Shaked à Lapid : Arrêtes l’incitation sauvage!

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Shaked fustige Yaïr Lapid, partenaire de la coalition, après ses remarques  au mémorial de Rabin: « Arrêtes l’incitation sauvage ».

Lapid veut-il « flinguer » le prochain futur Premier Ministre : lui-même? En sabordant la fragile coalition. 

Impossible, en effet, de s’attaquer unilatéralement à l’idéologie de Netanyahu, Smotrich ou Ben Gvir et de les traiter ouvertement de complices du tueur, sans écorner d’apparemment plus libéraux comme Bennett et Shaked, sionistes religieux. Lapid commet-il une énorme gaffe ou est-ce calculé?

Ce gouvernement devait être celui du réaménagement au-delà des clivages. Lapid démontre qu’il fonce droit devant, avec la subtilité tactique du sanglier. Son incapacité à prendre du recul sur un événement aussi grave prouve qu’il ne sera pas l’homme de la situation, pour prolonger des accords censés neutraliser le penchant idéologique de chacun. La comédie de l’entente cordiale a t-elle assez duré? L’idéologie brute de décoffrage est-elle de retour?

La ministre de l’Intérieur dit qu’elle a  » grincé des dents  » lors des discours marquant la date commémorative de l’assassinat, apparemment pour désigner les discours délibérément incendiaires de Lapid et Horowitz; elle salue la décision de Pinto de Yamina, qui a finalement choisi de supprimer son tweet ouvertement anti-Netanyahu.

La ministre de l'Intérieur Ayelet Shaked lors d'une cérémonie commémorative marquant les 26 ans de l'assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, à la Knesset le 18 octobre 2021 (Olivier Fitoussi/Flash90)

La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked, mangeant son képi, lors d’une cérémonie commémorative marquant les 26 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, à la Knesset le 18 octobre 2021 (Olivier Fitoussi/Flash90)
 

Psychodrame national

Au lendemain d’une session parlementaire houleuse à la mémoire de l’ancien Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin, la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked a apparemment fustigé mardi ses partenaires de la coalition, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid et le ministre de la Santé Nitzan Horowitz pour leurs discours incendiaires et terriblement mal orientés. car les flammes qu’ils ont craché sont susceptibles de se retourner contre le gouvernement de coalition et les accords tacites qu’il avait passé pour se présenter de front commun.

Shaked, membre du parti de droite Yamina, a déclaré dans un post sur Facebook que «l’incitation sauvage» doit cesser et que le discours avait dépassé toutes les bornes.

Shaked a déclaré qu’elle n’avait initialement pas commenté lundi parce qu’elle ne voulait pas ajouter inutilement aux frictions au cours d’une journée qui devrait enseigner aux gens l’importance de gérer les divergences d’opinion.

Stigmatiser la moitié du peuple israélien

« En entendant les discours d’hier, j’ai juste grincé des dents. L’étiquetage d’une grande partie de l’électorat comme opposants et assassins de la démocratie est une terrible injustice faite aux personnes ayant une idéologie appréciée, qui sont obligées chaque année ce jour-là d’endurer des insultes et des injures, y compris [contre] leurs représentants », a-t-elle déclaré, par écrit.

« Un tel étiquetage exclut la moitié de la population du jeu démocratique ; il ne s’agit pas de préserver la démocratie, mais plutôt de montrer du mépris », a déclaré Shaked.

« Il n’y a pas de ‘bon’ contre les ‘mauvais’ ici. Ce sont des gens du peuple, et les gens doivent se respecter les uns les autres.

Le Premier ministre suppléant Yair Lapid et la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked se serrent la main après que la nouvelle coalition a obtenu l’approbation de la Knesset, 13 juin 2021 (Haim Zach / GPO)

Shaked a également déclaré qu’elle était heureuse que la députée Shirly Pinto, une autre membre de Yamina, ait supprimé un tweet portant des accusations contre le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu.

Netanyahu était également à la tête de l’opposition au moment de l’assassinat et a été accusé d’avoir attisé les flammes de l’incitation qui ont conduit au meurtre il y a 26 ans. Or il a toujours dit qu’il fallait vaincre Rabin par les élections. 

Un rituel de lavage du linge sale, au bord de la « guerre civile »

Chaque année, lorsque la Knesset marque l’anniversaire de l’assassinat, les législateurs de droite accusent les rivaux de gauche d’accuser tout un camp politique des actions d’un extrémiste, tandis que les députés et ministres de gauche rétorquent que la droite n’a pas appris le la leçon du meurtre de Rabin et continue d’inciter contre ceux qui pensent différemment.

La déclaration de Shaked est intervenue après que Lapid a déclaré lundi que les membres « d’extrême droite » ou droite nationale de la Knesset sont les «héritiers idéologiques» de l’assassin de Rabin, Yigal Amir.

L’irresponsable ministre des Affaires étrangères Yair Lapid s’exprime lors d’une cérémonie commémorative marquant les 26 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, à la Knesset, le 18 octobre 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)

« Les héritiers idéologiques de Yigal Amir servent aujourd’hui à la Knesset d’Israël. Si nous n’avions pas accompli le miracle du « changement de gouvernement », ils seraient ministres du gouvernement », a déclaré Lapid, alors que Bezalel Smotrich, qui dirige le parti du sionisme religieux, a été escorté hors du plénum par des gardes de sécurité, en criant : « Vous êtes un antisioniste. »

Amir venait d’une frange extrémiste du camp national-religieux et était membre de Eyal, un groupuscule fomenté par le gouvernement de l’époque pour montrer la totale « symétrie » entre « terrorisme juif » et « terrorisme du Hamas ».

