Créolisation, quel peuple ? Gilles Falavigna

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La candidature plus ou moins formelle d’Eric Zemmour a chamboulé le paysage politique pour les élections présidentielles de 2022. Il y a une redistribution des cartes beaucoup plus marquée que la surprise de 2016-2017, quand tout était joué pour que la Droite l’emporte avec François Fillon. Un inconnu, nommé Macron, arriva comme dans un jeu de quilles avec l’image de quelqu’un qui n’est pas issu du sérail politique.

 

Le même phénomène paraît donc se dessiner avec Zemmour. Il n’est pas un homme politique, au sens avili, en fait. Le choc Zemmour porte sur un recalibrage idéologique. Il n’y a pas que pour la forme, celle qui a permis l’élection d’Emmanuel Macron. Il y a également le fond.

Pour autant, il était déjà annoncé que la campagne présidentielle serait guidée par les thèmes de la sécurité et de l’identité, les deux ne formant qu’un. La surprise n’est qu’un leurre.

 

Le parallèle d’origine entre Emmanuel Macron et Eric Zemmour, s’arrête, d’ailleurs, à cette non-appartenance à un parti, dont ils peuvent témoigner en n’ayant pas connu de mandat électif, parcours jusque-là obligatoire pour prétendre à la charge suprême. Mais le Président Macron représente l’individualisme. Ce n’est pas qu’il se dispense d’une famille politique. Elle aurait été un handicap pour cette représentation de l’individualisme.

 

Eric Zemmour, par ses idées, voudrait représenter un collectif, et il est sans famille. Ses concurrents déclarés à Droite, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ont fait le choix d’abandonner leur famille politique. En cela, ils sont davantage dans les pas d’Emmanuel Macron. Mais pour Zemmour, il est difficile de penser à Ernest Renan, auquel il se réfère, sans se rappeler que l’auteur représentait une Nation par une famille : « Nous sommes ce que vous fûtes. Nous serons ce que vous êtes. » La famille signifie servir, et non pas être servi.

 

Zemmour se réfère également à Clermont-Tonnerre, député de la Noblesse de 1789 : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus ».

Pour Zemmour, il s’agit du pacte pour la Nation qui doit s’appliquer à tous.

L’identité revient à très grands pas sur le devant de la scène. Zemmour transgresse les tabous. Aurait-il ouvert la boite de Pandore ?

 

Nicolas Sarkozy, nouveau Président de la République en 2008, promettait un débat sur l’identité.

Le 4 janvier 2011 en conseil national de l’UMP, Jean-François Coppé troque le terme d’identité nationale – « trop éruptif » – pour la formule pacte républicain, empruntée, explique-t-il, au radical Jean-Louis Borloo. On n’affronte pas le  problème. Le pacte républicain, étymologie oblige, signifie la paix. Elle ne peut être qu’une conséquence et non une cause. Il n’importe !

« Je pense qu’on a apaisé le débat et que maintenant on peut sans doute passer à autre chose, c’est-à-dire aux vraies préoccupations des Français », déclarait Alain Juppé citant « l’emploi, le pouvoir d’achat et puis aussi la justice sociale ». « La page est tournée et elle est bien tournée ». Ce n’était donc que pour le repousser de 10 ans. Mais en 10 ans, bien des choses se sont produites qui n’existeraient peut-être pas si le débat prévu avait eu lieu.

 

Quelle est la situation aujourd’hui ? La question n’a pas été éludée par tous. Et pour cause : l’identité, ce qui est identique, définit le groupe, la société. Comment imaginer vivre ensemble sans lien ? La formule choisie par Zemmour : « tout pour l’individu, rien pour le collectif » pose le paradoxe entre individu et collectif.

Puisque le débat populaire n’a pas eu lieu, les intellectuels de Gauche, puisqu’ils existent toujours, se sont chargés de le traiter. Le Gauchisme s’est appropriée la question identitaire. Elle construit un imaginaire pour produire une émotion de surface. Cette émotion est avivée par la violence.

