« La Familia grande » : les coulisses de l’inceste en gauche-caviar

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En dénonçant le crime de son beau-père Olivier Duhamel et le silence qui l’a entouré, Camille Kouchner fait aussi le portrait dérangeant d’un milieu.

Par Marion Cocquet Modifié le 06/01/2021 à 15:08 – Publié le 06/01/2021 à 13:45 | Le Point.fr

La Familia grande n’est pas seulement l’histoire d’un inceste. Elle n’est pas seulement l’histoire d’un secret, d’un mensonge, d’une omerta. Le récit de Camille Kouchner paru jeudi 7 janvier aux éditions du Seuil, raconte tout cela, mais le malaise qu’il provoque est plus profond, et autrement plus diffus.

Le fond de l’affaire est désormais connu. Le très influent Olivier Duhamel, politiste et ex-président de la Fondation nationale des sciences politiques (il en a démissionné lundi, dans la foulée des révélations), aurait abusé de son beau-fils, « Victor » Kouchner, le frère jumeau de l’autrice alors adolescent – elle a modifié son prénom. « Victor » et Camille sont les enfants de Bernard Kouchner et d’Évelyne Pisier, universitaire, écrivaine et sœur de l’actrice Marie-France Pisier. Les faits ont lieu à la fin des années 1980, alors qu’Évelyne Pisier sombre dans l’alcoolisme et la dépression après les suicides, coup sur coup, de ses deux parents. Camille Kouchner raconte cela, donc, et le « serpent » de la culpabilité qui, au fil des années, grossit, l’envahit, devient une « hydre » à cent têtes. Elle sait, son frère s’est très tôt confié à elle. Elle sait, mais elle se tait et, en se taisant, donne une manière de « consentement » au crime, en devient la complice.

« En ne désignant pas ce qui arrivait, j’ai participé à l’inceste, écrit-elle. Pire, j’y ai adhéré. » Olivier Duhamel ne vient-il pas dans sa chambre à elle, la « chambre-péage », après avoir rejoint son jumeau dans la sienne ? « Mon beau-père entrait dans ma chambre et, sans doute pour me faire taire, s’asseyait sur mon lit. Il me disait : “Tu as mis une culotte ? Tu sais que je ne veux pas que tu mettes de culotte pour dormir. C’est sale. Ça doit respirer.” Il me disait : “Tu sais, pour ta mère, chaque jour est une victoire. Chaque jour est un jour de gagné. Laissez-moi faire. On va y arriver.” Il entrait dans ma chambre, et par sa tendresse et notre intimité, par la confiance que j’avais pour lui, tout doucement, sans violence, en moi, enracinait le silence. »

« C’est ton frère qui m’a trompée »

Il faut que le frère et la sœur, comme leur aîné, deviennent adultes, fondent eux-mêmes une famille, tremblent pour leurs propres enfants, pour qu’éclate la gangue des non-dits.

Alertée, Évelyne Pisier n’adopte pas une posture de déni. Elle fait pire, si l’on en croit le récit de Camille Kouchner : elle renverse les responsabilités, incrimine son fils et sa fille. « Si tu avais parlé, j’aurais pu m’en aller. Ton silence, c’est ta responsabilité. Si tu avais parlé, rien de tout cela ne serait arrivé. » Elle ajoutait : « Il n’y a pas eu de violence. Ton frère n’a jamais été forcé. Mon mari n’a rien fait. C’est ton frère qui m’a trompée. » La tante, Marie-France Pisier, exhorte sa sœur à quitter son époux, à parler. Sa mort en 2011, dans des circonstances troubles, voit s’effondrer le dernier rempart de la fratrie. La « familia grande », elle, cette bande d’intellectuels et de politiques de gauche qui gravite depuis des années autour du couple Pisier-Duhamel et qui, chaque été, est invitée dans leur grande propriété à Sanary, dans le Var, se tait et s’éloigne. Ce n’est qu’à la mort de leur mère que les enfants envisagent une plainte – pour apprendre que les faits sont prescrits.

