Il est grand temps d’accorder le pardon à Netanyahu 

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Il n’y a rien à attendre de bon pour Israël à l’issue du procès de Netanyahu parce qu’un pourcentage énorme du public israélien perdra confiance dans le système, peu importe son résultat.

GARDERA-T-IL le sourire ? L'ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu arrive pour une audience au tribunal la semaine dernière. (crédit photo : YONATAN SINDEL/FLASH90)
GARDERA-T-IL le sourire ? L’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu arrive pour une audience au tribunal la semaine dernière.
(crédit photo : YONATAN SINDEL/FLASH90)
 

La guerre du Yom Kippour en 1973 a été la bataille la plus sanglante d’Israël, et encore aujourd’hui, la plus grande débâcle militaire de la nation. Il y a eu 2 656 soldats tués pendant les combats, et la guerre a laissé Israël sous le choc six ans seulement après la miraculeuse guerre des Six Jours.

Durant les années qui ont immédiatement suivi la guerre du Yom Kippour, les dépenses de défense d’Israël ont bondi de façon exponentielle : au milieu des années 1970, le budget de la défense représentait plus de 30 % du PIB national. En 2020, il était de 5 %.

C’était nécessaire à l’époque. L’armée israélienne a été prise au dépourvu pour le déclenchement de la guerre avec l’Égypte et la Syrie, et elle devait se réformer et s’organiser pour les défis à venir.

C’est exactement ce qui s’est produit, en raison de la guerre du Yom Kippour, qui s’est depuis transformée en une sorte de slogan résumant les échecs d’autres États ou gouvernements. La catastrophe de l’incendie du Carmel en 2010 a été le Yom Kippour du service d’incendie et de sauvetage d’Israël ; la catastrophe de Lag Ba’omer à Meron, l’année dernière, était le Yom Kippour de la police ; l’affaire du Bus 300 était le Yom Kippour du Shin Bet ; etc.

Après chaque incident, le changement a été rapide et significatif. Après l’incendie de Carmel, le gouvernement a complètement réorganisé le service d’incendie et de sauvetage et construit un escadron d’avions de lutte contre les incendies. Après l’affaire du Bus 300, le Shin Bet a réglementé ses procédures d’interrogatoire, culminant avec l’adoption en 2002 d’une loi spéciale de la Knesset. Après la catastrophe de Meron l’année dernière, l’État a rénové l’ancien site religieux, la police a limité le nombre de participants et le pays a cessé de prétendre que tout allait bien se passer.

 

L'ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son audience, le 11 mai 2022. (Crédit : YONATAN SINDEL/FLASH90)L’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son audience, le 11 mai 2022. (Crédit : YONATAN SINDEL/FLASH90)Ce qui se passe au tribunal de district de Jérusalem et le procès de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu pourraient finir par devenir le Yom Kippour du système de justice pénale israélien. Sur la base de la semaine dernière, les chances que cela ne se produise pourraient en fait être élevées.

Dimanche, l’accusation a demandé au tribunal – dans un revirement étonnant et très inhabituel – l’autorisation de modifier son acte d’accusation. La base de cette demande était le succès des avocats de Netanyahu à prouver – grâce à un mélange de données GPS et d’enregistrements de sécurité du bureau du Premier ministre – qu’il était impossible pour Netanyahu d’avoir rencontré le témoin de l’État Shlomo Filber à la date initialement mentionnée par l’accusation.

Bien que cela puisse sembler être une erreur de date, ce n’est pas une mince affaire. La réunion alléguée était le supposé « flagrant délit » de l’accusation dans l’affaire 4000, l’affaire Bezeq-Walla. C’est la réunion où l’accusation affirme que Netanyahu a donné à Filber, alors directeur général du ministère des Communications, l’ordre d’offrir au propriétaire de Bezeq, Shaul Elovitch, tout ce qu’il voulait et d’accélérer le mouvement du système de corruption.

S’il n’y avait pas de réunion, il n’y aurait peut-être pas de délit constitué de corruption, et s’il n’y a pas de corruption, il n’y a pas de poursuite contre Netanyahu. Si la date était erronée, la défense l’ayant revendiquée devant le tribunal, qui sait quoi d’autre pourrait être erroné dans l’affaire. Comme Netanyahu lui-même l’a dit cette semaine : « C’est ce qu’on appelle, ‘in your face’ » (en pleine face) , en utilisant le terme américain pour le coller à l’accusation.

