Elections palestiniennes et souveraineté juive sur Jérusalem

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Le 22 mai 2021, les palestiniens sont censées renouveler la composition du Parlement palestinien. Les élections seront alors suivies, le 31 juillet2021, par celles du Président de l’Autorité palestinienne. Curieusement, la campagne électorale palestinienne se désintéresse des programmes des différents partis dont on ne connaît d’ailleurs toujours pas la teneur (hormis pour le Hamas qui, grosse surprise, appelle à la destruction d’Israël). Seul compte, pour  les palestiniens, le point de savoir si les élections pourront ou non se dérouler à Jérusalem. Un ancien membre du Fatah a d’ailleurs admis que l’absence d’organisation d’élections à Jérusalem serait particulièrement dangereuse pour les palestiniens : elle emporterait reconnaissance implicite de la souveraineté, pleine et entière, d’Israël sur sa capitale Jérusalem.

L’inconvénient, pour les palestiniens, résulte des modifications survenues dans les conditions géopolitiques régionales : celles-ci ont été bouleversées sous l’administration de Donal Trump en 2017, lorsque l’ex-Président américain a reconnu Jérusalem comme  capitale d’Israël, et que l’ambassade des Etats Unis y a été déplacée. La pression sur les palestiniens devient donc insupportable, d’autant qu’ils s’accrochent toujours à faire de Jérusalem (dans sa partie orientale avec l’Esplanade des Mosquées), la capitale de leur futur Etat.

L’accord de Taba du 28 septembre 1995 (qui fait partie intégrante des accords d’Oslo, à l’origine de la division de la Cisjordanie en trois zones) a envisagé des mesures provisoires concernant la tenue d’élections à Jérusalem pour les palestiniens qui y vivent. Cet accord a réservé pour une quantité limitée de jérusalémites, la faculté de voter à Jérusalem dans des bureaux de vote spécialement aménagés (installés dans les bureaux de poste), en considération de leur capacité d’accueil.

Le nombre de votants palestiniens à Jérusalem n’en est pas moins resté résiduel : 5367 palestiniens ont été accueillis dans 5 bureaux de vote en 1996. En 2005 et 2006, ce nombre a été porté à 6300, répartis dans 6 bureaux de vote. Dans un premier temps, Israël s’y était opposé, avant de se raviser sous  la pression internationale. En outre, Israël avait imposé de multiples restrictions : interdiction des affiches électorales, etrisque de rétorsions pour les palestiniens qui se risqueraient à voter. Par la suite, les vainqueurs du Hamas ont été expulsés de  la ville, ainsi que leur carte de résident permanent, retirés. Il n’en demeure pas moins que la très grande majorité des palestiniens résidant à Jérusalem (340 000 personnes) a voté à l’extérieur de la ville de Jérusalem.

Les palestiniens souhaiteraient donc que ce mode opératoire soit maintenu en 2021, en raison de sa teneur symbolique : si les palestiniens peuvent organiser des scrutins électoraux à Jérusalem, c’est bien que la capitale israélienne leur appartient tout autant.

D’ailleurs, le vote des palestiniens à Jérusalem reste le point central des élections, non le principe d’une participation démocratique des palestiniens au choix de leur futurs représentants : celle-ci importe moins que la dimension idéologique d’un droit de propriété palestinien sur la capitale israélienne et sur les lieux saints de l’Islam.

En effet, les organisateurs savent parfaitement que les partis en lice n’ont pas véritablement de programme : dans le monde musulman, la culture n’est ni au débat d’idées ni au multipartisme. En cas de victoire, le Fatah devrait poursuivre sa gestion corrompue des affaires courantes, dans le cadre d’un partenariat plus ou moins tendu avec  Israël. Si le Hamas est en tête, il sera « dynamisé » dans ses provocations de l’Etat juif, jusqu’à ce que les rétorsions israéliennes le musèlent. De son côté, Marwan Barghouti  est uniquement intéressé par la dimension publicitaire de sa candidature. Jouer au « Nelson Mendela palestinien » restera son unique carte à jouer, au fond des  geôles israéliennes.  

Les palestiniens se sont donc cherchés une stratégie pour obliger Israël à les laisser voter à Jérusalem : fauté d’y être autorisés, ils menacent d’annuler ou de reporter les élections. Dans un premier temps, l’Etat juif a demandé aux palestiniens de bien vouloir patienter après la tenue des élections israéliennes du 23 mars 2021. Toutefois, et eu égard aux difficultés rencontrées pour former un gouvernement, Israël ne s’est toujours pas positionné.

Pour le Fatah, il n’y a pas de débats : « Israël, puissance occupante, doit respecter les accords et ne pas faire  obstruction aux  élections à Jérusalem ». Il ne demande donc pas de permission à Israël, mais juste à ce que les élections se déroulent comme ce fut le cas les années précédentes. En février 2021, l’Autorité Palestinienne s’est d’ailleurs bornée à informer Israël de sa décision d’organiser les élections, y compris à Jérusalem, en demandant qu’il n’y soit  pas fait d’obstruction. L’Autorité Palestinienne a même envisagé d’imposer les élections de facto à Jérusalem, sans obtenir l’autorisation préalable du gouvernement israélien. Il y aurait alors des urnes sauvages installées dans la capitale de l’Etat juif, avec le risque d’un affrontement avec Tsahal, en cas d’empêchement.

Toutefois, l’Autorité  Palestinienne est revenu sur ses menaces : « les élections ne se tiendront pas si l’organisation du scrutin à Jérusalem n’est pas possible ». L’avantage d’une annulation des élections serait alors d’en imputer la responsabilité à Israël.

Par ailleurs, et afin de faire plier l’Etat juif, le Ministre palestinien  des Affaires Etrangères s’est adressé à l’Union Européenne, aux Etats Unis, et à la Russie, leur demandant de faire  pression sur Israël pour qu’il ne s’y oppose pas. En réalité, les responsables de l’UE et de l’Onu ne disposent d’aucun levier pour imposer ces élections à Jérusalem

La question s’est également posée d’installer des bureaux de vote dans les consulats européens ou dans les locaux des Nations Unis. L’AP n’y est toutefois pas favorable, ces locaux dépendant de la souveraineté des Etats concernés. De son côté, le Fatah a rejeté cette occurrence, exigeant que les élections se tiennent au cœur de Jérusalem, comme dans  le passé : « il n’y aura pas d’élections sans Jérusalem, c’est un message qui s’adresse à tout le  monde ».

Pour Israël, la question se pose tout d’abord en termes de cohérence : il n’est pas possible de laisser le Hamas faire campagne à Jérusalem alors que non seulement le mouvement terroriste ne reconnaît pas l’existence de l’Etat d’Israël mais qu’en outre, il milite pour la destruction de ce qu’il appelle « l’entité sioniste ». De son côté, si le Hamas renonçait à l’organisation du scrutin à Jérusalem : il signerait son arrêt de mort en reconnaissant, implicitement, que Jérusalem n’est pas palestinienne.

Israël a donc les mains libres : la reconnaissance américaine de la souveraineté juive sur Jérusalem lui permet d’opposer une fin de non recevoir aux palestiniens.

Manifestement, c’est bien la fin de la comédie palestinienne qui se profile : les pays arabes ne subordonnent plus la normalisation de leur relation avec Israël à la solution trouvée pour l’Etat palestinien. Par ailleurs les palestiniens sont incapables de revendiquer Jérusalem. La démocratie n’est vraiment pas faite pour eux.

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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