces de sécurité de l’AP ont arrêté ou convoqué pour interrogatoire des dizaines de Palestiniens affiliés à la liste électorale de Dahlan, Al-Mustaqbal (Avenir).

L’AP juge et partie de la commission d’enquête

Quelques heures après la mort du militant le Premier ministre de l’AP Mohammad Shtayyeh a annoncé la formation d’un comité pour enquêter sur l’incident. Le comité, dirigé par le ministre de la Justice, a commencé ses travaux samedi.

Le frère de Banat, Ghassan, a déclaré samedi que sa famille n’avait aucune confiance dans le comité nommé par le gouvernement de l’AP. Il a dit que personne de l’Autorité palestinienne n’a contacté la famille jusqu’à présent. « Nous exigeons le départ du président Abbas et du Premier ministre », a déclaré Ghassan Banat.

jpost.com

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