C’est une bonne question, mais cela pourrait valoir la peine d’épargner à cette nation de le découvrir.

Il n’y a rien à attendre de bon pour le système de justice pénale israélien dans ce procès. Si Netanyahu est reconnu coupable, ses partisans continueront de le soutenir. Quand il a dit : « Il n’y aura rien parce qu’il n’y a rien », ils ont accepté. Ils vont maintenant affirmer – comme il l’a fait depuis le début de l’enquête policière – que l‘affaire a été truquée au départ et que les trois juges qui entendent l’affaire n’auraient jamais pu le laisser partir, puisqu’ils savaient que s’ils l’avaient fait, cela pouvait effectivement faire tomber tout le système judiciaire.

D’un autre côté, si Netanyahu est reconnu innocent et acquitté des accusations portées contre lui, alors ce ne seront pas seulement ses partisans qui perdront complètement foi et confiance dans le système judiciaire israélien. La moitié d’Israël ne fait pas déjà confiance aux tribunaux. Lorsque vous examinez plus en profondeur les statistiques, seuls 25 % des Israéliens déclarent avoir une grande confiance dans le tribunal. Seulement 25 %.

Imaginez maintenant ce qui se passera si Netanyahu est acquitté. La confiance s’effondrera complètement, et lorsque cela se produira, la route vers l’anarchie aura été pavée. Israël se retrouvera dans une crise constitutionnelle et juridique comme jamais auparavant. Sans confiance dans les tribunaux, il y aura peu de confiance dans l’État de droit. Le tissu démocratique de base va rapidement se déliter.

Ironiquement, certains partisans de Netanyahu veulent que cela se produise. Ils veulent que le procès aille jusqu’au bout pour voir leur chef être acquitté et pouvoir enfin s’attaquer au système judiciaire israélien longtemps considéré comme une tour d’ivoire remplie d’élites déconnectées des masses.

Il suffit d’écouter certains des membres du bloc de Netanyahu à la Knesset. Ils déclarent ouvertement leur volonté de prendre un bulldozer et de démolir la Cour suprême.

Tout cela conduit à une solution qui pourrait ne pas sembler être la meilleure, mais qui donnerait en fait à Israël la réinitialisation dont il a besoin : une grâce présidentielle pour Netanyahu.

Ce serait une grâce, non pas accordée après sa condamnation, mais dès à présent. Cela permettrait à l’ancien premier ministre de prendre sa retraite dans la dignité et le respect, tout en épargnant au pays le Yom Kippour dont il n’a pas besoin.

La raison pour laquelle cela pourrait être une bonne solution est que tout le monde est contre.

Le camp pro-Bibi ne veut pas que Netanyahu se voie refuser la possibilité de retourner à la Knesset, condition nécessaire pour une grâce maintenant. Ils veulent aussi le voir gagner ce procès et ouvrir la voie à une révolution judiciaire. De l’autre côté, le camp anti-Bibi ne veut pas de pardon – ni même de négociation de peine – parce qu’il veut voir Netanyahu envoyé en prison. Rien de moins ne rendra ce camp heureux.

Parfois cependant, les meilleures idées sont celles contre lesquelles tous les partis politiques sont opposés. Je ne suis pas le premier à évoquer la perspective d’une grâce présidentielle et je ne serai pas le dernier. Mais il pourrait y avoir une opportunité en ce moment qui résoudrait également la situation politique d’Israël.

Un pardon de Netanyahu qui le voit quitter la Knesset permettra à quelqu’un d’autre de prendre le contrôle du Likud. Au moment où cela se produira, un nouveau gouvernement sera formé en Israël et le pays sera épargné d’une autre élection, une élection que la plupart des gens pensent être dans les cartes tant que le gouvernement Bennett-Lapid restera sans majorité parlementaire claire et devra continuer à s’appuyer sur les partis arabes afin d’adopter des lois. Cela pourrait fonctionner une ou deux fois, mais ce n’est pas durable à long terme.