En vitrine, il nous était présenté un dilemme nébuleux entre Islam en France et Islam de France. On nous ressort donc les Juifs de France et les Juifs en France, comme s’il y avait un problème juif. Voici les Noirs en France et les Français Noirs ?

 

Les questions sont idéologiques et reposent principalement sur des fantasmes.

La question juive est à la fois complexe et délicate pour des gens qui prônent la repentance. Ils ne sont plus depuis longtemps à une contradiction près. Mais les Juifs ne sont simplement pas le bon vecteur. Les ennemis de mes amis sont mes ennemis.

La question de l’Islam est simple mais trop frontale au discours inclusif et identitaire. Elle arrivera en second lieu. Les racialistes, au nom de l’antiracisme, autorisent par exemple, les femmes blanches voilées à participer aux « camps interdits aux Blancs ». Ils doivent préalablement racialiser l’Islam, pour reprendre l’expression de Anne-Sophie Nogaret.

Le discours Islamo-Gauchiste utilise le triptyque Apartheid-Colonialisme-Occupation. Les Noirs sont la cible idéale pour le véhiculer. Israël, bien entendu, sert de laboratoire de discours mais c’est également en qualité de représentant physique de l’Occident.

Une des figures du racialisme est Maboula Soumahoro. Cette universitaire a été formée principalement dans les écoles américaines. Son sujet est l’Afrique, sur un critère racialiste. Elle se définit Afropéenne. Elle vit en Europe, Française par la loi du sol, mais elle est d’identité africaine. Quand le déterminant est la race, l’identité par le sol est secondaire.

 

Une autre figure vient compléter le racialisme de France avec Rokhaya Diallo.

Nous retrouvons toutes les déclinaisons de la « cancel culture», du « woke » chez les racialistes indigènes. Ils veulent se libérer des chaînes qui les tiendraient en esclavage et ne peuvent accepter qu’un étranger puisse s’immiscer dans leurs affaires. Si les bandes dessinées de Tintin sont brûlées comme des milliers d’autres titres, c’est par le déni qu’un Blanc puisse parler de l’Afrique ou de l’histoire amérindienne.

Le woke, afro-américanisation de woken est l’éveil qui sous-tend qu’on ne discute qu’entre éveillés. Rokhaya Diallo a poursuivi Céline Pina pour insulte raciste. Le procès se tient actuellement. Les débats démontrent la considération, pour les racialistes indigénistes, d’être les seuls détenteurs du droit de parler de racisme.

Ainsi Zemmour en appelant à Renan ou à tous ceux qui réfléchissent à ce qui fait Nation, n’est pas en phase, avec dix années de retard, pour répondre à la propagande.

Nous nous apercevons par Maboula Soumahoro que l’influence du Gauchisme américain est très forte. Les Etats-Unis sont le fer de lance du Gauchisme, il ne faut ps s’y tromper. Le Parti Démocrate fait partie de l’Internationale Socialiste. Avec 45 millions de membres, il contrôle naturellement l’Internationale Socialiste. Son idéologie est désignée de Centre gauche et c’est une erreur. Nous avons pu constater, lors des dernières élections, que les influences de Bernie Sanders ou de Nancy Pelosi étaient prédominantes. A l’image des Etats-Unis, le Parti Démocrate est une fédération de courants de pensées, où les plus virulents sont actifs et pratiquent l’entrisme. Il y a toujours la majorité silencieuse qui suit et la minorité active qui dirige.

Si nous regardons, la réalité des idéologies racialistes aux USA, nous découvrirons deux mondes dans cette Nation.

8% des afro-américains ont voté pour Donald Trump en 2016. Ils ont été autour de 35%, en 2020, à se prononcer en sa faveur. L’argumentaire avancé par ces derniers contre l’idéologie Black Lives Matter est donc intéressante à reconnaître.

