Tsahal peut-il compter sur la gouvernance alternative des clans à Gaza ?

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Tsahal teste la manière dont les clans palestiniens pourraient contrôler les affaires civiles de Gaza

Israël a préféré ne pas laisser l’Autorité palestinienne s’implanter dans les zones de Gaza où le Hamas est désormais faible.

(Crédit Image de Une : Place Saraya, Gaza, mai 2017. Badia « Tribus bédouines ». ( Pacific Press/ Alamy )

Au cours des deux derniers mois, plusieurs rapports ont indiqué que des clans gazaouis, essentiellement de grandes familles ayant de l’influence dans certaines zones, pourraient jouer un rôle à Gaza, dans les zones où Israël a vaincu le Hamas et où il y a un vide de pouvoir.

Des Emirats Arabes de Palestine, plus fiables qu’une « Solution à deux Etats » ?

L’hypothèse de travail que teste l’état-major pour l’après-Hamas est intéressante à plus d’un titre, car, par exemple, l’expert en affaires arabes, Mordekhai Kedar, prône depuis longtemps, que la solution au problème palestinien réside dans l’émergence d’émirats fondés sur une base clanique et restituant un pouvoir local ancestral à la culture arabe foncièrement « anti-étatique », tribale, familiale ou décentralisée. Avant les accords d’Oslo, Itzhak Rabin a, un temps, été tenté d’appuyer les négociations sur ce type de gouvernance, plutôt que de négocier avec la voyoucratie terroriste de l’OLP fondée par le KGB, dans le contexte de la guerre froide, tandis que le Hamas, émanation des Frères Musulmans, éclôt essentiellement au décours de la révolution iranienne, puis se révèle au cours de la 1ère Intifada. Pour contrer le Hamas et le Qatar qui le finance, on espère que les Emirats Arabes Unis apporteront leur soutien à une reconstruction plus « modérée » et en phase avec l’Etat hébreu, via les « Accords d’Abraham ». La valeur de cet essai de « pas de deux » est donc immense et engage l’avenir recomposé de Gaza et, bien au-delà, de la façon de traiter « la Cause Palestinienne » elle-même ». Quatrièmement, David Petraeus, en Irak, s’est appuyé sur le « réveil de l’Anbar » des tribus sunnites, pour vaincre l’insurrection extrémiste et cela a contribué à la stabilisation momentanée du pays.

L’Autorité Palestinienne n’a cessé de prouver son inanité

C’est l’un des projets de gestion des territoires qui ont émergé en raison de l’absence d’autorité civile pour contrôler certaines parties de Gaza. Israël a préféré ne pas laisser l’Autorité palestinienne s’implanter dans les zones de Gaza où le Hamas est désormais faible, et il n’est pas clair de savoir si l’Autorité palestinienne accepterait de toute façon de travailler avec Israël à cet égard.

Cela laisse peu d’options à Gaza en termes de contrôle des zones civiles. L’armée israélienne a préféré ne pas gérer directement les affaires civiles à Gaza. Cela signifie que là où se trouvent des civils, ils sont généralement séparés de Tsahal, et, d’autre part, que Tsahal ne cherche pas à contrôler les communautés sur le long terme. Alors, qui contrôlera ces zones ?

La hantise d’un fantôme du Hamas toujours résurgent

Dans le nord de Gaza, il y a environ 300 000 Gazaouis. Même si le Hamas est vaincu en apparence, il continue de compter des éléments au sein de la population. Beaucoup de gens craignent de créer une alternative au Hamas, car ils pensent que le Hamas reviendra et se vengera.

Les seuls groupes puissants qui pourraient fournir un bouclier contre les atrocités du Hamas à l’avenir sont les grands clans, car même le Hamas craint de susciter la colère de grandes familles qui ont de l’influence et du pouvoir, et qui pourraient aussi détenir des armes.