Netanyahu acceptera-t-il même une grâce maintenant qui le verrait quitter la Knesset ? Pour le bien d’Israël, c’est une idée qui vaut la peine d’être poursuivie, une idée qui ne devrait pas être rejetée d’emblée.

Maitenant, son parti étant au plus haut dans les intentions de vote, pour quelle raison abandonnerait-il la politique, au nom d’une « retraite bien méritée »?

 

***

 

Ce qui s’est passé vendredi dernier, lorsque des membres de la police israélienne ont frappé les porteurs du cercueil de Shireen Abu Akleh lors de son cortège funèbre à Jérusalem-Est, a été une honte et une tache pour Israël et son gouvernement.

C’était une honte parce que ce n’est pas ainsi que les policiers israéliens devraient se comporter lors d’un enterrement, surtout s’ils savent pertinemment qu’il est diffusé dans le monde entier.

C’était une tache sur le gouvernement car cela soulève des questions sur l’endroit où étaient les décideurs et ce à quoi ils pouvaient donc être si occupés à faire vendredi dernier, pour que personne n’ait pensé à ordonner à la police de rester à l’écart des funérailles.

C’était aussi un peu comique. Juste un jour plus tôt, le Premier ministre Naftali Bennett s’est félicité sur les réseaux sociaux d’avoir réorganisé l’appareil de diplomatie publique d’Israël. « L’année dernière, nous avons créé une direction de la diplomatie publique et aujourd’hui nous avons vu à quel point c’est important », a tweeté le Premier ministre, après que le récit d’Israël selon lequel des preuves suffisantes n’étaient pas disponibles pour accuser les soldats de Tsahal pour la mort d’Abou Akleh ait été adopté par plusieurs médias internationaux. « Nous n’abandonnerons pas cette arène. »

 
 

C’était mercredi. Vendredi, toute la meilleure volonté qu’Israël aurait pu gagner dans le coeur des médias est passée à travers la fenêtre, en raison d’un mélange de stupidité et de mauvais maintien de l’ordre – comme on le voit trop souvent dans ce pays : la police considère chaque problème comme s’il s’agissait d’un clou, avec la seule solution viable étant de se comporter comme un marteau.

Le fait que personne n’ait réalisé qu’il devait se préparer pour les funérailles et réfléchir à l’avance à ce qu’il fallait faire relève de la négligence du gouvernement national. Où était le cabinet du premier ministre ? Où était le ministère des Affaires étrangères ? Où était le bureau du porte-parole de Tsahal ou le ministère de la Sécurité publique ? Où était la Direction de la diplomatie publique dont Bennett prétendait être si fier ?

Il aurait dû être évident que des affrontements lors des funérailles pourraient se produire et se produiraient probablement. Comment se fait-il que personne n’ait pensé à le planifier?

Ce n’est pas seulement de la négligence, mais aussi une incompréhension des défis auxquels Israël est confronté. Les guerres et le maintien de la sécurité doivent être menés aujourd’hui sur trois fronts différents : le champ de bataille où se trouvent les soldats ; le front intérieur où les roquettes atterrissent ou l’attaque terroriste a lieu ; et le front de la diplomatie publique, menant la bataille narrative dans les médias et dans les forums internationaux comme les Nations Unies.

 

La famille et les amis portent le cercueil de la journaliste d'Al Jazeera Shireen Abu Akleh, qui a été tuée lors d'un raid israélien à Jénine, lors de ses funérailles à Jérusalem, le 13 mai 2022. (Crédit : REUTERS/AMMAR AWAD)La famille et les amis portent le cercueil de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh, qui a été tuée lors d’un raid israélien à Jénine, lors de ses funérailles à Jérusalem, le 13 mai 2022. (Crédit : REUTERS/AMMAR AWAD)

En appliquant ce modèle à la mort accidentelle d’Abu Akleh, cela fonctionne comme ceci : il y avait Jénine, où elle a été tuée et où l’armée israélienne opérait contre des suspects terroristes du Jihad islamique ; il y avait le front intérieur à Elad, où l’attaque avait eu lieu quelques jours plus tôt, menée par des terroristes venus de la région de Jénine ; et il y avait le front de la diplomatie publique, où le spectacle des funérailles d’un journaliste s’est joué avec l’horrible mauvaise gestion de la police.

