Israël, exportateur de Gaz pour l’Europe : qu’est-ce que cela change?

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Dans une première « historique », Israël va exporter du gaz naturel vers l’Europe

 

Le commissaire européen à l’énergie Kadri Simson, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le ministre égyptien du pétrole Tarek El Molla et la ministre israélienne de l’énergie Karine Elharrar, de gauche à droite, au Caire, en Égypte, le 15 juin 2022. Photo : Dati Bendo

Israël a signé mercredi un accord préliminaire avec l’Égypte et l’Union européenne qui lui permettra d’exporter pour la première fois du gaz naturel vers le bloc des 27 membres.

La ministre israélienne de l’Énergie, Karine Elharrar, a signé l’accord, qui porte également sur la collaboration en matière de commerce et de transport, lors de sa participation au Forum du gaz de la Méditerranée orientale au Caire. Selon ses termes, le gaz naturel sera transporté d’Israël et d’autres sources vers l’Égypte, où il sera liquéfié avant de passer à l’UE.

L’UE cherche actuellement à diversifier son approvisionnement énergétique après avoir imposé des sanctions pétrolières à la Russie, suite à son invasion de l’Ukraine. La Russie était le plus grand fournisseur de gaz naturel de l’UE en 2020 et 2021, représentant environ 40% des importations de gaz naturel du bloc pour les deux années.

Israël devrait suppléer à hauteur de 20 % en augmentant progressivement sa production pour atteindre une 30taine de pour cent. Le Qatar devrait aussi tirer son épingle du jeu dans les mêmes volumes approximatifs, la victoire israélo-égyptienne étant, en ce point, relative.

L’accord durera trois ans, après quoi il sera automatiquement renouvelé pour une autre période de deux ans. À long terme, l’UE vise à réduire sa consommation de gaz naturel après 2030 afin d’atteindre son objectif d’une économie à zéro émission d’ici 2050.

L’UE encouragera également les investissements des entreprises européennes dans l’exploration et la production de gaz naturel en Israël et en Égypte.

S’exprimant au Caire, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a qualifié l’accord de « grand pas en avant dans l’approvisionnement énergétique de l’Europe, mais aussi pour que l’Égypte devienne un centre énergétique régional ».

Israël est passé ces dernières années d’importateur de gaz à exportateur de gaz et s’efforce actuellement d’augmenter sa production.

« C’est un moment historique dans lequel le petit pays d’Israël devient un acteur important sur le marché mondial de l’énergie », a déclaré Elharrar dans un communiqué.

Le ministère israélien de l’Énergie a ajouté que les exportations de gaz naturel servent « de levier diplomatique et apportent une contribution géopolitique à Israël ».

Du fait de son étendue, et de son caractère « charnière » entre l’Afrique du Nord, l’Asie mineure, le Golfe allié et l’Arabie Saoudite, il va être logique de renforcer le caractère de plaque tournante de l’Égypte. Israël pourra aussi externaliser certains services que la petite étendue de son territoire ne lui permet pas.

Géopolitiquement, on doit s’attendre à une exacerbation des tensions avec l’Iran, par Hezbollah interposé ; probablement, mais secondairement avec la Russie, que ménagent en partie les pays du Golfe et Israël. Tous sont bénéficiaires par la bande du conflit déclenché par Poutine en Ukraine, même si, sagement, Jérusalem évite les provocations trop voyantes (refus de vente d’armes).

Moscou est, à tout le moins, un « concurrent » énergétique qui s’est auto-éliminé, alors que Gazprom est la principale ressource économique russe. On voit que le jeu de suppléance gazière profite aussi au Qatar (donc à l’Iran), mais en plaçant Israël et l’Égypte sur un pied d’égalité avec le petit émirat capricieux, chef-lieu des Frères Musulmans à travers le monde et sous la surveillance des autres pays de la Coopération du Golfe.

