Climat de guerre civile à Beyrouth : 6 morts, 32 blessés

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La fin du modèle multiconfessionnel créé par la France?

Le Hezbollah proteste contre l’enquête

Des groupes armés se sont échangés des coups de feu, alors que le Hezbollah et ses alliés protestaient jeudi contre le juge chargé de l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth.

Des Internautes accusent, également, le Président Macron d’avoir bradé le Liban à l’Iran, en cherchant une solution de facilité, permettant d’asseoir le pouvoir du Hezbollah contre le peuple, et menant à cette situation de quasi-putsch.

14 OCTOBRE 2021   Un soldat de l'armée prend position après que des coups de feu ont éclaté sur un site près d'une manifestation qui commençait contre le juge Tarek Bitar, qui enquête sur l'explosion du port de l'année dernière, à Beyrouth, au Liban, le 14 octobre 2021. (Crédit photo : REUTERS/MOHAMED AZAKIR)Un soldat de l’armée prend position après que des coups de feu ont éclaté sur un site près d’une manifestation qui commençait contre le juge Tarek Bitar, qui enquête sur l’explosion du port de l’année dernière, à Beyrouth, au Liban, le 14 octobre 2021. (crédit photo : REUTERS/MOHAMED AZAKIR)

Au moins six personnes ont été tuées et 32 blessées alors que des hommes armés ont tiré coups de feu, lors d’une manifestation de partisans du Hezbollah contre Tarek Bitar, le juge enquêtant sur l’explosion du port de Beyrouth. Les affrontements ont débuté en direction du Palais de justice de Beyrouth jeudi, alors que les tensions autour de l’affaire continuent d’augmenter et de s’intensifier.

Les beligérants seraient parvenus à un  calme prudent; dès jeudi après-midi, selon des informations libanaises.
La fusillade aurait commencé dans la région de Tayouneh oùla rue rencontre Ain El Remmaneh et Chiyah, un site célèbre pour les affrontements sectaires pendant la guerre civile de 1975 au Liban, car il marquait la frontière entre Beyrouth Est et Beyrouth Ouest.
Peu de temps après le début des tirs, on a clairement vu des partisans du Hezbollah et d’Amal tirer en direction des bâtiments dans les zones adjacentes, avec des armes automatiques et des RPG. Ces images ont soulevé la question de savoir si les partisans chiites, qui avaient prétendu être « pacifiques », étaient venus armés pour manifester.

Une vidéo de la scène aurait montré des hommes armés se cachant derrière des poubelles et tirant vers des cibles invisibles. Une autre vidéo montre des partisans armés du Hezbollah ripostant en direction des tireurs. Des inconnus ont tiré des obus de RPG vers la zone au milieu de la violence, bien qu’on ne sache pas qui les a tirés.

Un conseil de sécurité impuissant à la rétablir

Le Premier ministre Najib Mikati a appelé au calme (!) et a exhorté le peuple libanais à ne pas se laisser « entraîner dans la sédition ». Le Conseil central de sécurité intérieure du Liban doit se réunir à 13 heures à la lumière des premières  violences qui en annoncent bien d’autres.

Le ministre libanais de l’Intérieur, Bassam Mawlawi, a souligné que le fait que des personnes ont été abattues d’une balle dans la tête par des tireurs d’élite est inadmissible, ajoutant que toutes les agences gouvernementales font leur part pour arrêter les auteurs et les traduire en justice. Mawlawi a également déclaré que les organisateurs de la manifestation avaient confirmé au ministère qu’elle serait pacifique et il a qualifié la fusillade de « crime ».

Le Hezbollah et son allié, le mouvement Amal, ont déclaré que des tireurs embusqués visaient les manifestants, avertissant que « l’attaque contre la manifestation à Tayouneh par des groupes armés et organisés vise à entraîner le pays dans une sédition intentionnelle« . Les deux mouvements ont appelé leurs partisans à se calmer et à « ne pas se laisser entraîner dans une sédition malveillante ». Nasrallah a également accusé les Etats-Unis (CIA) d’être à l’origine des affrontements.

