Rose Ameziane dénonce les “agissements antisémites” de la radio Beur FM

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Beur FM/Israël: Rose Ameziane dénonce les “agissements antisémites” de la radio

Animateurs sur Beur FM de l’émission politique “L’Actu autrement”, Rose Ameziane* et Malik Yettou ont été lourdement sanctionnés par la direction de la radio, dirigée par la franco-algérienne Djima Kettane, après une rencontre avec l’ambassadeur d’Israël en France, Daniel Saada, dans le cadre de la préparation d’une émission sur l’accord entre le Maroc et Israël portant sur le rétablissement de leurs relations. Scandalisée et consternée par la réaction de la direction Beur FM, à l’instar de son confrère, Rose Ameziane a qualifié d’”agissements antisémites” la réaction de la radio et dénoncé des “faux semblants”. Les deux animateurs ont reçu le soutien d’hommes et de femmes politiques français, ainsi que celui de l’ambassade d’Israël. Une suite judiciaire est sur la table. EntretienA LA UNEPar Hasna Daoudi Le 30 Jan 2021 16:13

Rose Ameziane, co-animatrice avec Malik Yettou de l’émission «L’Actu autrement», sur Beur FM
Avec Malik Yettou, co-animateur de l’émission politique “L’Actu autrement” sur Beur FM, vous avez été sanctionnés par la direction après votre rencontre avec l’ambassadeur d’Israël en France. Pouvez-vous nous éclairer sur ce qui s’est passé ?

Avec Malik Yettou, nous sommes scandalisés et consternés par cette affaire. Nous ne comprenons pas la décision de la direction et encore moins d’être sanctionnés après avoir rencontré l’ambassadeur d’Israël en France. La directrice de Beur FM, Djina Kettane, a commencé par suspendre l’émission pendant plusieurs semaines. Cette sanction nous a été notifiée, le 23 décembre, par e-mail dans lequel elle nous informe que suite à cette rencontre avec l’ambassade d’Israël, l’émission ne sera pas reconduite à la rentrée et ce pas avant un bon debrief sur la ligne éditoriale de la radio. La seconde sanction est tombée quelques semaines après. La direction a  déprogrammé l’émission, diffusée le vendredi, pour la reléguer à une tranche horaire de très faible écoute. Nous avons appris la décision par Facebook. L’excuse était une modification de la grille. Sauf qu’elle n’en est rien. Nous étions les seuls concernés par le changement. Elle a justifié cette déprogrammation par une volonté de faire du direct. Or, nous n’étions pas du tout opposés à cela. On lui a même proposé une diffusion en direct avec un invité qui apportera la contradiction. Et depuis quelques jours jours, nous avons également été bannis du site internet de la radio. On n’a plus accès aux podcasts de l’émission. Nous avons demandé des explications, on a eu droit à de faux arguments et des mensonges.

Selon vous, comment ces sanctions ont-elles été justifiées ?

Tout est disproportionné. Cette séquence pose énormément de questions : est-ce de l’antisémitisme ? Est-ce de la défiance contre Israël ?  Est-ce la détestation primaire de l’ennemi sempiternelle marocain ?

Je m’interroge réellement sur les motivations de cette prise de position. Car en quoi le fait d’aborder cet accord historique entre le Royaume du Maroc et Israël ne fait pas partie de la ligne éditoriale de Beur FM ? En quoi avons-nous outrepassé nos droits en rencontrant l’ambassadeur d’Israël en France ? Ils sont venus nous chercher pour notre ouverture d’esprit et, aujourd’hui, on nous la reproche.

Sur le site de la radio, il y a trois onglets qui sont : « Algérie, Maroc, Tunisie ». On est donc pleinement dans une actualité qui concerne nos auditeurs d’origine maghrébine et à forte raison marocaine. Mais on nous explique que nous n’avons pas respecté la ligne éditoriale de la radio !

Quand on respecte ses auditeurs, on leur offre des grilles de lecture diversifiées, on donne la parole à des sensibilités différentes et on laisse les gens se forger leur propre opinion. La seule chose à laquelle on doit veiller, c’est que nos propos ne soient pas un appel à la haine ou offensants.