La ministre de l’Énergie, Karine Elharrar, signe un accord pour stimuler les exportations de gaz de la Méditerranée orientale vers l’Europe avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le ministre égyptien du Pétrole, Tarek El-Molla, au Caire, en Égypte, le 15 juin 2022. (Crédit : Amr Nabil/AP)

Pour ce qui est de la « portée symbolique » de la politique anti-israélienne de l’UE et, très distinctement, de la France en particulier, il y a fort à parier que les GIBIs avaleront leur chapeau pendant que les Shadocks pomperont. Ou que coulera toujours un mince filet de propagande pro-palestinienne constante, alors que la cause est une des grandes perdantes historiques de ce bouleversement en train de se produire. Quand 80 % des pays arabes et 100 % de l’UE coopèrent ouvertement avec Israël, les réserves de voix seront loin d’être évidentes pour les amis gauchistes du Hamas, les proches de Corbyn à la Nupes. Restent Téhéran, Doha, le Venezuela, Poutine et les Chinois…

Ces bouleversements géostratégiques étaient lisibles dès l’année 2015, date de parution de :

4 commentaires

  1. sacrement optimiste tout ca.
    car les decouvertes colossales de gaz en egypte par les italiens risquent de rendre Israel inutile a court ou moyen terme.
    et pas un mot sur la necessite pour israel de developper ses installations de liquefaction de gaz car pour l’instant de ce point de vue on est totalement dependant des egyptiens , des allies tres relatifs.

    1. La nécessité de développement du FLNG est sur le métier depuis 2019 avec l’idée de construction d’une plateforme sur Leviathan. Je ne contrôle pas le temps long de la négociation et de l’installation de ce type de plateforme, dont l’idée est d’exporter vers l’Asie avec les gros marchés chinois, indiens, etc. Ce via les Accords d’Abraham comme canal vers l’Océan Indien. Vos remarques sont amusantes quand on voit que vous oubliez qu’Israël importait du Gaz égyptien il y a peu et qu’on a, pour le moment, renversé cette tendance. En soi, c’est donc un « mieux ».
      Oublié aussi le contexte de la précipitation européenne vers ces réserves, mais j’allais dire, au même titre que les démarches pour pacifier la crise avec Beyrouth sur les démarcations frontalières.
      Décemment, on ne va pas empêcher les Italiens d’Eni ou d’autres de creuser, ce que nous faisons nous-mêmes, en l’accélérant, à l’occasion des besoins européens conjoncturels (Ukraine). D’autre part, ce passage par l’Égypte est, relativement, un calcul sur la rapidité de fourniture à ce stade d’urgence, sachant que d’autres problèmes géopolitiques et de logistique se posent, si on choisissait de diversifier par Chypre et la Grèce, alors que le dilemme turc n’est pas résolu…

      À terme, plusieurs possibilités s’offrent à Israël, il faudra choisir les chemins les plus courts. L’Égypte favorise le rapprochement avec l’Arabie Saoudite, par restitution de deux îles interposées, qui occasionnera des échanges plus fréquents entre les deux puissances : Israël et l’Arabie Saoudite. Tout cela va dans le sens d’un désenclavement diplomatico-économique et on peut choisir de regarder les choses par le petit bout de la lorgnette, en traitant le développement d’une « paix froide » avec l’Egypte en termes relavant de la « guerre froide »

    2. Pas très crédible de dire qu’Israël va être marginalisé par l’Égypte à court terme : y a-t-il, à l’heure de la longue crise avec la Russie, un seul mètre cube de gaz au monde qui puisse apparaître inutile à l’Europe ? L’Égypte est partenaire dans la résolution partielle des crises à Gaza, le contrôle des armements à la frontière libyenne et soudanaise, les rapprochements avec Haftar, elle est aussi instrumentale dans les rapports avec le Golfe. Évidemment, qu’ils jouent leur bille et leurs intérêts, en ne convenant aux nôtres que partiellement. Mais quoi de neuf sous le soleil ? L’intérêt gazier est circonstanciel, pour Israël, dont la matière grise est investie à un pourcentage économique plus élevé dans l’innovation de la Start-up Nation. C’est, au mieux, une cerise sur le gâteau. Tout miser dans une concurrence sauvage avec l’Égypte sur le gaz, comme s’il aurait mieux valu refuser de signer cet arrangement, relève de la vision en tunnel ou de l’incompréhension de l’intérêt d’un accord de moyen terme… On ouvrira les autres chapitres au fur et à mesure.

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