– La victimisation : Elle vise à déresponsabiliser. Être une victime construit une identité première. Il y a perte de l’identité profonde et véritable qui définit l’individu.

– La lutte contre le manque de diversité : elle développe la dépendance aux Blancs. Surtout, elle annule la diversité d’opinions entre Noirs.

– La violence urbaine : 48% des victimes sont Noires. 53% des criminels sont Noirs, pour 13% de la population. Le nombre total de meurtres de Noirs par des Blancs de 1882 à 1968, est dépassé tous les 6 mois par le nombre de meurtres de Noirs par des Noirs depuis l’ère des droits civils. L’idéologie BLM tend à se désintéresser de ce phénomène que devraient combattre les Noirs en tant qu’identité Noire.

– La structure familiale : 75% des naissances au sein de la communauté afro-américaine sont dans une structure monoparentale. Selon les études il y a un rejet du père, de son image, ce qui conduirait à la violence.

Il n’est pas question de racisme dans leur argumentaire puisqu’il ne serait pas la cause du problème.

Il y a une mécanique énoncée par les conservateurs afro-américains pour rejeter l’idéologie BLM. La victimisation engendre l’assistance et la discrimination positive qui renforcent la dépendance, comme une drogue.

L’idéologie de Gauche se nourrit de l’attitude générale. Plus les villes sont de Gauche, plus les phénomènes décrits sont vivaces, selon la Droite américaine.

Durant la crise liée à l’affaire Floyd, en 2020, les conservateurs afro-américains mettaient en évidence que tous les jours, des adolescents et de jeunes enfants Noirs étaient assassinés pour des affaires de drogues ou par des tirs involontaires. Pendant ce temps, l’intelligentsia réclamait le désarmement de la police.

Il y a le monde réel d’un côté et tous les fantasmes de l’autre. Dans cet autre univers, les statues sont déboulonnées. Les livres sont brûlés. Et les plus actifs de BLM sont Blancs. Les Etats-Unis sont le pays de l’imaginaire et Hollywood en est le phare. C’est le deuxième monde, celui qui écrit un scénario, utilise les dialogues qu’il faut, règle l’image et le son et habille les acteurs qui jouent un jeu.

La 92e cérémonie des Oscars s’est déroulée en février 2020 à Los Angeles. Le grand vainqueur de l’édition est le film « Parasite » du coréen Bong-Joon Ho, lui-même oscarisé pour l’occasion. Pour la première fois en 92 éditions, un film étranger remporte l’Oscar du meilleur film.

Le film Nomadland est le grand vainqueur de la 93e édition des Oscars de cette année. La cérémonie intervient après l’élection présidentielle avec la victoire de Biden, et les étoiles se sont un peu calmées, crises économique et sanitaire aidant.

L’univers hollywoodien a depuis longtemps une conscience politique et le mouvement #OscarsSoWhite y est actif depuis des années. En effet, le cinéma peine à présenter un super-héros qui ne serait pas blanc.

Une partie importante de la question pourrait être que le marché du divertissement répond à ses lois naturelles. Un des rôles d’une fiction tient à la capacité du spectateur à s’identifier à un personnage. C’est ce qui permet l’émotion. Il peut y avoir de la compassion et le film Amistad de Steven Spielberg le démontre. Mais ce film rapporte un fait historique. C’est, alors, la réalité qui forge l’émotion et non pas la fiction. La tragédie, selon Aristote, repose sur la Mimèsis, d’une part, et la Catharsis, d’autre part.  C’est-à-dire que la crédibilité repose sur l’authenticité, imitation du réel, d’une part, et la purification par la séparation du Bien et du Mal, d’autre part. Le spectateur doit se nourrir de sentiments et c’est sur ce point qu’il peut s’identifier aux personnages.

