Rennes, ville de la révision du Procès Dreyfus, n’oubliera jamais Sarah Halimi z’l

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Allocution de Philippe Strol, Président ACCI-Safra
Porte du futur lycée Emile Zola, lieu du procès en Révision
Kaddish lu par le Dr Serge Hannoun

Madame Sarah Halimi,

Votre meurtrier ne sera pas jugé.

Ainsi en a décidé la Cour de Cassation, le 14 avril dernier, épilogue d’un long feuilleton judiciaire  de quatre ans.

Comme elles furent longues ces quatre années, pour vos proches, et pour toutes celles et ceux qui ont su les circonstances abjectes de votre assassinat, dès le mois d’avril 2017, et l’insoutenable déchaînement de barbarie dont vous fûtes la victime.

Songez, Mme Halimi, qu’il aura déjà fallu près d’un an de tergiversations, avant que la justice ne retienne le caractère antisémite de votre meurtre !

Les témoins ont pourtant rapporté avoir entendu votre assassin hurler pendant qu’il s’acharnait sur votre corps meurtri, vous traitant de « sale juive », de « Sheitan », tout en récitant des sourates du Coran.

Votre assassin, qui était votre voisin, vous le connaissiez, et vous le redoutiez.

Et que dire du silence coupable dans lequel l’écrasante majorité des médias et de la classe politique s’était alors murée ?

Oui, elles furent longues ces quatre années de batailles judiciaires, tout comme le fut votre calvaire, sans que personne n’intervienne pour tenter d’y mettre un terme, jusqu’à son issue tragique.

Quarante longues minutes pendant lesquelles vous avez été torturée, rouée de coups.

On a dénombré dix fractures sur votre corps, et votre  appartement en fut maculé par votre sang.

Et puis, il vous a précipitée, encore vivante, par-dessus votre balcon, aux cris de « Allah Ou Akbar».

Madame Sarah Halimi, personne ne sait ce que vous avez enduré.

Oui, il aura fallu près d’un an pour faire admettre le caractère antisémite de votre meurtre, et ce premier déni, était déjà de mauvaise- augure pour la suite.

 En décembre 2019, la Cour d’appel de Paris prononçait l’irresponsabilité pénale de votre meurtrier, s’appuyant sur trois expertises psychiatriques.

La première, qui concluait à une simple altération du discernement, ne s’opposait pas à un procès, non plus qu’à l’accessibilité à une sanction pénale.

Les deux suivantes concluaient à une abolition du discernement, dont l’une avec beaucoup de précautions d’écriture, et la justice de notre pays a privilégié, en somme, celles dont les conclusions profitaient au criminel plutôt qu’à la victime, et à la vérité.

Les juges ne sont pourtant jamais liés par des conclusions d’expert.

Votre famille, Madame Halimi, s’est alors pourvue en cassation, mais, malheureusement, les débats se sont limités à  l’interprétation d’un article de notre code pénal.

Et c’est une interprétation, donc sujette à caution, qui, faisant suite à des expertises divergentes,  a résolu la justice à confirmer La décision rendue en première instance…

Votre assassin, sous l’emprise du cannabis, aurait donc été submergé par une bouffée délirante abolissant son discernement…

Pourtant, repérer et cibler une dame âgée juive est un acte de discernement parmi toutes les autres victimes potentielles d’un assassin délirant !

Votre famille peut encore décrire, comment votre meurtrier a enjambé, au petit matin, le balcon de vos voisins, pour passer sur le vôtre sans tomber, vous surprendre dans votre sommeil, et laisser libre cours à sa barbarie.

Quand il aurait déclaré avant d’enjamber le balcon que « ce soir tout sera terminé », n’était pas une annonce assez claire qu’il allait commettre un crime et qu’il en prenait résolument le chemin ?

Mais à aucun moment, la notion de préméditation n’a été évoquée, au cours d’une instruction sans reconstitution, refusée par la juge en charge à l’époque, sans expertise sur ses conversations téléphoniques, sans éléments sur sa fréquentation des milieux radicaux.

Sans rien qui aurait pu éclairer les ressorts de son passage à l’acte, ailleurs que dans l’épais brouillard d’une bouffée délirante.

Non, Madame Halimi, votre meurtrier ne sera pas jugé.

C’est un précédent qui fera date.

Provoquer un accident de la circulation ou simplement conduire  sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue est considéré comme une circonstance aggravante.

Pour votre bourreau, Madame Halimi, c’est une cause d’irresponsabilité pénale.

Comment le comprendre ? Et comment l’accepter ?

Combien d’années nous sommes nous battus pour tenter de faire réagir les pouvoirs publics et la société française dans son ensemble face à la montée des actes antisémites, des attaques contres ses citoyens, des commerces juifs et des synagogues, de l’incapacité de certains enseignants d’évoquer la Shoah dans leurs salles de classe ?

Combien d’années de souffrance et de sentiment d’abandon pour les français juifs attachés depuis si longtemps à la France et ses valeurs républicaines ?

Personne ou si peu de gens, dans les rues pour protester, après le kidnapping, la torture durant vingt-quatre jours et l’assassinat d’Ilan Halimi (ses ravisseurs et tortionnaires fumaient ils, eux aussi, du cannabis) ?

Personne ou si peu de gens dans les rues pour exprimer leur colère après l’assassinat, à bout portant des enfants juifs de Toulouse, devant leur école.

Et à chaque fois, le déni, la volonté de reléguer ces crimes antisémites à de simples faits divers.

