L’aveuglement des dirigeants arabes israéliens, par Michèle Mazel

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L’insécurité est le premier sujet de préoccupation des Arabes israéliens alors que le pays s’apprête à voter pour la quatrième fois en deux ans.  Certes, il n’y a jamais eu autant d’étudiants arabes dans les universités ; les arabes israéliens sont de mieux en mieux représentés dans la plupart des secteurs de l’économie ; ils se réjouissent des Accords d’Abraham qui leur ouvrent de nouveaux horizons. Seulement, dans les villes et les villages, on ne parle que de la violence quotidienne, des armes en tous genres que l’on trouve dans pratiquement chaque foyer et de la hantise de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.

La liste est hélas longue des civils innocents touchés par une balle qui ne leur était pas destinée. Ainsi ces deux garçons tranquillement assis sur un banc pris pour cibles par deux assaillants. L’aîné, un adolescent de quinze ans, est mort avant d’atteindre l’hôpital ; son camarade de douze ans est toujours entre la vie et la mort.

Comme à chaque fois, le responsable est désigné d’une seule voix : c’est la police.  La police israélienne qui ne ferait pas son travail et qui ne chercherait pas à endiguer le cycle de violence dans la société arabe. Les manifestations monstres qui sont organisées chaque semaine pour protester contre son incurie se terminent les plus souvent par des affrontements avec les forces de police chargées de les encadrer et de prévenir des débordements. Ce qui ne fait que renforcer rancœur et méfiance d’autant que les dirigeants des principaux partis arabes viennent prendre la tête des cortèges et enflammer les esprits.

Il ne faut pas s’attendre à ce que l’un ou l’autre de ces élus du peuple prenne la parole pour appeler la communauté dont ils sont issus à réfléchir sur les causes du phénomène. Surtout en cette période électorale, ils ne vont pas prendre le risque  d’évoquer la culture de la vengeance, les vendettas dont plus personne ne se rappelle l’origine, mais qui font qu’aujourd’hui encore les membres de deux clans ou de deux familles continuent à s’entretuer, chaque nouvelle attaque en appelant une autre. Surtout aussi ne pas parler de ces crimes d’honneur – le meurtre de la jeune fille ou de la femme dont la conduite aurait fait la honte de la famille. 

Par-dessus tout, éviter de rappeler que c’est en vain que la police viendra enquêter : chacun professera la plus profonde ignorance. Un peu par respect des traditions, un peu pour ne pas être accusé de « collaborer » avec une police haïe et beaucoup par crainte de représailles. La même crainte qui fait que les bandes de trafiquants qui terrorisent les populations continuent à opérer en toute impunité.  Si la police peut se vanter de quelques succès, c’est grâce aux moyens technologiques dont elle dispose et notamment d’un réseau de caméras de surveillance étoffé.

Il y a tout de même une lueur d’espoir dans ce sombre tableau. Les sondages sont unanimes à prévoir une baisse spectaculaire dans le soutien aux partis arabes traditionnels dont les membres une fois élus se désintéressent de leurs propres communautés et continuent à se focaliser sur « la question palestinienne » allant jusqu’à voter contre les Accords d’Abraham. De plus en plus d’électeurs sont à la recherche d’un parti qui avancerait leurs intérêts. Reste à attendre le verdict des urnes.

Par Michèle Mazel

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