Lire aussi Inceste, prescription, rétroactivité : 3 questions sur l’affaire Duhamel

« Tout est dit, rien n’est expliqué »

En écrivant, Camille Kouchner tâche de s’affranchir du secret et du silence. Mais, au-delà de l’inceste, elle décrit un monde de vérités alternatives et d’injonctions contradictoires, un milieu qui se contemple lui-même, qui se regarde vivre, qui admire très complaisamment son impertinence supposée et sa prétendue liberté. Une « familia grande », une famille élargie qui n’en est pas une. Une vie artiste et affranchie des conventions bourgeoises, mais dans une double villa avec piscine où prolifèrent les nounous, les cuisinières, les gens de maison. Une communauté féministe, mais dont une jeune femme est bannie pour avoir déposé une main courante après avoir été agressée par un invité pendant son sommeil – quelle « vulgarité »… Un monde où la liberté sexuelle s’apprend à marche forcée : on envoie une femme mûre à l’aîné pour le déniaiser, on s’indigne de ce qu’à douze ou treize ans la cadette soit encore vierge. Camille Kouchner doit mimer devant la « familia » un acte sexuel alors qu’elle est à peine pubère, on l’incite à masser et caresser les adultes ; la photographie de ses fesses, prise par son beau-père, est affichée en grand sur les murs de Sanary.

« Sois libre », donc. Mais sois libre à notre façon : les enfants sont moqués si leurs goûts les dirigent vers où leur âge, leur pudeur, leur milieu même les portent. Camille, jeune fille de la grande bourgeoisie, élève à Henri-IV, veut suivre des cours de piano ? On le tolère, mais on le tourne en dérision. « Tout est dit, rien n’est expliqué », répète-t-elle. Il faut admettre tout et tout comprendre, fuir comme la peste les jugements moraux, ne jamais manifester de chagrin ni de trouble. Lorsque les grands-parents se suicident. Lorsque la mère se sépare du père, Bernard Kouchner, et que celui-ci entre de plain-pied dans un monde de pouvoir et d’image avec sa nouvelle épouse, Christine Ockrent. Lorsque les soirées de Sanary prennent une mauvaise tournure. Lorsqu’Olivier Duhamel devient maître en son royaume.

Est-ce le procès d’une époque, comme on l’a tant entendu lorsqu’est paru en janvier 2020 Le Consentement de Vanessa Springora  ? Un peu court. « Certains diront que tu fais partie de cette “génération”-là. Moi, je crois surtout que tu fais partie de ces “gens”-là », écrit Camille Kouchner en s’adressant à sa mère. Face à ces « gens-là », le propos est par endroits ambivalent, le récit tiraillé entre la colère, le besoin du dévoilement, et une fascination durable pour l’audace, la fantaisie, la liberté des grandes figures de ce petit milieu – et le départ peine parfois à se faire entre ce qu’il est légitime d’admirer et ce qu’il est nécessaire de condamner. On peut l’entendre, évidemment. Mais on en sort étourdi.

La Familia grande, de Camille Kouchner, Seuil, 208 pages, janvier 2021, 18 euros.

lepoint.fr


Olivier Duhamel accusé d’inceste : le jour où Bernard Kouchner a voulu lui « péter la gueule »

Le 5 janvier 2021 à 10h17

Olivier Duhamel accusé d'inceste : le jour où Bernard Kouchner a voulu lui "péter la gueule"

Camille Kouchner accuse son beau-père Olivier Duhamel d’inceste sur son frère jumeau dans son ouvrage La Familia Grande (Éd. Seuil). Bernard Kouchner, lui, connaissait depuis bien longtemps ce secret de famille…

Le scandale vient d’éclater au grand jour, mais la famille vivrait dans le secret depuis de nombreuses années. Dans son ouvrage La familia Grande (Éd. Seuil) qui paraitra jeudi 7 janvier 2021, Camille Kouchner, fille de l’ancien ministre Bernard Kouchner, porte de lourdes accusations envers son beau-père le célèbre politologue Olivier Duhamel qui aurait abusé sexuellement de son jumeau surnommé Victor dans les années 80, lorsqu’il avait 13 ans. Les faits sont aujourd’hui prescrits, mais Camille Kouchner souhaite tout de même faire entendre la voix de son frère et lui rendre justice à sa manière. Car personne ne l’a fait au moment où il a dévoilé son secret. Bien que résolument féministe, leur mère Evelyne Pisier aurait en effet préféré protéger son mari après avoir entendu la version de Camille et Victor avant son décès en 2017.

