Le Hezbollah sur le point de faire une concession inimaginable sous Nasrallah ?

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Nasrallah se retourne dans sa tombe : le Hezbollah est-il brisé au point d’annonce une concession historique ?

Les deux dernières frappes du Hezbollah, au soir du lundi 18 novembre :

  • sur Shefa Amr, un village sunnite, chrétien et druze de la région de Kiryat Atta, qui a tué dans sa pièce sécurisée (fait exceptionnel à examiner à la loupe) Safa Kat Awad, enseignante de 50 ans,
  • et en plein centre du pays, sur Ramat Gan, faisant au moins 5 blessés dont une femme de 54 ans dans un état grave,

ne plaident pas pour envisager une forme quelconque de « reddition » sans condition du Hezbollah. La victoire sera amère et mérite qu’on aille la chercher jusqu’au fond du Liban, en faisant comprendre à la milice chiite qu’elle peut plus survivre au sud du Litani. Le groupe terroriste chiite va, au contraire, démultiplier les tentatives de coups d’éclat, afin d’arracher une image de « victoire » dans la pire défaite de toute son existence.

La milice pro-iranienne cherche avant tout à sauver les meubles

« Ce qui est décisif, ce n’est pas seulement l’accord, mais la volonté d’Israël de lutter pour sa mise en œuvre« , précise le professeurAmatzia Baram, Professeur éméritus de  l’Université de Haïfa, à propos de l’accord qui se dessine avec le Liban. « Le Hezbollah va tenter de violer l’accord. Ce n’est pas un accord de routine. Il exige la destruction des infrastructures de l’organisation terroriste »

Naim Kasem (photo : capture d’écran)

Le lundi 18 novembre, les chancelleries ont publié les premiers détails sur l’accord de cessez-le-feu que cherche à conclure la médiation américaine , et Israël l’a accepté. L’accord comprend des changements importants par rapport aux arrangements existants, dont les principaux concernent des changements dans la composition des forces internationales surveillant la frontière avec le Liban et le renforcement des exigences israéliennes concernant le retrait du Hezbollah et la prévention israélienne de ses tentatives de récidives.

En toile de fond, l’envoyé américain Amos Hochstein est arrivé à Beyrouth au moment même où le Hezbollah faisait une démonstration de force en tirant un énorme missile sur Ramat Gan, pour prouver qu’il n’est pas à la veille d’une reddition.

Trump et Macron, mano-a-mano pour encadrer le Hezbollah au nord du Litani ?

Selon e professeur Amatzia Baram, expert en relations internationales et en sécurité nationale, il s’agit d’un moment décisif, mais Israël doit adopter une position plus ferme face aux menaces futures. Selon les médias libanais, l’accord implique un changement fondamental dans la composition des forces internationales qui surveillent la frontière. La nouvelle force sera dirigée par les États-Unis et la France et ne sera pas basée sur la résolution 1701 du Conseil de sécurité, en vigueur depuis la Seconde Guerre du Liban. En outre, les exigences d’Israël incluent non seulement de repousser du Hezbollah vers le nord, au-delà de la ligne du fleuve Litani, mais aussi la destruction de toutes les infrastructures de l’organisation au-delà de cette ligne.

Ils sont en difficulté. Complexe du Hezbollah, mouveent de morts-vivants, sous un cimetière au Liban (photo : porte-parole de Tsahal)

« Il ne s’agit plus d’un accord de routine », souligne le professeur Baram. « Cette fois, Israël exige des conditions plus agressives – non seulement pour éliminer physiquement le Hezbollah, mais aussi pour s’assurer que ses installations et infrastructures soient complètement détruites et ne repoussent une fois l’accord signé.

Le découplage des problématiques de Gaza et du Liban : la fin du motif de guerre ?

Il s’agit d’une avancée significative dans la perception de sécurité d’Israël vis-à-vis du Hezbollah. Le professeur Baram fait référence à l’attitude du Hezbollah face à cette proposition et affirme qu’il s’agit d’une situation complexe pour l’organisation. « Je pense que le Hezbollah prend cette proposition au sérieux – parce qu’il se trouve dans une situation désespérée. Il a d’énormes difficultés – militaires, économiques et politiques – et il comprend que la poursuite de la guerre lui fait plus de mal qu’à Israël. » Selon lui, le Hezbollah a fait une concession importante en s’écartant de la ligne de son chef, Hassan Nasrallah, qui avait unifié les arènes de Gaza et du Liban, en déterminant que la milice chiite continuerait la guerre tant que celle-ci durerait à Gaza.. « C’est une énorme concession. Le Hezbollah, avec le soutien de l’Iran, est prêt à séparer les deux arènes. L’Iran a même donné au Hezbollah le pouvoir de décider des conditions de manière indépendante. Il s’agit d’un changement important qui indique la gravité de leur situation. »