Clivage très net entre Chrétiens et Chiites

Le journaliste affilié au Hezbollah, Ali Shoeib, a pointé du doigt Samir Geagea, président des Forces chrétiennes libanaises, jeudi, affirmant que « l’incitation que Samir Geagea a pratiquée ces derniers jours – et sa défense désespérée de l’outil de la discorde, (le Juge) Bitar – suffit à motiver les criminels meurtriers parmi ses forces. » Le Hezbollah déclare donc explicitement une guerre inter-confessionnelle contre les forces chrétiennes de Geagea, en accusant implicitement le Juge d’être partisan et le champion de ses adversaires chrétiens.  Selon le journal Al-Manar, affilié au Hezbollah, la manifestation visait à « rejeter la politisation des enquêtes sur le crime déclenchant l’explosion du port de Beyrouth et à dénoncer les décisions du juge Tarek Bitar et l’intervention américaine« .

Les deux mouvements chiites ont appelé leurs partisans au calme et à l’armée et aux forces de sécurité de rétablir la paix. Le Hezbollah et Amal ont appelé à l’arrestation et à la punition des auteurs et de ceux qui ont incité à la violence, ajoutant que leurs noms sont déjà connus.

 Des soldats de l'armée patrouillent après que des coups de feu ont éclaté, à Beyrouth, au Liban, le 14 octobre 2021. (Crédit : REUTERS/MOHAMED AZAKIR)Des soldats de l’armée patrouillent après que des coups de feu ont éclaté, à Beyrouth, au Liban, le 14 octobre 2021. (Crédit : REUTERS/MOHAMED AZAKIR)

Malgré les appels au calme lancés par le Hezbollah, une vidéo partagée sur les réseaux sociaux montrait plusieurs convois de membres du Hezbollah se dirigeant vers Beyrouth avec des armes lourdes, faisant craindre une escalade de la violence.
Plus tard jeudi après-midi, Gaegea a condamné la fusillade, affirmant que « La principale raison de ces événements découle de la circulation des armes incontrôlées et répandues qui menacent les citoyens à tout moment et en tout lieu ».

 Des soldats de l'armée sont déployés après que des coups de feu ont éclaté à Beyrouth, au Liban, le 14 octobre 2021. (crédit : AZIZ TAHER/REUTERS)Des soldats de l’armée sont déployés après que des coups de feu ont éclaté à Beyrouth, au Liban, le 14 octobre 2021. (crédit : AZIZ TAHER/REUTERS)

Le chef des Forces libanaises a appelé le gouvernement libanais à mener des « enquêtes complètes et approfondies » pour déterminer qui était responsable de la fusillade. « La paix civile est la seule richesse qui nous reste au Liban…, mais cela nécessite que nous coopérions tous pour l’atteindre », a déclaré Gaegea.
Michel Moawad, député chrétien démissionnaire et fils du président libanais assassiné René Moawad, a déclaré jeudi après-midi à MTV Liban que le comportement du Hezbollah est « extrêmement impudent et provocateur » et a averti le mouvement de ne pas « même oser penser qu’il peut nous effrayer avec ses fusils et RPG. »
« Nous voulons continuer la bataille dans la rue pour affronter ceux qui veulent détruire la souveraineté et l’entité du Liban, et détruire le système judiciaire, son indépendance et la paix civile », a ajouté Moawad.

L’armée fantôme libanaise interprète un semblant d’existence

L’armée libanaise (déjà subdivisée en brigades chiites, sunnites et chrétiennes, donc pratiquement prête à rejoindre les séditieux) a envoyé des renforts sur les lieux de l’incident, selon Al-Manar. L’armée a annoncé que les manifestants avaient été abattus alors qu’ils se rendaient au Palais de Justice et que l’armée recherchait les tireurs. L’armée libanaise a averti qu’elle tirerait sur toute personne armée ou tirant sur autrui et a demandé aux civils ameutés de quitter les rues.

