Talibans, Abdeslam : vers l’épilogue d’un conflit de Vérités ?

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Talibans, Abdeslam : vers l’épilogue d’un conflit de vérités ?

Le 8 septembre 2021, le procès de Salah Abdeslam, dernier survivant du commando des attentats du 13 novembre 2015 (et du massacre de 130 personnes) s’est ouvert devant la Cour d’assises spéciale de Paris. Pour la première fois (depuis 6 ans) le prévenu a livré sa position aux juges, ce que la presse a considéré être une provocation. Corrélativement, le départ des américains d’Afghanistan, le 31 août 2021, a été largement critiqué dans la presse, puisque livrant la population afghane à la cruauté et la barbarie des talibans. En réalité, les premiers mots d’Abdeslam et l’instauration d’une dictature islamique en Afghanistan pourraient bien n’être que l’épilogue d’un conflit de Vérités : libertés démocratiques vs obscurantisme islamique.

Au cours des 6 dernières années, Salah Abdeslam a préféré garder le silence lors des interrogatoires. C’était son droit, tout au moins, le droit que lui accorde la société démocratique française. Il est donc important de connaître le fond de sa pensée et son positionnement, plusieurs années après, sur l’horreur perpétrée par les co-auteurs. Si ses premiers mots ont surpris la presse (qui considère qu’il se moque des victimes et des juges qui l’interrogent), il n’a fait qu’exprimer sa Vérité.

Tout d’abord, Abdeslam a lancé : « je tiens à témoigner qu’il n’y a pas de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager ». Bien évidemment, il ne s’agit pas d’un outrage fait aux juges mais juste de l’énoncé de la Shahada, c’est-à-dire le témoignage (pilier de la foi musulmane) que tout musulman doit prononcer plusieurs fois par jour (en arabe : Lah illaha illala Mohamad rasoul loulah). Autrement dit, il a simplement exprimé sa fidélité à la Vérité islamique. Or, cette foi en Allah est ancrée au plus profond de lui-même, tel un aspect fondamental de sa personnalité : il est musulman (c’est-à-dire soumis à Allah) et n’écoute aucune autre Vérité que celle contenue dans le Coran (rappelons que dans sa Vérité, il n’y a pas d’autre religion que celle qui impose la soumission à Allah, sourate 3 verset 19).

Il a ensuite apporté des précisions sur son rôle dans l’opération, ce que les juges et la presse n’ont pas forcément perçu : « j’ai délaissé toute profession pour devenir un combattant de l’État islamique ». Effectivement, en Islam, il est fondamental pour les croyants de mener le djihad : si le grand djihad est la lutte contre les mauvais penchants, le petit jihad est un combat contre les ennemis de l’Islam : « combattez-les jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah.» (s 8, v 39), « Que les mécréants ne pensent pas qu’ils Nous ont échappé.» (s 8, v 59 et 60), « Tuez les incroyants où que vous les trouviez » (s9 v5), « Lorsque vous rencontrez ceux qui ont mécru, frappez les au cou » (s47 v4)…

Salah Abdeslam n’est donc qu’un combattant, en tout état de cause non tenu de s’expliquer devant des juges qu’il considère « mécréants ». En effet, « les croyants combattent dans le chemin d’Allah. Il faut combattre « les suppôts de Satan car les stratagèmes du démon sont impuissants » (Sourate 4, Verset 76). Il n’a d’ailleurs aucun doute sur l’issue de son combat : « o croyants, si vous faites triompher la cause d’Allah, il vous assistera et affermira vos pas » (Sourate 47 verset 7).

Bien évidemment, Salah Abdeslam connait les prérogatives que lui accorde la société démocratique : s’estimant bafoué dans ses droits (ainsi que les autres personnes dans le boxe), il a reproché à la justice française de traiter les accusés « comme des chiens ». Il n’a donc pas manqué de rappeler le principe de la présomption d’innocence dont jouissent les prévenus avant d’avoir été jugés : « On est présumé innocents. Pourquoi subit-on une sanction alors qu’on n’a pas encore été jugé ? Même si ne je cautionne pas votre justice. Il y a d’autres victimes ».