Prêt à séparer Gaza du Liban, l’Iran laissant au Hezbollah une indépendance pour décider – c’est une énorme concession, Nasrallah les considérait comme indissociables. Nasrallah dans son dernier discours avant de tirer sa révérence (Photo : Reuters)

Pierre d’achoppement : la légitimité implicite d’Israël à frapper en cas de violation

L’un des principaux points de discorde dans l’accord est une lettre américaine adressée à Israël, dans laquelle l’accord offrirait une légitimité aux opérations militaires israéliennes au Liban en cas de violations.

« Cette lettre est la pierre angulaire de la stratégie israélienne », explique le professeur Baram. « Il ne s’agit pas d’un élément officiel de l’accord que le Hezbollah et le Liban doivent signer, mais d’une annexe qui permet à Israël de prendre des mesures militaires en cas de contrebande d’armes ou le retour du Hezbollah à la frontière. » La lettre suscite une vive opposition de la part du Hezbollah. « Le Hezbollah considère cette lettre comme une violation de la souveraineté libanaise« , dit Baram. « Cependant, Israël doit veiller à ce que la lettre reste valide, car sans elle, il n’y a aucune possibilité d’empêcher le retour du Hezbollah à la frontière ». Selon le professeur Baram, si le Hezbollah continue de s’opposer aux termes de l’accord, Israël devra exercer une pression militaire supplémentaire. « Le principe est clair : une pression militaire accrue sur la population chiite au Liban peut amener le Hezbollah à abandonner sa position rigide et à accepter les conditions. C’est complètement différent de Gaza, où la pression militaire ne permet pas la libération des otages, mais au Liban, elle fonctionne.  »

« Si le Hezbollah continue de refuser, la pression sur les villages chiites aidera » Attaques au Liban (Photo : Arab Networks)

Empêcher les boucliers humains libanais de retourner dans les villages de première ligne

Baram ajoute que la pression militaire devrait se concentrer sur les infrastructures et les zones stratégiques du Hezbollah. « Pendant deux ou trois semaines, ils pourraient maintenir l’accord, mais ils recommenceront à faire passer des armes en contrebande via le port de Beyrouth (rappel de l’explosion du 4 août 2020 ) ou depuis la Syrie jusqu’à la frontière. La lettre américaine vise à permettre à Israël d’opérer au-delà de la ligne Litani, si nécessaire – y compris à travers la frontière, avec l’armée de l’air ou les forces spéciales de l’Infanterie. » L’une des conditions importantes qu’Israël devrait exiger, selon Baram, est d’empêcher les habitants de retourner dans les villages situés sur la première ligne de la frontière. « Ces villages étaient des avant-postes militaires avant tout. Tsahal ne doit pas autoriser leur retour « , déclare-t-il. « Les villages adjacents à la « Ligne Bleue » étaient des centres d’activité du Hezbollah, et Israël doit s’assurer qu’ils n’y retournent pas. »

Nous ne devons pas répéter les erreurs du passé. La farce de la FINUL (Photo : REUTERS/Mohamed Azakir)

Baram précise que cette exigence ne fait pas partie officielle de l’accord, mais qu’elle est essentielle à la sécurité d’Israël. « Nous ne devons pas répéter les erreurs du passé dans lesquelles nous avons accepté des violations continues par peur de la guerre. Cette fois, Israël doit prendre le risque et agir de manière décisive.« 

La pleine application ou la guerre

Le professeur Baram conclut qu’Israël doit veiller à ce que l’accord soit pleinement appliqué, y compris que les Etats-Unis approuvent des opérations militaires si nécessairess. « La lettre américaine n’est pas seulement un document – c’est l’approbation qui permet à Israël d’agir. Il ne suffit pas que la lettre existe – nous avons besoin d’un gouvernement déterminé à la mettre en œuvre et à ne permettre aucune violation. » Selon lui, le Hezbollah tentera tôt ou tard de violer l’accord. « Ce qui est décisif, ce n’est pas seulement l’accord, mais aussi la volonté d’Israël de lutter pour sa mise en œuvre. Nous ne pouvons pas nous permettre de revenir à la situation de 2006, où nous avions renoncé aux principes fondamentaux par crainte d’un nouveau conflit. »

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