Tsahal a commencé à prendre des mesures pour tester le pouvoir des clans locaux de Gaza dans la bande de Gaza après la destruction du Hamas, selon un article publié par le journal arabe Asharq al-Awsat, basé à Londres. En janvier dernier, un autre rapport indiquait qu’Israël étudiait l’idée de confier l’administration de certaines zones à des clans. Cela rejoint l’idée d’avoir des poches ou des bulles humanitaires à Gaza. Cependant, comme l’a montré la bousculade près des camions jeudi dernier à Gaza, aucun plan de ce type ne s’est concrétisé.

Les clans peuvent-ils être de bons partenaires à Gaza ?

Les clans et les tribus ont joué un rôle clé en Irak après le renversement du régime de Saddam Hussein par les États-Unis. Ils ont également contribué dans certains cas à vaincre l’insurrection extrémiste apparue entre 2005 et 2008. Ce mouvement du « réveil sunnite » a eu lieu dans l’ouest de l’Irak, dans la province d’Anbar, à l’initiative du Général David Petraeus, inspiré par le théoricien et officier militaire français juif de la contre-Insurrection, David Galula

Sans entrer dans tous les détails, il est clair qu’en Irak et Syrie, les clans et les tribus constituaient une alternative viable, mais cela ne fonctionne pas sur le long terme. Lorsque l’État Islamique, alias Daesh est apparu en Irak en 2014, il a facilement écarté les clans et les tribus sunnites. Certains ont tenu bon, comme la tribu Jughayfa à Haditha et la grande tribu Shammar en Irak et en Syrie.

Forts quand l’état est faible, et vice et versa

En général, les tribus et les clans sont importants, mais ils ne remplacent pas un État ni même des structures de type étatique. Ils ne résistent pas non plus à la tempête lorsque les choses se gâtent. Ils ont tendance à prospérer lorsqu’il y a un grave vide de pouvoir et que les gens se tournent vers les liens familiaux et les familles pour survivre. Mais en fin de compte, les mouvements politiques, militaires et terroristes organisés gagnent généralement lorsqu’ils affrontent les clans et les tribus de la région. Il existe des exceptions, comme les États eux-mêmes enracinés dans de grandes tribus (Arabie Saoudite sur le clan des Saouds, idem dans la plupart des Émirats du Golfe), ou les États qui s’appuient sur elles comme piliers d’une partie des forces de défense, ou pour contrôler certaines zones d’un pays en les cooptant. Mais, la spécificité dans le Golfe arabo-persique serait qu’il s’agissait alors de créer des entités bédouines, sur la base d’une chefferie « royale »… 

La dynastie Al-Saoud, génératrice de l’État d’Arabie Saoudite, fondée, au départ, en 1744, sur le pacte de Dariya entre Ibn Saoud (1710 – 1765) et Ibn Abdelwahhab.

Le cas fondateur des Bédouins en Israël

Israël travaille depuis longtemps avec des clans et des groupes locaux ou tribus, à divers titres. Par exemple, les premiers dirigeants israéliens entretenaient de bonnes relations avec certaines tribus bédouines du Néguev et également de Galilée (parallèlement aux ententes avec les Druzes). Au cours des années 1950 et 1960, en Israël, de nombreux dirigeants arabes traditionnels locaux entretenaient des relations relativement décentes avec les autorités, contrairement à certaines élites urbaines instruites, qui étaient influencées par le nationalisme et le communisme arabes (donnant naissance à l’OLP). Lorsqu’Israël dirigeait le Sinaï dans les années 1970, l’Etat hébreu entretenait également des relations relativement amicales avec certaines tribus bédouines de la région.

Mais ces liens ne vont pas plus loin. Gaza a changé depuis les années 1950 et 1980. Il existe des clans à Gaza et de nombreuses personnes sont mécontentes du régime du Hamas. Cependant, l’attaque génocidaire du Hamas contre Israël le 7 octobre montre que le groupe est prêt à commettre des massacres extrêmes et qu’il bénéficie de l’impunité pour le faire. La défaite momentanée de l’establishment et du renseignement israéliens, entre les 7 et 10 octobre, n’effraie pas seulement les Juifs des frontières sud et nord, mais a un impact direct sur les prétendants arabo-musulmans à défier le groupe terroriste. 