 Des partisans des groupes chiites libanais Hezbollah et Amal et du mouvement chrétien Marada participent à une manifestation contre Tarek Bitar, le juge principal de l'enquête sur l'explosion du port, près du palais de justice de Beyrouth (crédit : MOHAMED AZAKIR/REUTERS)Des partisans des groupes chiites libanais Hezbollah et Amal et du mouvement chrétien Marada participent à une manifestation contre Tarek Bitar, le juge principal de l’enquête sur l’explosion du port, près du palais de justice de Beyrouth (crédit : MOHAMED AZAKIR/REUTERS)

L’INCIDENT survient alors que le Hezbollah et ses alliés font obstacle à l’enquête de Bitar, alléguant que le juge est partial et travaille à des fins politiques.

Rejet des plaintes du Hezbollah

Les journaux libanais de jeudi matin ont largement fait la une en mettant en garde contre l’effondrement du gouvernement et la violence dans les rues. Un tribunal libanais a rejeté jeudi la dernière plainte déposée contre l’enquêteur principal de l’investigation sur l’explosion du port de Beyrouth, lui permettant de reprendre le travail, selon une source judiciaire et des documents judiciaires. Le député libanais Ali Hassan Khalil, un allié du Hezbollah, avait déposé plainte après que Bitar a émis un mandat d’arrêt contre lui afin de l’interroger sur l’explosion.

Bitar accusé de travailler « pour l’étranger »

Khalil a déclaré mardi à Al-Mayadeen que l’enquête de Bitar « est illégale et dépasse de nombreux protocoles qui doivent être suivis ». Le député a en outre affirmé que le juge avait rencontré une délégation étrangère quelques minutes après avoir émis le mandat d’arrêt contre Khalil, ce qui implique une influence de puissances étrangèresHassan Nasrallah, secrétaire général du  Hezbollah, a attaqué Bitar lundi, affirmant que le juge utilise l’affaire à des fins politiques et ne veut pas découvrir la vérité sur l’explosion. Nasrallah a également demandé pourquoi Bitar n’avait interrogé que certains ministres et pas d’autres. Le dirigeant terroriste pro-iranien a averti qu’il y aurait une « escalade politique, et peut-être [une escalade] d’un autre type », ajoutant que « toutes les possibilités sont ouvertes », y compris descendre dans la rue pour y semer le chaos et la guerre civile.

Le Hezbollah inquiet et instable en Irak comme au Liban

Khalil a affirmé que l’enquête pouvait faire partie d’un plan régional et interne pour tenter de « modifier les équilibres » et qu’il disposait d’informations indiquant que l’enquête avait un objectif pour un certain groupe politique « à la demande de parties externes« . Mercredi, Hassan Fadlallah, un député affilié au Hezbollah, a carrément accusé les États-Unis d’interférer dans l’enquête. Des sources du Hezbollah et du mouvement Marada ont déclaré à la télévision libanaise Al-Jadeed que Bitar se préparait à accuser directement le Hezbollah d’être responsable de l’explosion. Les sources ont ajouté que si Bitar n’est pas immédiatement limogé, ils quitteront le gouvernement.

Geagea évite de se montrer agressif

Geagea, un opposant chrétien au Hezbollah, a appelé le « peuple libre du Liban » à se préparer à une grève générale pacifique si les opposants de Bitar tentent d’imposer leur volonté par la force. Alors que Geagea a souligné que sa déclaration n’était pas une menace, il a ajouté qu’il n’accepterait jamais qu’une « certaine réalité » (l’inféodation directe à l’Iran) soit imposée par la force. Les familles des victimes de l’explosion ont mis en garde contre le remplacement ou l’intimidation de Bitar, « quel que soit le niveau de menace », en disant aux responsables de « garder [leurs] manipulations à l’écart de la justice ». L’ex-député Mustapha Allouch a prévenu mercredi, dans une interview à la Voix du Liban, qu’une enquête internationale est nécessaire, et que la situation actuelle répète celle de l‘assassinat de l’ancien Premier ministre Rafik Hariri, alors que le Hezbollah sent que les fils de l’enquête pointent vers sa culpabilité, comme dans le meurtre de l’ancien Premier Ministre et de 222 autres victimes. Reuters a contribué à ce reportage.

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