Tourisme religieux : la Jordanie est désormais alliée de l’Iran

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Le roi de Jordanie estime qu’ouvrir la porte aux touristes chiites sauvera son pays de la crise. Mais ce sera une épée à double tranchant.

Cité-fortresse d’Al-Kerak, déjà très prisée par le tourisme « chiite ». Une attaque terroriste y avait fait dix morts en décembre 2016

LE ROI DE JORDANIE ABDULLAH II écoute lors d'une réunion à Amman en mai. (Crédit photo : ALEX BRANDON/POOL VIA REUTERS)
LE ROI DE JORDANIE ABDULLAH II écoute lors d’une réunion à Amman en mai.
(Crédit photo : ALEX BRANDON/POOL VIA REUTERS)

Le 27 juin 2021, le roi de Jordanie Abdallah II a rencontré le Premier ministre irakien Mustafa Al-Kadhimi et le président égyptien Abdel Fattah al-Sisi à Bagdad. Tous trois ont annoncé un accord de coopération sur le transport du pétrole irakien par oléoduc d’Irak à la Jordanie jusqu’à l’Egypte, d’où il sera exporté vers l’Europe via la Méditerranée. Cet accord est la « révélation au grand jour la plus récente » du retissage des relations du roi Abdallah avec l’Iran. C’est désormais officiel : la Jordanie est alliée à l’Iran car l’Irak est en fait sous contrôle iranien. Le gouvernement irakien est un État fantoche contrôlé par l’Iran. Exporter l’or noir irakien à travers la Jordanie vers l’Europe revient simplement à exporter du pétrole contrôlé par l’Iran, qui dirige l’Irak à travers ses milices chiites et contrôle les ressources du pays.

Au lendemain de cela, les médias d’État jordaniens ont commencé à promouvoir une pleine coopération financière avec l’Iran. C’est aussi choquant pour le public jordanien que les événements l’étaient pour le public égyptien il y a 40 ans, lorsque le président de l’époque, Anwar Sadate, a annoncé la paix avec Israël.

Al-Kerak capitale  chiite du passé et à venir

Le conseiller du roi Abdallah, Zaid Nabulsi, membre du nouveau « conseil consultatif du roi », a déclaré aux médias : « Le tourisme religieux iranien va redonner vie à la Jordanie ». Les sites médiatiques contrôlés par le gouvernement ont commencé à parler d’un million de touristes religieux attendus. Ceux-ci sont destinés à visiter le village méridional de Kerak, à 120 km. (75 miles) au sud d’Amman, pour péleriner sur le sanctuaire de Jaffar Ibn Abu Taleb. En plus de cela, la presse jordanienne et arabe a commencé à parler d’une proposition iranienne de construire un aéroport à Kerak.
Jaffar Ibn Abu Taleb était le cousin du prophète Mahomet qui est mort en combattant l’empire byzantin à Kerak. Son sanctuaire est considéré comme le plus saint de la foi chiite. Sachons que la foi sunnite interdit généralement de visiter les tombes pour y pratiquer le culte et considère cela comme un acte d’infidélité envers Dieu, c’est pourquoi le sanctuaire est en grande partie fermé. Néanmoins, le roi lui-même est allé en visite pour promouvoir et aider à légitimer ces futures visites
On est allé plus loin, avec une campagne soutenue par la monarchie pour même promouvoir la foi chiite elle-même. C’est ce que l’Iran a fait en Syrie et en Irak. C’est exactement comme ça que tout a commencé.
Un journaliste jordanien connu pour ses liens étroits avec le monarque hachémite, Mouafaq Mahadeen, est apparu à la télévision deux nuits après la visite du roi. Il a déclaré que « 80 % des chiites du Liban [Dont l’épine dorsale forme aujourd’hui le gros des troupes du Hezbollah] sont originaires de Kerak ». Des sites médiatiques jordaniens ont répété que l’Iran envisageait de construire un aéroport à Kerak. De vieux reportages ont refait surface sur l’Iran qui aurait promis de fournir au royaume du pétrole gratuit pendant 30 ans.

C’est sans danger (Abdallah Marathon Man)

Le 3 juillet, la télévision jordanienne a diffusé une émission dans laquelle les orateurs ont affirmé qu’il n’était pas du tout dangereux d’accueillir les Iraniens en Jordanie en tant que touristes. C’était en réponse aux menaces mutuelles et aux avertissements émis par les dirigeants de la majorité palestinienne du pays, ainsi que par la minorité bédouine indigène. Toutes deux ont envoyé des messages au roi le 1er juillet l’avertissant de ne pas faire entrer l’Iran en Jordanie. Dans une situation normale, les deux parties n’oseraient pas critiquer le roi, et encore moins lui envoyer un avertissement.
Il ne fait aucun doute que la Jordanie souffre de graves difficultés financières. Les causes en sont la COVID, la corruption, une mauvaise gestion, un manque de ressources naturelles, notamment le manque d’eau. Le roi de Jordanie estime qu’ouvrir la porte aux chiites sauvera son pays de ces crises. Mais comme nous l’avons dit, ce sera une épée à double tranchant, et il ne faudra pas longtemps à la Jordanie pour sombrer dans les ténèbres, tout comme le Liban, la Syrie, l’Irak et le Yémen. Quant à Israël, on craint de voir s’ouvrir un front de l’enfer, avec envoi de drones. Des milices pourraient creuser des tunnels dans les zones frontalières de la Jordanie, qui seront sous le contrôle des chiites.
Le Dr Edy Cohen a grandi au Liban et a servi pendant 15 ans dans la communauté du renseignement israélien. Il est chercheur au Centre BESA spécialisé dans les relations interarabes et le conflit arabo-israélien. Son travail œuvre aussi sur le terrorisme et les communautés juives dans le monde arabe. Il est l’auteur de La Shoah aux yeux de Mahmoud Abbas (en hébreu).

 

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