La réaction de Bernard Kouchner

« Il regrette, tu sais. Il n’arrête pas de se torturer », « Olivier a réfléchi, (…) tu devais déjà avoir plus de 15 ans… « , » Ton frère n’a jamais été forcé », aurait-elle affirmé à l’époque comme le rapporteLe Monde. La professeure et spécialiste de l’Histoire des idées politiques aurait été jusqu’à faire porter la faute à Camille, qui aurait selon elle dû parler avant. « Evelyne était faible, elle ne pouvait pas accuser son premier soutien : son mari. Il fallait un coupable, ça a été sa fille », a confirmé au quotidien une proche amie d’Evelyne Pisier. Après le décès d’Evelyne Pisier à la suite d’une opération qui a mal tourné en 2017, Victor a fini par confier son secret à son père. Sous le choc face à de telles révélations, Bernard Kouchner aurait voulu “péter la gueule”,au nouveau mari de son ex-femme. L’ancien ministre a toutefois accepté de ne pas s’en mêler sous l’insistance de sa fille qui savait que son jumeau n’était pas encore prêt : “Victor” ne veut pas en parler. Il faut avancer », lui a-t-elle assuré.

Une véritable omerta s’était en outre installée. La famille et les amis proches d’Olivier Duhamel avaient également pris son parti quand Camille et Victor ont décidé de s’éloigne : « Qui sommes-nous pour juger ? » , se demandaient certains.« Ils sont cruels, ils la privent de ses petits-enfants », déploraient les autres. Des propos qui font aujourd’hui bondir Camille Kouchner : « La meute ? Mais quelle meute ? De quoi parle-t-on ? La seule meute, c’est celle qui fait taire les victimes ! »

Faute de procès, Olivier Duhamel reste, pour l’heure, présumé innocent.

À lire aussi : Olivier Duhamel : le “suicide” de sa belle-sœur Marie-France Pisier est-il lié à l’affaire ?Sophia CHAFAI

3 comments

  1. La seconde partie de l’article reprend la réaction de Bernard Kouchner. Il apprendrait l’affaire au décès de son ancienne épouse et aurait voulu, alors, lui casser la gueule. Le ridicule ne tue pas, dit-on. Il y a tout de même un risque à 80 ans quand l’adversaire n’en a « que » 70.
    Il n’est pas sérieux d’imaginer que Kouchner ait eu ces paroles. Par contre, les autorités sont au courant dès 2012 et dès l’enquête sur la mort de Marie-France Pisier. La police découvre les échanges entre l’actrice et sa soeur sur le sujet. Comment un homme politique d’une telle influence pourrait-il ne pas être informé?
    Toute famille a ses problèmes, parfois sévères. Mais une cause produit un effet. Nous avons ici l’effet de l’idéologie de Gauche et de la famille de Gauche, portée par l’idéologie.
    Le titre « la familia grande » fait référence aux « grandes familles » de Maurice Druon. Non, c’est l’inverse qui est décrit. L’oeuvre de Druon met en scène un patriarche porteur de Valeurs traditionnelles. Il y est question de conflit de générations dans ces familles bourgeoises.
    On n’imagine pas, chez les grandes familles de Druon, adopter des petits Chiliens qui deviennent les vrais enfants du couple recomposé. (il n’y a pas de famille recomposée chez Druon)
    Par contre, ce qui est le plus effarant dans cette affaire, c’est qu’un pédophile (notoire puisque la perversion de Duhamel est établie depuis longtemps) puisse aussi facilement adopter des enfants alors que la conception spécifique de la famille est à l’opposé de ce qui est requis pour adopter. La pourriture de Gauche, voilà ce qu’aurait du être le titre. Mais l’auteure en fait partie et ne peut sentir l’odeur fétide qui l’entoure

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