Klugman à Kaboul : le populisme de Gauche est-il tolérable ?

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Le populisme de Gauche est-il tolérable ?

Par Gilles Falavigna

Une mauvaise surprise feinte?

La tragédie de Kaboul coupe le souffle de la bien-pensance. Comme toute tragédie, l’effet de surprise est total. L’inattendu domine et avive les prises de conscience.

« Que s’est-il passé ? » Se questionnent les experts.

Lorsqu’un conflit débute, l’expert est invité à expliquer ce qu’il va se passer et, généralement, il se trompe. Qu’importe, c’est lui l’expert !

Lorsqu’une catastrophe vient de se dérouler, l’expert est invité à expliquer les raisons de l’échec. Qu’attendre de quelqu’un qui se trompe dans son analyse d’une situation ? Eh bien qu’il répète son erreur. Le regard de l’expert se trompe sur le passé, sur le présent et sur le futur. Il est probable que l’erreur initiale engendre les deux suivantes.

Emotion über Alles

Toutes les organisations se mobilisent pour aider les Afghans. Le débat ne porte pas s’il faut en accueillir certains, et comment. Le débat porte sur l’accueil de tous les Afghans, sans la moindre distinction ni vérification. « Refugees welcome ! »

Comment se mobilisent-elles ? Par un discours strictement émotionnel : il faut sauver les Afghans.

Comment pourrait-on ne pas souhaiter qu’ils échappent aux meurtres, aux viols, à la totale soumission, à la barbarie la plus terrible ?

Mais la question est-elle véritablement celle-ci ?

La tragédie de Kaboul a lieu en août et l’Occident apprend la terrible nouvelle pendant ses vacances. C’est effectivement terrible.

L’impensé de l’impermanence

Pourtant, le retrait des troupes américaines est prévu de longue date, depuis une dizaine d’années. Comme en Irak, les troupes américaines n’ont jamais eu vocation à rester mais à assurer une transition démocratique.

Le Président Trump avait programmé le départ d’Afghanistan pour le 11 septembre 2021, symbole marquant du vingtième anniversaire des attentats.

Mais symbole pour symbole, Joe Biden a avancé le départ au 4 juillet, marquant ainsi par la coïncidence avec la fête nationale américaine, le caractère de politique intérieure des opérations. Le sort des Afghans ne semble pas être un paramètre important.

De l’accord de Doha, signé en février 2020, entre les Talibans et le gouvernement afghan, et la conférence d’Istanbul en avril 2021, les négociations ne permettent aucun doute et un accord est finalement trouvé pour que les troupes américaines quittent le territoire afghan pour le 31 août au plus tard, condition première à un accord de paix.

Alors la stupeur de la découverte du retrait américain et l’effroi du chaos qui l’accompagne ne peuvent témoigner que de la méconnaissance du dossier dans le meilleur des cas, et de l’indifférence dans le pire des cas, la seconde option allant naturellement de pair avec la première.

 

Voilà au minimum 20 ans que les crimes des Talibans et Islamistes de la même espèce sont connus.

La pensée de Gauche qui anime les débats est, comme toujours, prompte à donner des leçons. Elle se proclame la voix du cœur, seule voie acceptable, et en conséquence, tout écart à leur définition du cœur n’a pas voix au chapitre.

Un fondamental permet de cerner le symptôme de l’idéologie de Gauche par une analyse qui dépasse la surface nerveuse : Toute opinion peut-elle s’exprimer ?

Indubitablement, oui ! Sur quelle base intellectuelle la supériorité d’une autre devrait-elle l’interdire ? Si la pensée de Gauche ne valide pas cette interrogation, il importe de rester cohérent. Il importe de permettre à l’autre de s’exprimer. Par contre, il n’est pas un droit mais un devoir d’y apporter une contradiction car qui ne dit mot consent.

La faute à l’Autre, Américain

Le populisme de Gauche draine ses adeptes en flattant leur ego. Le populisme leur affirme la dimension spectaculaire de leur cœur, une forme d’injonction paradoxale reprise par la formule  « indignez-vous ! » Il n’y a pourtant aucune profondeur de cœur, aucun élan solide quand la réflexion n’est pas sollicitée. Ce n’est qu’une réaction épidermique, une pulsion de l’âme animale.

