par Jean-Marc Alcalay
Définition
Anthropologie vient du grec logos : science, discours, parole, et de anthrôpos : homme. Elle suppose donc l’étude de l’homme et des groupes humains, une définition qui englobe à la fois l’analyse de l’individu et du collectif, du sujet et de la foule… Autrement dit, un domaine des sciences dites humaines qui s’intéresse à ce que communément on appelle la civilisation y compris quand elle se replie de façon régressive. C’est sans doute ce qui se passe actuellement dans une bonne partie du monde depuis le 7 octobre 2023.
Triste XXe siècle !
Le XXe siècle a connu deux grands moments de régressions civilisationnelles mondiales avec plus de 80 millions de morts. La Grande Guerre avec ses innovations techniques les plus meurtrières depuis les guerres napoléoniennes a testé combien l’homme pouvait tuer de façon massive ses ennemis avec son artillerie, déjà utilisée sous Napoléon, lequel était justement artilleur de formation. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont transformé, si je puis dire « cet essai » meurtrier de masse en commettant le crime contre l’humanité le plus important de tous les siècles passés, alliant, techniques meurtrières, chimie, industrialisation génocidaire de masse, en massacrant de la façon la plus horrible 6 millions de Juifs, hommes, femmes, enfants, personnes âgées, bébés, systématiquement et sans distinction de nationalités… Une pure éradication d’un peuple, le peuple juif, toujours et encore !
La fin de cette guerre a vu l’utilisation par les États-Unis de la bombe atomique. Un nouveau siècle était né, celui de la dissuasion nucléaire…
Le peuple juif, toujours et encore !
La création de l’État d’Israël le 14 mai 1948 n’a pas arrêté cette volonté de destruction du peuple juif notamment par les pays arabes, mais sans que l’antisémitisme ait disparu complètement des autres pays du monde. Depuis le 7 octobre 2023, un antisionisme ancien et un antisémitisme dit « d’atmosphère, » se sont rejoints. « Atmosphère, » qualificatif que j’ai toujours trouvé inapproprié et qui l’est encore davantage aujourd’hui. De fait, depuis ces massacres perpétrés par le Hamas, aidés de civils gazaouis aux ordres de l’Iran, cet antisémitisme « d’atmosphère » ne s’est pas dilué dans l’air comme on l’aurait voulu, car il le sature aujourd’hui complètement et chacun peut à présent le respirer à pleins poumons, jusqu’à s’étouffer. Cette régression que l’on croyait réserver qu’aux seuls terroristes palestiniens et antisémites habituels mais minoritaires, ont depuis le 7 octobre gagné les esprits, même ceux que l’on croyait protégés de cette régression anthropologique narcissique mortifère.
Une régression anthropologique
J’écris anthropologique car cet antisémitisme touche comme d’habitude une bonne partie du monde arabo-musulman mais en plus le monde occidental où il revient en force. C’est comme si une nouvelle fois une partie du monde voulait effacer son origine religieuse, identifiée aux Juifs, comme gardiens et transmetteurs du premier monothéisme. C’est aussi cela que j’appelle une régression anthropologique. Et j’écris régression car il s’agit bien d’un repli presque mondialisé sur le narcissisme de mort et non un progressisme et un réveil comme se nomment les wokistes qui en sont les militants illettrés. J’insiste, illettrés, au regard du faible niveau intellectuel des étudiants et des politiciens d’aujourd’hui. Pour la cause, ils se sont alliés aux islamo-gauchistes, aux nazislamistes, aux écolos, aux féministes de gauche évidemment, aux députés LFI. S’y ajoutent, en partie des socialistes, les communistes comme d‘habitude, les intellos de gauche, les artistes de gauche, des étudiants, des enseignants… La liste est longue, pour ce qui concerne la seule France mais dont on retrouve aisément les mêmes catégories dans les autres pays où cette haine imbécile antisémite prolifère. Ni l’intelligence, ni l’éducation, ni la culture ne sont donc des barrières face à cette nouvelle régression historico-anthropologique où la conscience individuelle se dissout dans la foule. Témoin l’Allemagne en 1933, et qui touche aujourd’hui toutes les groupes sociaux et toutes les professions, y compris plusieurs leaders politiques, comme Mélenchon en France et ses sbires, comme Zohran Mamdani, élu maire de New-York, Pedro Sanchez en Espagne, Michéal Martin, le Premier ministre Irlandais, Jonas Gahr Støre le Premier ministre Norvégien… C’est que l’histoire est façonnée par les pulsions individuelles et collectives qui s’y projettent et veulent la façonner de leurs certitudes idéologiques. L’histoire est une spirale pulsionnelle, où la régression anthropologique s’opère selon les concepts de la psychanalyse : pulsions d’autoconservation, pulsion de vie et de mort appelées aussi narcissisme de vie et narcissisme de mort, jouissance, perversion et dans les catégories plus pathologiques, principalement, paranoïa et perversion. La pulsion de mort a aussi tendance à se répéter, mais jamais à l’identique. Hier, c’étaient les nazis, mais déjà avec leurs alliés, les soutiens de Hadj Amin al-Husseini le grand mufti de Jérusalem et aujourd’hui, ce sont toujours les Islamistes, les isalmo-gauchistes et les wokistes de tous bords.