Il y a des sentiments universels. Pour le film Amistad, il s’agit du regard sur l’esclavage par les esclaves, de la servitude mais surtout de la révolte face à l’inacceptable. A ce titre, l’esclavage peut prendre de nombreuses formes. Jusque-là, il y a un tronc commun à la pensée de Droite et celle de Gauche. Il sera question de ce qui est acceptable et de ce qui est inacceptable dans la servitude. On doit se rappeler que 80% des Hébreux sont restés en Egypte et que l’Egypte, Misraïm, signifie limites. Et le Blanc est touché par l’Esclave Noir parce qu’il peut s’y identifier pour d’autres raisons que la couleur de la peau.

Revenons à la France. Nous avons eu, par le débat entre Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon, un aperçu de l’idéal de paix que représenterait la créolisation. Les îles toucheraient l’idéal du vivre-ensemble. Ne sont-elles pas paradisiaques ? C’est l’idéal du métissage. C’est l’entrée gratuite pour le meilleur des mondes : l’universalisme. Là aussi, la Gauche, aux frontières du Gauchisme, construit un imaginaire. Mélenchon vante la paix par le métissage, une créolisation qui permet que chacun ait un peu de l’Autre en soi. Mais les mots ont un sens. Ils dévoilent la vérité. Créole signifie esclave, serviteur, du portugais crioulo. Bienvenue en dhimmitude.

Qu’est-ce qu’une nation ? Epaulé par Ernest Renan, Zemmour nous explique que notre Nation est de tradition gréco-romaine, de religion chrétienne, et que nous partageons la volonté de vivre ensemble dans ce pays.

Soit ! Mais ceci est bien théorique. Les sociologues ont défini 5 piliers à la Nation en dénominateurs communs, ce qui postule, bien évidemment d’une volonté commune. En réalité, il est simplement question de compatibilité et d’incompatibilité. La langue doit être commune, ainsi que la religion, la culture, et enfin un territoire non disputé.Dans un ensemble multiculturel, la créolisation ne pose pas vraiment de problème. Le point de divergence sera culturel mais il n’y a pas d’incompatibilité. Il y aura domination de l’un par l’autre. Cela n’entrave pas la compatibilité.

Jusque là le terme créolisation de Mélenchon dissimulait l’islam, ce communautarisme subi en france.

Le principe racialiste d’afropéen avancé par Maboula Soumahoro revendique la propriété du sol. Selon ces théories, l’Africain considère que coloniser l’Europe est légitime en rétribution des siècles de souffrances subies par son peuple. Maboula, qui n’est pas folle, reproduit le schéma afro-américain et la proximité avec l’esclavage. La repentance et la soumission de l’Européen sont les leviers de la conquête par les Noirs. Ils sont un seul peuple puisque Cheik Anta Diop l’a dit en puisant dans un imaginaire africain.

Malheureusement Eric Zemmour, qui présenter en dernier espoir d’une civilisation judéo-chrétienne,  ne semble pas avoir identifié ce que tramait l’Islamo-gauchisme derrière Mélenchon et sa présentation du monde créolisé. Comme pour les commentaires éclairés du récit biblique, si Ishmael est le serpent qui s’attaque à Adam, un cavalier dissimulé chevauche le serpent et il s’agit d’Essav.

C’est cela, l’Islamo-gauchisme. Ce n’est pas l’alliance de l’Islam et du Gauchisme. C’est le Gauchisme manipulant l’Islam pour le conduire au racialisme. Manipuler, les mots ont un sens, est un terme du manège équestre, la conduite par la main. C’est l’image biblique d’Essav dissimulé chevauchant Ishmaël.

Alors reste-t-il un espoir ? Tout vient d’Amérique et peut-être que les remèdes en viendront également. L’émotion produite par l’idéologie de Gauche est celle qui fait tirer une larme devant une fiction au cinéma. L’émotion produite par l’idéologie de Droite touche un vécu et par cela est plus profonde.