Kaboul s’enfonce dans les ténèbres. Par définition, une tragédie est le spectacle d’un conflit intérieur face à l’inéluctabilité d’un destin. La pensée de Gauche regarde l’inéluctabilité et souffre. Elle ne sait pas culpabiliser. Elle ne peut pas être coupable puisqu’elle représente le Bien.

Alors il faut trouver le responsable. La bonne morale le trouvera et le fera payer. C’est le discours de Joe Biden à la suite des attentats de l’aéroport de Kaboul.

Pourtant, le dimanche 7 mars 2021, l’administration Biden présente à Doha sa nouvelle feuille de route qui prévoit un gouvernement de transition.

Jamais eu d’autre gouvernement que fantoche

Elle est rejetée catégoriquement par le Président afghan, Ashraf Ghani.  Dès le mois de mars 2021, l’Occident sait que le départ américain se déroulera dans la violence. D’ailleurs, tous les indicateurs médiatiques à partir du début août établissent un parallèle avec la chute de Saïgon en 1975. Les images des hélicoptères jetés des porte-avions pour faire de la place aux réfugiés ont refait le tour des salles de presse. Si on nous affirme que les scènes d’horreur ne se reproduiront pas, nous sommes en droit d’espérer que la situation est sous contrôle parce qu’elle a été anticipée.

Le déni des réalités, en premier lieu, puis la culpabilisation en second lieu sont les caractéristiques du populisme de Gauche. Le vocabulaire de Gauche les qualifierait d’indécents.

Le populisme de Gauche – il faudra bien finir par reconnaître le pléonasme – fait la promotion de la paix. C’est un idéal. Mais pour atteindre son idéal, il sera prêt à toutes les atrocités.

 

L’Adepte du camp du Bien

Patrick Klugman pourrait être l’archétype du populiste de Gauche. Ce qui est marquant chez l’ancien président de l’Union des étudiants Juifs de France et vice-président de SOS-Racisme, est la manière dont il est suivi. A l’époque contemporaine, les réseaux sociaux font l’information. Peu importe ce qui est dit, ce qui compte est qui le dit. Nous sommes à l’ère du culte des idoles. Patrick Klugman est l’une de celles-ci. Il est une image de la bien-pensance par la diversité. Il se définit « Sioniste pro-palestinien ». Le journal Libération l’adore. Sans faire de stéréotype, nous pourrions convenir, par cet adoubement, avoir fait le tour du personnage. Mais il est intéressant de développer.

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Patrick Klugman vient de publier une tribune titrée : « Notre défaite afghane ».

Si on lit à l’envers en commençant par les commentaires sur Facebook, il y a une unanimité derrière le discours. Ce ne sont que félicitations et sentiment de solidarité. Quand on affirme que la dialectique matérialiste se fiche du fond pour idolâtrer la personne, un exemple de commentaire mérite d’être remonté, tant il exprime le creux de l’intervention,  sans le moindre complexe dans l’extase de la posture béate.

Voici :

« ce qui est drôle c’est que j’ai écrit mon commentaire et qu’ensuite j’ai lu le texte de patrick qui donne le même exemple… »

Peu importe ce qui est dit ! Ici, le vecteur de la mort en Afghanistan est l’idiot utile qui permet de se positionner à l’égal de son maître.

Pourtant, il n’est pratiquement rien de ce qui est avancé qui ne soit contestable, à commencer par le titre, « Notre défaite afghane ». Nous l’avons vu, le retrait américain est le résultat d’un long processus de négociation, favorable, en réalité, aux Américains. S’il ne l’était pas, Joe Biden n’aurait pas réaffirmé le retrait des troupes après les attentats.

Faillite d’un Etat failli, ou le pléonasme afghan

Klugman avance des absolus. Il ne resterait rien debout. La faillite serait totale.

Comment qualifierait-il dès lors les accords de Munich ?!

Mais quand les valeurs sont superficielles, sans connexion entre l’émotion et la raison, les références historiques sont une supercherie. L’expérience n’éclaire que le chemin parcouru, dit-on. Encore faut-il des yeux pour voir, et sans connexion avec le réel, la réflexion est trahie. Après le Conférence de Munich en 1938, le député socialiste Marcel Déat écrit une tribune en 1939 qui devra rester gravée : Mourir pour Dantzig.

