Il faudra du temps pour s’adapter à un Israël sans Netanyahu comme Premier ministre.

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Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu, right, listens to Israeli Defense Minister Naftali Bennett, during a meeting with his nationalist allies and his Likud party members at the Knesset, Israeli Parliament, in Jerusalem, Wednesday, March 4, 2020. (AP Photo/Sebastian Scheiner)

Israël entre-il dans l’ère post-Netanyahu? – Analyse

Par HERB KEINON   30 MAI 2021 21:57

   

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu salue ses partisans à la suite de l'annonce du scrutin de sortie des élections israéliennes au siège de son Likud à Tel Aviv, le 3 mars 2020 (Crédit photo: AMIR COHEN - REUTERS)

Tu quoque mi fili! (toi aussi, mon fils : César à Brutus au moment du coup de grâce…) Le Premier ministre Benjamin Netanyahu salue les partisans à la suite de l’annonce des sondages à la sortie des élections israéliennes au siège de son Likud à Tel Aviv le 3 mars 2020. (crédit photo: AMIR COHEN – REUTERS)

Avec l’annonce bouleversante de Naftali Bennett dimanche soir quant à son intention de rejoindre le gouvernement de Yair Lapid et de faire une rotation en tant que Premier ministre, le pays s’est rapproché de la fin de l’ère Netanyahu.

Douze ans et 55 jours après que Benjamin Netanyahu est devenu Premier ministre pour la deuxième fois, et après un total de 15 ans et 73 jours où il a siégé au cabinet du Premier ministre, le jour, que tout le monde savait qu’il arriverait à un moment donné – mais que beaucoup se demandaient s’ils le verraient vraiment – l’évènement est, maintenant, juste au coin de la rue: Israël sans Netanyahu à la barre.

Netanyahu fait partie du paysage politique ici depuis si longtemps, est le Premier ministre depuis si longtemps, qu’il faudra un certain temps pour que les gens s’habituent à l’idée même qu’il ne décidera plus des coups de feu, que sa voix de baryton ne prononcera pas de discours et il ne déterminera pas la politique.

Il faudra du temps à certains pour s’adapter à un Israël sans Netanyahu en tant que Premier ministre.

Mais ils s’adapteront, et Israël passera à autre chose, et cet aphorisme selon lequel personne n’est irremplaçable se réalisera sûrement. Pourquoi? Parce qu’Israël est plus que celui qu’elle s’est choisie comme chef, peu importe à quel point il est dominant, ou quelle est la profondeur des empreintes de pas qu’il laisse. Et aussi, parce qu’il y a plus qu’un seul homme capable de diriger ce pays.

Pourquoi Bennett fait-il cela?, se demandent beaucoup, en particulier après la campagne dans laquelle il a promis explicitement de ne pas faire exactement ce qu’il fait: permettre à Lapid de former un gouvernement, de siéger dans un gouvernement avec Lapid comme Premier ministre et de servir comme Premier ministre,0 lui-même, même s’il n’apporte à la table que six sièges à la Knesset. Une autre de ses promesses – faire en sorte qu’il n’y ait pas de cinquième élection – celle-là seule, il la tient.

Mais quelles sont ses motivations? Prend-il cette mesure parce qu’il croit que c’est dans l’intérêt du pays? Ou, comme Netanyahu l’a dénoncé dimanche soir en réponse à ce renversement, le fait-il à cause d’une ambition personnelle aveugle et parce qu’il a beaucoup à gagner personnellement; à savoir, être Premier ministre, un travail qui – s’il dépendait du nombre de voix qu’il a recueilli lors de l’une des élections précédentes – serait loin d’être à sa portée.

La question sur les motivations de Bennett, cependant, n’est pas binaire et ne devrait pas être formulée dans un cadre soit / soit. Bennett fait cela à la fois parce qu’il croit sincèrement que c’est pour le bien du pays et qu’une cinquième élection, qui pourrait alors conduire à une sixième et même septième, serait un désastre, et il le fait parce qu’il deviendra premier ministre.

Les deux raisons ne sont pas contradictoires et les gens ne sont pas motivés par une seule gratification : l’esprit a de la place pour de nombreuses raisons et motivations différentes.