Il a donc immédiatement renchéri pour illustrer l’absence de doute sur la Vérité dans laquelle il croit le plus : « Si je ne me suis jamais plaint, c’est parce qu’après la mort on sera ressuscité ». En fait, Salah Abdeslam sait qu’il aura droit à une récompense : « ceux qui veulent changer la vie présente contre celle de l’Au-delà combattent dans le chemin d’Allah. Qu’ils succombent ou qu’ils soient vainqueurs, nous leur accorderons une généreuse récompense » (Sourate 4, Verset 74). Ainsi, et logiquement, il ne craint donc pas la justice française, puisque seule compte, la Justice d’Allah (ce qui n’est pas toujours facile à admettre d’un point de vue occidental).

De même, les auteurs de l’attentat ne sont pas coupables car ceux qui combattent pour Allah ne sont pas responsables : « Vous ne les avez pas tués. C’est Allah qui les a tués. Lorsque tu portes un coup, ce n’est pas toi qui le portes, mais Allah qui éprouve ainsi les Croyants par une belle épreuve» (Sourate 8 verset 17)…

Corrélativement, les évènements qui se produisent en Afghanistan laissent entendre que la période actuelle pourrait bien être celle d’un épilogue du conflit des Vérités : celle qui accorde à l’homme les prérogatives de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, face à celle qui lui oblige une soumission à Allah et aux principes coraniques (alors qu’il n’en a pas forcément envie).

Dans  la Vérité de l’Islam, le monde doit embrasser la religion de Mahomet à la fin des temps: « Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de luttes doctrinales (guerre civile, désordre civil) et qu’il n’y ait pas d’autre religion que celle de Allah. S’ils cessent Allah le verra » (Sourate 8, Verset 39). Or, ce qui se produit en Afghanistan est une remise en question complète de cette Vérité.

Depuis le retrait des Américains, les manifestations se multiplient dans le pays. Le gouvernement afghan ne comprend aucune femme, contrairement aux promesses  faites. Certains ministres font partie des terroristes enfermés, un temps, dans la prison américaine de Guantanamo. Il a même été annoncé le retour d’un Ministère pour la Promotion de la vertu et la Répression du vice, chargé de faire respecter strictement la loi islamique.

Dans son discours inaugural, le chef suprême des talibans a fait référence aux valeurs des sociétés démocratiques : « Tous les Afghans, sans distinction ni exception, auront le droit de vivre dans la dignité et la paix dans leur propre pays », tout en invitant le nouveau gouvernement à « faire respecter la charia » (ce dont les femmes afghanes ne veulent pas).

Lors des manifestations, les femmes afghanes ont scandé « liberté, liberté, résistance », aspirant à conserver leurs droits à l’éducation, au travail, à la participation politique : « Nous voulons faire comprendre aux Talibans qu’ils ne peuvent pas nous effacer de la société ». Les femmes afghanes ne veulent plus du statut qui prévalait sous le régime taliban version 1996-2001, sans droit à l’éducation, à celui de travailler, obligées de se déplacer dans les rue accompagnées d’une présence masculine, revêtue d’une burqa leur couvrant intégralement le corps (les jeunes filles étant tenue de revêtir un niqab qui ne laisse apparaître que leurs yeux dans des classes sans mixité, et privées d’activité sportive…)

Le conflit des Vérités démocratique et islamique (et du choix sociétal idéal) devrait donc voir son dénouement, prochainement, grâce aux femmes afghanes. Le totalitarisme que les talibans souhaitent imposer, devrait donc avoir le même sort que le nazisme, le communisme soviétique, ou tout autre type de formatage intellectuel…et ce, grâce au départ des américains d’Afghanistan.

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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