Ce n’est que lorsque ce paradigme sera compris qu’Israël sera en mesure de réagir efficacement, car ce n’est qu’alors qu’il planifiera chaque opération en gardant à l’esprit les retombées diplomatiques publiques.

Lorsque la police se préparera à l’avenir pour des funérailles comme celles d’Abu Akleh, elle prendra en considération non seulement les défis opérationnels consistant à contenir les foules et prévenir la violence, mais aussi les conséquences de la diplomatie publique de tout ce qu’elle fait.

Ce n’est pas la situation aujourd’hui. Bennett doit faire ce changement. Il aura alors de quoi se vanter véritablement.

jpost.com

 
 

5 commentaires

  1. Dans une démocratie, un parti politique (ici le Likoud) dans un vote démocratique élit son président (ici Netanyahu) mais d’autres élus dans d’autres partis décident qu’ils veulent bien une coalition avec le Likoud mais avec un autre président . Des journalistes, juges et policiers utilisent le mensonge, la désinformation, des procédures illégales et maffieuses et/ou de la torture psychologique et physique à l’encontre de témoins potentiels pour fabriquer un soi-disant dossier contre Netanyahu dans un pays démocratique ( ici Israël ).
    La conclusion de certains: la victime ( ici Netanyahu à savoir le plus grand Homme d’Etat d’Israël depuis sa création) de ces agissements antidémocratiques qu’on peut qualifier de fascistes devrait se sacrifier pour que ses agresseurs ne perdent pas la face. De plus les sondages en Israël montrent que Netanyahu est l’homme politique considéré comme le plus compétent pour la fonction de premier ministre. Enfin cerise sur le gâteau (ici il ne s’agit pas de science fiction) , parmi les élus qui refusent Netanyahu, certains veulent bien s’allier avec un parti islamiste ou même des hommes politiques qui ne reconnaissant pas Israël comme état juif . Le véritable drame est que les Juifs ne semblent pas mieux résister à la désinformation que les autres peuples; c’est triste après tout ce qui leur est arrivé. J’espère me tromper; on verra les résultats des prochaines élections.

    1. 1) Un pardon n’est possible qu’après un prononcé définitif d’une condamnation. Nous en sommes loins. En l’espèce, seul le président de l’État est en mesure de l’accorder sur la demande explicite du condamné.
      2) un seul petit couac de la formulation de l’acte d’accusation bde l’un des 3 dossiers, n’emporte pas l’annulation de celui-ci. Seuls les juges du siège peuvent en apprécier. La preuve, le procès continue après que le juge ait demande à la procurature de rectifier le libellé de l’acte. Parler dans ce cas de « Yom Kippour du système judiciaire relève plus de la propagande bibiste que de l’information éclairée.
      3) Sur les conseils pressants de ses avocats – pour lesquels l’issue des 3 procès ne fait pas de doute – l’inculpé Netanyahou a semblé consentir à passer une transaction avec le tribunal en avouant les délits qui lui sont reprochés moyennant une réduction de la sanction. L’opposition monomaniaque de son épouse et de son fils, auxquels il a cédé une fois de plus l’expose à une dure sanction au bout de tout le processus judiciaire.

      4)Enfin et surtout, les enquêtes de police, l’instruction des dossiers et la formulation des actes d’inculpation se sont produits entièrement sous sa gouvernance. Ce qui est valable pour lui, l’a été pour son devancier Olmert, pour l’ex président Katsav et pour d’autres ministres de son ex majorité. C’est dire si l’indépendance de la justice dans notre pays est un acquis précieux que des factieux tentent de remettre en cause sous des prétextes fallacieux. S’il n’avait pas donné des verges pour se faire battre en se mettant au dessus des lois, Netanyahou ne serait pas aujourd’hui devant une cour pénale avec ses complices. CQFD

  2. Personnellement, je n’ai pas entendu que des témoignages contre Katzav et Olmert aient été obtenus par de la torture. D’autre part, démontrer que Netanyahu s’est placé au-dessus des lois en se basant sur le fait qu’il est poursuivi par les tribunaux relève soit de l’humour soit de la mauvaise foi soit d’une erreur de raisonnement.

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