Quel a été l’objectif de votre émission ?

Nous étions dans une démarche saine, celle de comprendre et décrypter une actualité et nous avons eu en face de nous des agissements antisémites refusant de traiter le sujet et de donner de la visibilité à cet accord historique entre le Maroc et Israël auquel on ne s’y attendait pas..

Notre objectif était de donner une grille de lecture et de compréhension à nos auditeurs pour qu’ils se forgent leur propre opinion. On avait aussi envie de comprendre si demain le Roi du Maroc sera le conciliateur du conflit israélo-palestinien, alors que la France a joué pendant des années ce rôle-là.

Ils sont venus nous chercher pour notre ouverture d’esprit et, aujourd’hui, on nous la reproche. Vont-ils aussi nous demander d’arrêter de nous interroger sur la politique étrangère de l’Algérie ou sa politique migratoire. On ramasse les Africains, on les jette dans le désert et on les laisse crever, au point qu’aujourd’hui, les familles de migrants essaient de trouver les ossements de leurs proches. Il faut qu’on arrête avec l’hypocrisie. Si on est véritablement humaniste, on fait preuve au moins d’un peu d’honnêteté dans ses indignations.

Beur FM se présente comme une radio apolitique et laïque et prônant le vivre ensemble, alors que dans les faits elle refuse de parler d’un accord, qui est une initiative pleinement dans le vivre ensemble. Il faut arrêter d’infantiliser les auditeurs ou croire que l’habitant de confession musulmane d’un quartier populaire est forcément anti-juif. C’est réducteur et arriéré. Il y a une distorsion entre ce qui est écrit sur la plaquette commerciale de la radio et la réalité.

Quelle suite comptez-vous donner à cette affaire ?

Le divorce est consommé avec Beur FM. Nous dénonçons l’hypocrisie et les faux semblants. Mais nous ne comptons pas en rester là. Nous sommes en train de prendre nos dispositions pour aller devant la justice.

  • Rose Ameziane est aussi chroniqueuse politique sur LCI et intervient sur Cnews. Elle est présidente de MouvTerritoires, pour la réussite des quartiers populaires.

Beur FM sanctionne deux animateurs après une rencontre avec l’ambassadeur d’Israël

Info Marianne

Par Martine Gozlan

Publié le 28/01/2021 à 13:19

Rose Ameziane et Malik Yettou, animateurs de « L’Actu autrement » sur Beur FM, préparaient une émission sur l’accord de normalisation entre le Maroc et Israël. La direction de la radio les a immédiatement sanctionnés.

« On avait fait le choix de proposer une émission de débat ouverte et sans tabou, aujourd’hui c’est la stupéfaction et le dégoût… » Malik Yettou, co-animateur avec Rose Ameziane de l’émission « L’Actu autrement », sur Beur FM, n’est pas près d’oublier cette journée de fin décembre où un mail de la directrice de leur radio tombe sur la messagerie de Rose : « Pour votre information à tous deux, l’émission ne sera pas reconduite à la rentrée et ce pas avant un bon debrief de notre ligne éditoriale. »

En cause : un tweet, avec photo, de l’ambassade d’Israël remerciant les deux présentateurs pour l’échange sur le récent accord de normalisation entre le royaume du Maroc et Israël. Contactés auparavant par le porte-parole de l’ambassade, ils réfléchissaient à la préparation d’une « spéciale » sur un événement qui pouvait intéresser les auditeurs, à plus forte raison les Franco-marocains. « À travers cet accord, il s’agissait d’explorer la possibilité d’un dialogue, d’un vivre-ensemble entre Israéliens et Marocains, entre juifs et arabes, c’est tout de même important ! Quels étaient les risques ? Contrarier une dizaine d’antisémites ? Sommes-nous, nous-mêmes, victimes d’antisémitisme par ricochet ou d’une ingérence étrangère algérienne pour éviter de parler du Maroc ? » s’interroge Rose Ameziane.

