La Tendre indifférence, Albert Bensoussan

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Ce récit a trois ancrages, Alger, la ville du mauvais œil et son destin d’exil, Rennes, le port d’attache et de Leah, la rassurante épouse, et Marseille où se retrouvent les divers personnages de cette histoire d’amitié et d’amour, forcément d’amour, alors qu’Éros se heurte ici à Thanatos. L’immense cimetière de Marseille est bien une « Maison de vie », ainsi que l’hébreu nomme le lieu de sépulture, Beit ha-hayyim. En vérité l’âme des défunts plane au-dessus des tombes ou dans les cendres envolées : בית־החיים.

« La tendre indifférence du monde » s’est abattue sur « L’étranger » d’Albert Camus qui apparaît ici comme témoin ou puissance tutélaire. S’il est vrai que sur ce rivage où « les dieux parlent dans le soleil », le cri de ralliement des jeunes pousses étaient « Tant pis si j’en crève ! », il n’en reste pas moins que tous avaient un amour immodéré de la vie des sens et de la jouissance des heures claires. Sous divers masques et sur quelques portraits en pied, le narrateur fait tourner, au cadran de l’Algérie d’avant, l’ardente aiguille qui marque tous les temps de bonheur qui jalonnèrent sa vie.

La photo illustrant ce livre a été prise par Déborah Ben Soussan dans la vieille Jérusalem. Une rue qui monte vers l’infini, l’Ein-Sof des Kabbalistes de Safed, une pensée pieuse au-delà des murs et qui rejoint au ciel l’âme envolée de tant de cœurs, de tant de bonheur.

Extrait :

«  Le souvenir m’en revient dans la brume, sans cesser de caresser le marbre du sépulcre en étouffant mes sanglots. Elle qui n’avait plus son fils pour la pleurer — réciter le kaddish ?

(Je ne sais s’il faut l’ébruiter, mais ma Hongroise portait un drôle de patronyme : Vetö, n’est-ce pas ? c’était juste la déformation accommodante de Weiss, un nom de ghetto.)

  Dans la touffeur efflorescente, là sur sa tombe, j’habille son fantôme… Mariska, ma tsigane, ma juive, revêtait un peignoir à fleurs, ou une combinaison en valisère, ou peut-être une simple nuisette à dentelles. Je la voyais à peine, j’accommodais si mal sans mes lunettes, chues au pied du lit, d’autant que, négligeant le plafonnier et le néon trop cru qui auraient pu réveiller la nichée, elle n’avait allumé que la mince luciole au-dessus du lavabo. La clarté était bleue et mon rêve était mauve… Comme tous ces magnolias qui, autour de sa tombe, lui font la révérence… »

Avroum Bar Shoshan

Éditions Le Réalgar
20 rue Blanqui
42000 Saint Étienne

Date d’édition : 22 avril 2021    PRIX : 12 €

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