Si, en effet, la décision de Bennett réussit, et s’il n’y a pas un snafu imprévu (Argot militaire : la situation est mauvaise, mais c’est la situation normale) qui empêchera la coalition anti-Netanyahu de fusionner, alors l’homme qui mérite le crédit est Lapid de Yesh Atid.

Pendant et après la campagne; quand Netanyahu a eu le mandat de former le gouvernement et quand Lapid lui-même l’a reçu; quand il a semblé que Lapid était sur le point de former un gouvernement, et quand la crise à Gaza a fait dérailler cette idée; Lapid a tranquillement continué son combat, sans être trop excité, sans faire de déclarations grandiloquentes. Il a également fait preuve d’un degré de magnanimité politique rare dans ces régions lorsque – peu de temps après les élections de mars – il a offert à Bennett le premier tour au poste de Premier ministre dans le cadre d’un système de rotation, malgré la mauvaise performance de ce dernier dans les urnes. Lapid a démontré par cet acte que l’objectif qu’il s’était fixé – éliminer Netanyahu – l’emportait sur ses ambitions personnelles et qu’il était prêt à sacrifier ses ambitions personnelles pour ce qu’il considérait comme le bien collectif.

Ce n’était pas la première fois qu’il agissait de cette manière. En mars 2019, il a cédé la priorité à Benny Gantz et lui a confié la direction du Parti Kakhol lavan.

Pendant des années, le gouvernement ici ne compte qu’une seule personne: Netanyahu. Si ce nouveau gouvernement voit le jour, il y en aura environ trois: Lapid, Bennett et le chef de Nouvel Espoir, Gideon Sa’ar.

Il faudra un certain temps au public pour s’y habituer, et il faudra aussi beaucoup de cette magnanimité – même de l’altruisme politique – dont Lapid a fait preuve ces derniers mois, pour que cela fonctionne.

Le président de Yamina a toutefois lancé une sorte d’ultimatum à Ayelet Shaked afin qu’elle lui présente avant dimanche à 10h une option de gouvernement de droite sans quoi il officialisera sa décision.

Le gouvernement Lapid-Benett, s’il se forme, devrait être composé de 17 ministres, de la manière suivante :

Premier ministre : Naftali Benett (Yamina)

Premier ministre alternatif et ministre des Affaires étrangères : Yaïr Lapid (Yesh Atid)

Ministre des Finances : Avigdor Lieberman (Israël Beiteinou)

Ministre de la Défense : Benny Gantz (Bleu-Blanc)

Ministre de la Justice : Gideon Saar (Tikva Hadasha)

Ministre de l’Intérieur : Ayelet Shaked (Yamina)

Ministre de la Sécurité intérieure : Omer Bar-Lev (Parti travailliste)

Ministre de l’Education : Yifat Sasha-Bitton (Bleu-Blanc)

Ministre de la Santé : Nitzan Horovitz (Meretz)

Ministre des Transports : Meirav Michaeli (Parti travailliste)

Ministre des Communications : Karine Elharar (Yesh Atid)

Ministre de la Culture et des Sports : Hili Tropper (Bleu-Blanc)

Ministre de l’Intégration et de l’Alya : Penina Tamano-Shatta (Bleu-Blanc)

Ministre de l’Agriculture : Alon Schuster (Bleu-Blanc)

Ministre de la Protection de l’environnement : Tamar Sandberg (Meretz)

Ministre des Cultes : Matan Kahana (Yamina)

Ministre de la Coopération régionale : Issawi Fredj

Le centre et la droite détiendraient les Ministères-clé, la gauche et l’extrême-gauche, les Ministères « maternants » : santé, environnement, Transports. Avigdor Lieberman aux finances pourrait faire épouvantail…

Les « Dauphins » écartés et privés d’accès durant des années, à l’ombre du Bibisme ont trouvé l’occasion d’accomplir leur percée commune.

Pour le meilleur et pour le pire? La suite le dira… Une opposition musclée les attend et les forcera peut-être à exceller pour éviter une chute trop rapide. Il seraient donc obligés de tout faire pour s’entendre. Au moindre écart pour motifs idéologiques profonds, et la cinquième élection, évitée, sera à nouveau au calendrier : avec un possible éternel retour de Bibi?

(Il ne s’agit pas encore de la composition définitive ni du nombre définitif de ministères)

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