Les questions politiques intérieures ont toujours été déterminantes aux USA. La question identitaire est de plus en plus essentielle. Trump, qui n’a pas dit son dernier mot, est encore un recours pour 2024 contre une politisation éloignée des préoccupations, sujet majeur comme ici. Mike Pence serait le leader naturel du Parti Républicain. Nikky Haley ne cesse d’accroître sa position de présidentiable. Elle bénéficie d’une excellente image. Mais qu’y a-t-il de véritablement neuf et ressenti comme authentique ?

« La vie des Noirs compte » est une pensée de Blanc. En conséquence cartésienne, le Noir qui s’y affilie n’est pas. Il ne pense pas par lui-même. C’est le leitmotiv de nombreux Noirs qui, en opposition, appellent à penser par soi-même. « Cogito ergo sum ».

Une génération d’intellectuels afro-américains est très active. Elle occupe un terrain fragile. Mais une nouvelle génération arrive, plus ancrée dans son temps.

Les aînés sont issus des batailles pour les droits civiques.

Vernon Jones

Le député afro-américain de Géorgie, ancien membre du Parti Démocrate, s’engage pour l’élection de gouverneur de Géorgie. De l’intérieur de l’organisation de Gauche, il comparait cette structure aux plantations esclavagistes. L’intellectuel afro-américain y est le « bon Nègre ».

Dans ce constat un Noir ne peut penser par lui-même, avoir une réflexion différente du Maître démocrate blanc. Il ne peut, sinon, qu’être affilié à la corruption.

Cornel West

Le professeur afro-américain de Harvard et de Princeton est la figure marquante des « African-American studies ». Considéré comme un des plus grands philosophes américains contemporains, il est associé à la pensée de Malcolm X et des Black Panthers.

Mais il développe profondément la pensée pragmatique. Le sens d’une action est celle de ses conséquences. Cornel West parle de pragmaticisme.

Cornel West remarque ainsi la réalité pragmatique du racisme du Parti Démocrate. Joe Biden a choisi son vice-président parmi la population féminine afro-américaine. Comment Kamalia Harris peut-elle accepter, sans humiliation, d’être choisie, non pour ses compétences mais parce que Femme, parce que Noire ? Au-delà d’une orientation politique, la démarche est raciste puisqu’il s’agirait bien du premier déterminant du Vice-Président d’une administration Biden.

Leo Terrell

L’avocat afro-américain californien des Droits civiques a été rendu célèbre par le Terrell and Katz Show. Leo Terrell rejoint le rang des afro-américains derrière Donald Trump pour 2020 avec la plus grande détermination. Il est de ceux qui auront fait passer le vote afro-américain à Droite.

Larry Elder

L’avocat afro-américain est depuis toujours marqué à Droite. Se définissant Libertarien, il vote Républicain. Auteur, homme de cinéma et de télévision, son influence est importante au sein de la communauté afro-américaine. Son film : Redefining Racism: Fresh Voices from Black America a défini un nouveau paradigme du racisme négrophobe. Larry Elder revendique le droit pour les Noirs à être patriotes, libéraux, socialement conservateurs, et de pouvoir se battre pour ce droit.

La nouvelle génération est également particulièrement combative.

Candace Owens

Jeune afro-américaine de 30 ans, fondamentalement conservatrice, elle est diplômée de Stanford.

Lors de ses études, elle reçoit des appels racistes menaçants. Elle ne se laisse pas intimider. Un de ses agresseurs est identifié. Il s’agit du fils du gouverneur démocrate du Connecticut.

Candace Owens est une des premières intellectuelles à être ouvertement passée de convictions de Gauche à des convictions de Droite.

Pour elle, au-delà de la sémantique, Black Lives Matter signifie que la décision appartient aux Blancs, que l’esclavage n’a résulté que d’un état d’infériorité. Le Noir n’est l’égal du Blanc que parce que ce dernier le veut bien. C’est pourquoi Candace Owens affirme préférer le suprématisme blanc au BLM.