Marcel Déat témoigna alors d’une solidarité fervente avec les Polonais. Mais mourir pour eux et pour le capitalisme, non !

L’idéologie de Gauche, pacifiste, refusait la guerre inéluctable. La défaite n’est pas dans l’esprit munichois. Celui-ci est le refus d’affronter les vrais problèmes.

Le socialiste Marcel Déat n’est pas mort pour Gdansk. Il est ensuite devenu un apôtre de l’ultra-collaboration au régime nazi.

La défaite contre le nazisme ne date pas de Munich. D’ailleurs, la formule attribuée à Churchill de choisir le déshonneur pour éviter la guerre et d’avoir la guerre est apocryphe, c’est du roman.

Il y a eu des batailles. La réalité est que l’Allemagne nazie a été vaincue.

On peut toujours se lamenter du départ des américains d’Afghanistan. Mais le conflit avec l’Islamisme est loin d’être perdu. Et ceux qui se veulent un oracle échouent piteusement sous l’éclat de rire des Dieux, se permettait Albert Einstein dans ses visions du monde.

L’accueil migrant substitut à la victoire civilisationnelle?

Cette Gauche populiste est porteuse de morale facile. Elle en est donneuse de leçons mais à aucun moment ne se remet en cause. La responsabilité est toujours attribuée aux autres. Le populisme est victimaire. Si l’Histoire ne correspond pas à son narratif, elle est falsifiée.

La déconnexion d’un Klugman est, elle, totale.

Il parle donc de notre défaite de Kaboul. Elle serait la faillite absolue de l’Occident. Son texte indigent se veut une alternative à la catastrophe. Nous avons eu la guerre mais nous pouvons sauver notre honneur, en référence inversée, peut-être, à l’esprit munichois.

Mais la boussole populiste ne perd pas le Nord.

Pour lui, nous avons perdu, définitivement. Il est dans la lignée d’un Marcel Déat pour qui se battre contre l’Allemagne nazie était mourir car la victoire n’était pas une option. Mais, pour Klugman, nous pourrions rester debout droit dans nos bottes. Pour cela, il suffirait que notre gouvernement, plutôt que de se préoccuper de filière migratoires, mette en place des routes d’asile. Il suffirait que chaque contestataire abandonne le motif de ses revendications pour se consacrer au sort des Afghans.

Il est à supposer que Patrick Klugman s’est longtemps bercé de Jean-Jacques Goldman : « S’il suffisait qu’on s’aime, s’il suffisait d’aimer, nous ferions de ce rêve un monde. »

Appel au narcissisme anti-Pass à ouvrir les yeux?

C’est beau la Gauche ! Le problème n’est pas de manquer de rêve. Le problème n’est pas un pessimisme qui limiterait les réalisations. Lekh lekha ! Le problème est le mensonge d’un soi-disant meilleur des mondes. Le problème est le mensonge sémiotique. Le discours populiste de Gauche n’est qu’une suite de syllogismes.

« Si les anti-pass sanitaire posaient un instant leur regard vers les vrais opprimés… » Non seulement l’un n’empêche pas l’autre car il n’y a aucune contradiction, mais surtout cela ne changerait strictement rien au sort des Afghans.

Avec Klugman, chacun a droit à sa remise en cause pour pas cher. Nous sommes dans l’abstrait, celui dans lequel les vœux de nouvel an ne seraient plus trop envoyés s’ils devaient coûter quelque chose à ceux qui les émettent.

Il n’y a plus aucun sens de la mesure. Tout est en absolu. Il y a le Bien contre le Mal. Le populisme parle d’honneur, poésie du devoir disait Lamartine. Le monde de Klugman n’existe pas. C’est du mensonge. Comment pourrions-nous en être surpris ? La Gauche a toujours utilisé le vecteur du mensonge. Par définition, le populisme est du mensonge dans sa critique du système. Quand le populisme de Gauche parle d’honneur, c’est toute honte bue, puisqu’il en est dépourvu.

Par Gilles Falavigna

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