L’influence turco-qatarie sur les instances internationales

Il est important, dans ce contexte, de considérer le fait que le Hamas est soutenu par la Turquie, membre de l’OTAN, et hébergé par le Qatar, un allié majeur, éminemment ambivalent ,de l’Occident non membre de l’OTAN. Cela signifie que contrairement aux divers clans de Gaza, le Hamas génocidaire bénéficie d’un large soutien international. Il s’est souvent associé à des ONG internationales et à des organisations des Nations Unies, ouvertement ou secrètement, comme l’UNRWA ou la Croix-Rouge (le Croissant Rouge), en fournissant sa police pour « garder » (détourner, piller) les convois humanitaires par exemple.

Contrairement à l’Irak ou à la Syrie, où divers éléments tribaux peuvent avoir tellement de pouvoir qu’ils sont invités à s’asseoir dans la salle avec les dirigeants des États, les clans de Gaza ne jouissent pas d’une influence régionale, du moins visiblement.

Pourquoi les groupes terroristes l’emportent inmanquablement sur les clans ?

LE DÉFI du vide politique à Gaza devra être résolu. Reste à savoir si les divers clans et tribus peuvent jouer un rôle. Le Hamas a montré, comme Daesh, qu’il est prêt à utiliser tous les moyens pour continuer à contrôler la situation. L’Etat Islamique a également massacré des tribus lorsqu’il est arrivé au pouvoir dans des endroits comme la vallée de l’Euphrate en Syrie (reconquise par les Kurdes). Les tribus et les clans peuvent contribuer à la gouvernance locale, mais ils accordent d’abord de l’importance à leur (sur-)vie, et ils ont passé des centaines d’années à comprendre dans quel sens souffle le vent dans la région et à faire les choix complexes que les habitants doivent faire dans cette région, où les populations locales sont souvent abandonnées aux caprices de divers régimes et groupes.

Les clans se tourneront-ils vers Mahmoud Abbas contre le Hamas ?

L’histoire des clans jouant un rôle à Gaza a eu un certain impact au sein de l’AP. Selon les publications sur les réseaux sociaux de l’expert Khaled Abu Toameh, « pour porter atteinte au Hamas, plusieurs clans de la bande de Gaza prêtent allégeance à l’Autorité palestinienne et au président Mahmoud Abbas. Les clans ont également rejeté le plan d’après-guerre d’Israël pour administrer la bande de Gaza », a-t-il écrit le 4 mars.

Cependant, l’Autorité palestinienne n’est pas favorable à cette évolution. Dans le même temps, le ministre des Affaires étrangères de l’AP a averti les médias d’Al-Ain aux Émirats arabes unis que les tensions autour de Gaza avant le Ramadan pourraient conduire à un conflit régional. Cela signifie que les problèmes locaux à Gaza sont très importants, mais aussi que la stratégie de Tsahal à Gaza a désormais des implications régionales croissantes.

Chercher appui au Caire ?

Il y aura peut-être d’autres leçons à tirer, pour les clans de Gaza. L’Égypte entretient des relations positives avec les tribus de la péninsule du Sinaï et travaille avec elles pour lutter contre l’extrémisme. L’Égypte a un intérêt historique à Gaza. Reste à savoir si l’Égypte pourrait également servir de canal pour des négociations avec les clans de Gaza.

Pour l’instant, il semble que les craintes d’un retour du Hamas continueront de peser sur les Gazaouis, et même en dehors de ce calcul, l’Autorité palestinienne mènera une campagne d’influence en coulisses, pour contrer l’approche « anthropologique » de Tsahal.

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