La prise de conscience d’un nouvel antisémitisme depuis le milieu des années 2000 pouvait légitimement nous laisser penser que l’on commençait à comprendre sa nature.

Car, l’antisionisme est devenu dans bien des pans de la société française un paravent cachant mal un antisémitisme viscéral.

Partagé par l’Islam radical, une partie de l’extrême gauche et de l’extrême droite, cette dernière composante étant évidemment plus connue et plus avouable.

Alors comment a-t-on pu, après Ilan Halimi, après Toulouse, après l’ Hyper Cacher, replonger dans le déni ?

Pourquoi s’évertuer à psychiatriser le crime antisémite, rendu possible par un endoctrinement religieux ou culturel, en invoquant des arguties juridiques et des conclusions d’experts, dont on connait la fragilité ?

S’agit- il du refus de rappeler que l’antisémitisme ne vient pas seulement de l’extrême droite ?

Ou simplement du refus de croire qu’en 2017, il est possible qu’une dame âgée juive soit tabassée et défenestrée, juste parce qu’elle est juive ?

La psychiatrie a statué pour et à la place de la Justice, qui s’est retranchée derrière un texte figé dans l’airain.

Une justice qui a choisi de ne pas remplir son office, de s’abriter derrière des conclusions d’experts, de démissionner face à la barbarie antijuive d’origine islamiste.

Une Justice qui exonère les assassins, quel qu’en soit le motif,  sans le moindre égard pour la victime et ses ayant-« droits » n’est plus que lettre morte.

S’il suffit de prétexter l’abolition du discernement à la moindre ingestion de substance prohibée ou non, alors ce sont des milliers de français Juifs et non-Juifs qui risquent chaque jour leur vie en tombant aux mains d’un prétendu « déséquilibré » , aussitôt excusé.

C’est le système judiciaire, le droit pour tous qui est au bord du gouffre, et l’idée même que l’on se fait de la justice de notre pays qui est mise à mal.

Madame Sarah Halimi, votre meurtrier ne sera pas jugé, mais nous ne vous oublierons pas.

Si nous nous sommes réunis aujourd’hui devant le Parlement de Bretagne, c’est parce qu’ici même, eut lieu, il y a 120 ans, le procès en révision du capitaine Dreyfus, qui fut innocenté et réhabilité.

120 ans, Madame Halimi, c’est un âge que vous n’atteindrez jamais, mais nous réclamons, pour vous, pour l’honneur de la France, pour la vérité,  que justice vous soit rendue.

Depuis la 14 avril dernier, les juifs français, sont sous l’emprise d’une bouffée accablante, qui altère gravement leur confiance dans la justice de notre pays.

Notre tradition juive nous enseigne :  » Malheur à la génération dont les juges méritent d’être jugés« .

Philippe Strol, Danielle Khayat, Marc Brzustowski

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Rennes. Émouvant hommage à Sarah Halimi

Dimanche 25 avril, environ 70 personnes se sont rassemblées devant le Parlement de Bretagne à Rennes, entre tristesse et incompréhension, après que le meurtrier de Sarah Halimi, sexagénaire juive torturée et défenestrée en 2017 à Paris, ait été considéré en irresponsabilité pénale.

Philippe Strol, président de l’association cultuelle et culturelle israélite de Rennes a pris la parole | OUEST-FRANCE

Agnès LE MORVAN.

Publié le 25/04/2021 à 15h29

« Sarah Halimi, votre meurtrier ne sera pas jugé, ainsi en a décidé la cour de cassation le 14 avril 2021, mais nous ne vous oublierons pas. » Comment comprendre, accepter ? Comme dans plusieurs villes de France, un rassemblement a eu lieu dimanche à Rennes devant le Parlement de Bretagne pour rendre hommage à Sarah Halimi. Après quatre ans de batailles judiciaires, la Cour de cassation a confirmé l’irresponsabilité pénale du meurtrier de la sexagénaire juive torturée, défenestrée, en 2017 à Paris, tout en entérinant le caractère antisémite du crime.

« Un sentiment d’abandon »

L’heure est au recueillement, mais aussi à la tristesse et à l’incompréhension, « les juifs français, mais aussi bien au-delà, partagent un grand désarroi, et un sentiment d’abandon, confie Philippe Stroll, avec l’impression que la justice n’a pas été au bout de ses prérogatives, d’escamotage de la vérité. » Tous espèrent une modification de l’article 122-1 du code de procédure pénale. Le président de la République a lui-même relancé le débat.

Colette, fait part de sa « grande tristesse », Joëlle, catholique, s’étonne : « avoir consommé drogue ou alcool quand on commet une infraction en voiture est une circonstance aggravante, là, on parle d’irresponsabilité… Sarah Halimi avait droit à un procès nécessaire. »

« Nous sommes tous concernés »

Président du groupe Jules-Isaac de Rennes, Joël Thierry redit la solidarité avec la famille de Sarah Halimi, « nous sommes tous concernés. Restons mobilisés contre le virus de la haine et de l’antisémitisme. » Dimanche était la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation, « la mémoire rejoint une actualité qui n’a pas appris suffisamment d’un passé tragique. »

Rennes. Émouvant hommage à Sarah Halimi

ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000

Un commentaire

  1. J’étais heureux d’être là, pour témoigner, par mon insignifiante présence, ma solidarité avec l’âme juive – le peuple juif – et c’est en hommage au judaïsme assassiné, aujourd’hui comme hier, que j’ai mis les téphilines sur la place du Parlement de Bretagne et ai récité le Chema Israël, la prière que l’on doit dire avant de passer de l’autre côté.

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