Certains dirigeants ont organisé des manifestations dans tout le pays contre Rabin alors qu’il négociait les accords d’Oslo dans les années 1990. Mais certains agitateurs ont exploité le mouvement de foule pour ourdir un coup contre l’Etat. 

Un coup vraisemblablement monté par des cercles du pouvoir en place à l’époque?

Beaucoup de ces manifestations comprenaient des chants tels que « Rabin le traître », et certaines, fabriquées par le groupe Eyal, de l’agitateur, agent informateur du Shin Bet Raviv, comportaient des pancartes avec des images du Premier ministre portant un keffieh palestinien, ainsi qu’un cercueil de fortune avec son nom dessus.

Netanyahu, chef du parti Likoud, a en effet aidé l’extrême droite à entrer à la Knesset lors des élections de cette année, en négociant un accord entre Smotrich et Itamar Ben Gvir, qui dirige le parti néo-kahaniste Otzma Yehudit. Netanyahu a offert une place sur la liste du Likud à un député du sionisme religieux en échange de l’acceptation de la fusion par le président du parti. Cela a assuré l’entrée de Ben Gvir à la Knesset. Pourtant, les rivaux de Netanyahu ont réussi à former un gouvernement d’union sans lui.

L’an dernier, seuls Bennett et Shaked ont été menacés comme « traîtres »

Ben Gvir, qui a été tristement filmé en train de se vanter d’avoir arraché l’ornement de capot de la voiture de Rabin avant l’assassinat et d’avertir qu’il atteindrait le Premier ministre, n’était pas présent lors de la session de lundi à la Knesset.

Le président de l’opposition Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une cérémonie commémorative marquant les 26 ans de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin à la Knesset le 18 octobre 2021. (Olivier Fitoussi/ Flash90)

« Il y a une ligne claire entre l’assassinat de Rabin et l’année dernière », a déclaré Lapid dans son discours. « Les deux événements font partie de la grande lutte israélienne. Pas entre la droite et la gauche, mais entre ceux qui croient en la démocratie et ceux qui essaient de la détruire.

« Je veux dire à ces forces anti-démocratiques : nous sommes ici depuis longtemps et nous n’aen partirons pas.

Meretz : toujours l’allumette près du baril de poudre

Lors d’une réunion de la faction du Meretz lundi, Horowitz, le ministre de la Santé, a déclaré que le refus de Netanyahu d’assister à une cérémonie commémorative de l’État au mont Herzl était une « poursuite de la campagne d’incitation et de distorsion de l’histoire, et une tentative de se désengager de sa responsabilité (dans la mort de Rabin, alors qu’il n’y est directement pour rien). « 

Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz dirige une réunion des factions du parti Meretz à Jérusalem le 18 octobre 2021 (Olivier Fitoussi/Flash90)

Netanyahu a utilisé la session de la Knesset pour répondre une fois de plus aux accusations selon lesquelles il aurait joué un rôle dans l’incitation qui a conduit au meurtre de Rabin.

Netanyahu, candidat, s’était expliqué des mois avant le meurtre

« De la tribune de la Knesset, un mois avant l’assassinat, j’ai dit sans équivoque – le phénomène consistant à appeler les dirigeants israéliens des « meurtriers » et des « traîtres »… est faux, a toujours été faux, et nous le condamnons à chaque fois », a rappelé le président de l’opposition.

Après le discours de Netanyahu, Pinto de Yamina s’est tourné vers Twitter pour redoubler d’accusations de longue date et sans fondements contre Netanyahu. Elle a fait référence à des images tristement célèbres en 1995 de Netanyahu regardant d’un porche au-dessus de la place Sion à Jérusalem lors d’une manifestation de masse contre Rabin. Au cours de cette manifestation, des agitateurs du groupe Eyal ont réclamé la tête du premier ministre.

«Parfois, on dirait qu’il n’a jamais quitté ce porche. C’est l’incitateur qu’il était et l’incitateur qu’il reste », a écrit Pinto. « Cette année aussi, Netanyahu a utilisé l’assassinat de Rabin pour expliquer qu’il était en fait celui qui a été attaqué. »

Le leader de l’opposition de l’époque, Benjamin Netanyahu, surplombe un rassemblement de droite sur la place Sion à Jérusalem en 1995. Le slogan sur le panneau en dessous de lui se lit comme suit : « La nation n’a pas décidé », et a été imaginé par Hagi Ben Artzi. (capture d’écran : YouTube)

Pinto a ensuite supprimé le tweet, mais a déclaré que les gens prenaient ce qu’elle avait écrit de manière disproportionnée.

« Le meurtre n’est pas une question de droite ou de gauche. Netanyahu a incité contre le Premier ministre, contre le ministre de l’Intérieur et contre ce gouvernement pendant de nombreux mois », a-t-elle déclaré.

Bref, sortez les poubelles, la cour est pleine. Cette commémoration devient un véritable exutoire pour le psychodrame national, la démonstration honteuse d’une foire d’empoigne où tous les coups sous la ceinture sont permis. Mais les responsabilités sont beaucoup plus partagées qu’on ne le croit, quand on examine le dossier du procès qui a suivi.

Avec des commérages semblables, la démocratie va droit dans le mur. Merci Monsieur Lapid…

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