Depuis le 7 octobre, le ton est-il donné ?
Malgré le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, malgré la reconstruction à venir de Gaza, rien n’y fait !, car l’accusation de génocide faite à Israël, le boycott des artistes, des sportifs juifs, ou d’agressions de simples touristes israéliens comme des Juifs de la diaspora perdureront car depuis le 7 octobre, le ton est donné de faire la chasse à tous les Juifs, Israéliens ou non. Tous s’y mettent comme le président Emmanuel Macron qui ajoute de l’huile sur le feu antisémite, tout en s’en défendant (toujours le en même temps) quand il déclare reconnaître un État palestinien qui n’existe pas. Tous peuvent fouler les pavés des rues du monde, chaussés de leurs nouvelles bottes islamo-gauchistes et nazislamistes en hurlant à tue-tête (tue : dans cette expression signifie, tuer ceux qui ne sont pas du même avis) la création de l’État palestinien, même dans des manifestations qui n’ont rien y à voir. Alliances des contraires qui se rejoignent joyeusement dans cette régression anthropologique, du moment qu’ils peuvent désigner un ennemi commun, les Juifs, comme en son temps, les nazis, alliés aux staliniens avant de s’entre-déchirer.
Quelques espoirs, cependant !
La seule issue pour que le monde civilisationnel se réveille enfin de ce cauchemar régressif, ce n’est donc pas hélas le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, ni le mieux-être retrouvé à venir des Gazaouis, c’est le souhait que tous ces mouvements antisémites mondialisés et incompatibles entre eux puissent enfin et rapidement se déchirer pour que cette destruction réactivée contre le peuple et l’État juifs s’apaise pour un quelque temps encore… Un espoir aussi. Les pays arabes signataires des accords d’Abraham, le Maroc, les Émirats arabes unis et le Bahreïn n’ont pas remis en cause leurs relations avec Israël, ni la Jordanie, ni l’Égypte et ce, malgré toutes leurs ambigüités pendant la guerre d’Israël contre le Hamas et le Hezbollah. Il se pourrait bien que l’Arabie saoudite et le Liban soient également intéressés par ces mêmes accords, mais il y a encore des obstacles à franchir. Cela ne ferait peut-être pas baisser l’antisémitisme de leurs peuples, ni celui des gauchistes du monde entier, mais il serait mis de côté pour la cause abrahamique et diviserait ceux du monde arabo-musulman favorables à cet accord d’avec les autres et d’avec les antisémites occidentaux, ce qui les isolerait encore davantage sur la scène mondiale. De quoi peut-être encore ranger pour un temps cette haine antisémite ancestrale et tenace, sous le tapis épineux des relations historiques entre le monde et le peuple juif…
Jean-Marc Alcalay
Jean-Marc Alcalay est psychologue clinicien, formé à la psychanalyse. Il vit à Dunkerque et y travaillait jusqu’ à sa retraite. Il a écrit plus de trois cents articles.
Il a écrit un premier livre sur les liens qu’avait André Malraux avec Dunkerque : André Malraux et Dunkerque, une filiation (Société Dunkerquoise d’Histoire et d’Archéologie,1996), puis en 2007, La plume et le fusil (Ysec Éditions) toujours Dunkerque, la guerre, les écrivains, puis encore en 2012, à propos d’un autre écrivain qui lui tient à cœur, Marguerite Duras, publié à Jérusalem, en français, où il a fait deux conférences. Son titre : MD la juive, les écritures juives de Marguerite Duras, diffusé en France et publié aux Éditions Elkana en 2012. Son quatrième livre, intitulé Lé-haim, A la vie, Israël 1948, est paru en septembre 2014 aux Éditons Ysec. Un cinquième livre publié en 2021 ( א Éditions- diffusé sur Amazon) intitulé : Histoire des combattants juifs de la Brigade Blindée Indépendante Tchécoslovaque, Dunkerque 1944-1945, puis a coordonné l’édition en 2023 d’un livre collectif sur le sculpteur Herzi, intitulé : Herzi, Chrysalides des ombres/sculpter un Mémorial de la Shoah, Collection Molda, Éditions Jacques Flament.