En contactant Beur FM, le porte-parole de l’ambassade avait été clair : « Il est exceptionnel que des relations se nouent entre juifs et arabes et cette situation peut avoir un impact en France, explique-t-il à MarianneJ’ai proposé de venir parler de cet accord mais aussi d’autres questions s’ils le souhaitaient, notamment du conflit israélo-palestinien. » Pour préparer l’émission, une rencontre est donc prévue à l’ambassade. « Un échange agréable » signale ensuite le tweet israélien, « une rencontre enrichissante et instructive, un accord annonciateur de paix et de prospérité » signale, en réponse, celui de Malik Yettou tandis que Rose Ameziane écrit : « échanges passionnants, nous avons abordé le récent accord entre Israël et le Maroc et les belles perspectives à venir pour ces deux pays. »

« JE ME SUIS FAIT MENACER ET TRAITER DE “BOUGNOUL DE SERVICE”

Les deux optimistes vont être douchés par la réaction de la directrice qui pourrait traduire le malaise de certains médias communautaires quand surgit la question fatidique : la relation avec Israël, et, partant, avec les juifs. C’est en tout cas l’analyse des deux intéressés. « La directrice a cédé aux pressions de cette minorité agissante sur les réseaux sociaux qui se revendique antisioniste mais qui, en réalité, est antisémite, analyse Malik Yettou. En général on ne parle d’Israël qu’à travers le prisme du conflit avec les Palestiniens. Pourtant, il y a en France une forte communauté maghrébine et une forte communauté juive. La symbolique d’un tel accord peut jeter des passerelles. Sur les réseaux sociaux, je me suis fait menacer et traiter de“bougnoule de service”. Apparemment, ça ne choque pas les antiracistes… On a été, en plus, attaqués par une autre radio communautaire Je ne supporte plus cette indignation sélective. On parle toujours de la Palestine mais organise-t-on des manifestations pour les Rohinghas ou les Ouighours ? Ceux qui nous insultent veulent alimenter une haine contre la communauté juive avec cet éternel bruit de fond antisioniste. On peut penser ce qu’on veut du conflit mais je suis Français et je refuse qu’on l’importe dans mon pays. »

Rose Ameziane confirme : « Cette radio se dit apolitique et laïque, elle prétend prôner le vivre-ensemble. Or les quartiers ne sont pas monolithiques mais on les aborde avec un logiciel, des frilosités et des détestations qui datent des années 1980. On ne peut pas dire en même temps qu’il n’y a pas assez de personnes représentatives de la diversité sur les plateaux et interdire l’antenne à cette même diversité sur sa propre antenne. C’est une trahison idéologique et humaine vis-à-vis des auditeurs. »  La jeune femme précise : « Nous ne voulons pas jeter l’anathème sur des salariés ou des animateurs qui font du bon travail  mais sur une partie de la direction qui mène une ligne éditoriale pour le moins contestable. »

LA DIRECTION SE DÉFEND

Sollicitée par Marianne, la directrice de Beur FM Djima Kettane conteste cette version : « Il n’y a eu aucune réaction de la direction après cette rencontre. Aucune sanction. Les intervenants sont libres de rencontrer qui ils veulent. On aurait préféré que ce soit un journaliste qui se déplace dans une ambassade et non des animateurs. D’ailleurs, une émission devrait avoir lieu sur ce thème. Elle se déroulera en direct, ce qui n’était pas le cas pour « L’Actu autrement ». On privilégie un dialogue sans filtre avec les auditeurs. »  De son côté Rose Ameziane précise : « Nous n’avons jamais refusé de direct. »

L’émission sur la normalisation Israël-Maroc n’a en tout cas pas eu lieu. Après un espoir d’apaisement et plusieurs échanges, « L’Actu autrement » a repris le 15 janvier sur le thème de l’inceste. Puis on a informé les animateurs que l’émission serait déplacée et diffusée le samedi matin, à une heure de plus faible audience (au lieu du vendredi à 17 heures jusque-là). « On a compris qu’on gênait. Parce qu’on refuse de pratiquer l’entre-soi. Pourquoi devrait-on être unis, en fonction de nos origines, par le même mode de pensée ? » s’insurge Rose Ameziane. « Ces radios communautaires sont obligées d’être propalestiniennes alors que dans la communauté maghrébine, tout le monde n’a pas la même opinion sur le conflit » constate son co-équipier.

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Par Martine Gozlan

marianne.net

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