De plus, cette nouvelle génération afro-américaine s’affirme décomplexée. Un des leaders du mouvement des Free Thinkers project est CJ Pearson qui vient à peine de fêter ses 20 ans. Il est, depuis deux ans, qualifié par la presse institutionnelle de « pire cauchemar de la Gauche ».

CJ Pearson est porteur d’émotion. Il défend sa pensée de Droite au plus profond de son cœur, de manière plus viscérale et irrationnelle que le faisait le révérend Martin Luther King évoquant son rêve.

La nouvelle pensée de Droite, portée par la communauté afro-américaine, est révolutionnaire. Elle inverse les valeurs d’ordre et de mouvement. Plus exactement, elle établit une égalité entre les valeurs de raison et d’émotion. Jusque-là et paradoxalement, la pensée dominante, de Gauche, était fondamentalement inégalitaire et exclusive. Le concept de réactionnaire en est l’expression d’une valeur inférieure à l’action. Le rôle de l’individu dans la société est désormais différent. Il peut lutter pour l’Ordre. La Droite construit et elle se battra au-delà des valeurs de respect qui l’animent.

De manière globale, la pensée de Gauche est dictée par l’émotion facile et la pensée de Droite par la raison. A travers ce constat, force est de reconnaître que la pensée de Droite est plus logique, plus structurée, plus pertinente et plus profonde que celle de Gauche. Elle est ancrée dans le présent, dans le vécu.

Mais notre société est de plus en plus superficielle. Elle réagit aux apparences, aux illusions et donc aux « fake news » pour les amplifier. La société est un algorithme qui construit l’individualisme, et les sentiments qui l’accompagnent de plus en plus loin de la réalité. L’émotion devient la cogito-immunisation, pour paraphraser Frédéric Nietzsche, d’une réalité trop dure pour être acceptée, celle qui dévoile que nous nous sommes construits sur une erreur. L’espoir de la Gauche est dans les apparences.

La force de cette nouvelle pensée de Droite est d’équilibrer la raison et l’émotion en chargeant cette dernière du concret. C’est également ce qui forge la pensée juive.

Dans ce contexte identitaire, les Juifs, comme toujours, marquent une spécificité. Il s’agit d’une Nation, ce que rêvent de bâtir tous les autres. Elle est bien petite mais elle existe depuis trois mille ans.

Le Judaïsme et la construction d’Israël permettent une compréhension de l’actualité, comme l’actualité peut avoir vocation à ouvrir au Judaïsme. En l’occurrence, la dimension spirituelle qu’apporte Tsiporah à Moshé n’échappera à personne. L’épouse de Moshé est Noire. C’est elle qui agit pour faire quitter l’Egypte et ses limites au peuple hébreu. Plus tard, qui, plus que la Sulamite du Cantique des cantiques, témoignera publiquement de son amour pour Jérusalem ? Ha Shoulamit se définit elle-même Noire. Elle est porteuse du Shalom. Sans elle, il n’y a pas de retour à Jérusalem de l’exil de Babylone. Quid de l’exil de Rome ? Au regard de la Lumière des Nations en des temps messianiques, le mouvement actuel afro-américain peut, éventuellement, apporter une réponse parmi 70 autres.

Jamais, depuis 70 ans, l’équilibre du monde, l’équilibre des idées, n’aura autant dépendu d’Israël. Les accords d’Abraham et l’élection de Joe Biden sonnent consécutivement le retrait américain de la zone Moyen-Orientale, et placent Israël en première ligne, en substitut.

Peut-être est-ce cette considération géopolitique qui manque le plus au candidat pré-déclaré Zemmour. Il n’est pas Sioniste. Il lui manque cet équilibre si précieux au génie du Judaïsme qui le placerait en meilleure position de défendre ce qui lui est cher. Il faudrait selon son fonctionnement, tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus (comme à toute autre communauté) .

Cette considération n’est pas seulement d’arrière-garde. Elle est également condescendante et aujourd’hui inacceptable. Eric, frère Eric, ne vois-tu rien venir ?

 

Par Gilles Falavigna

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