Adir H’eil Ha’avir, la merveille ! 2ème partie : redistribution des cartes?

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Adir H’eil Ha’avir, la merveille !

Deuxième partie : redistribution des cartes ?

Tout change, rien ne change, et réciproquement.

La débâcle américaine en Afghanistan est chargée de conséquences.

D’un point de vue géostratégique, il n’y aurait qu’un léger ajustement. En effet, les retraits des troupes d’Afghanistan, comme d’Irak étaient programmés depuis plusieurs mandats présidentiels.

Le fameuse armée afghane, forte de 300 000 hommes et dotée d’une flotte aéronautique, selon l’expression du président Biden, aurait-elle tenu jusqu’à la fin de l’année ?

D’un point de vue géopolitique, c’est différent. La géopolitique est une science complexe car l’humain est en son cœur.

Je défends la thèse opposée à celle de l’État qui n’a pas d’amis mais qui a des intérêts, celle que présentait le Général de Gaulle. Certes, l’Europe est particulièrement déshumanisée. Certes, l’Occident est régi par les groupes de pression, par la corruption, par l’hypocrisie.

Mais les intérêts du jour ne sont pas ceux du lendemain. On ne peut établir une feuille de route à long terme sur des intérêts qui sont à court terme. La géopolitique ne subit pas les vents. Elle les utilise.

Ensuite, la nature humaine fait que que les grandes décisions sont le fruit de l’irrationnel. La raison vient, ensuite, en justification du choix. Il y a des affinités. Elles sont la cause et la conséquence de dénominateurs culturels. Les Afghans sont Sunnites. Les Iraniens sont Chi’ites. Mais les uns et les autres sont issus d’une même culture perse.

La complexité est bien plus large. On peut philosopher sur la nature humaine. Dans les faits, la loi du plus fort dirige le monde.

La doctrine militaire évolue. Les événements ouvrent à des enseignements. Depuis 70 ans, la qualité de la technique guerrière ne cesse de baisser. Un adversaire était tué pour 25 000 cartouches tirées durant la dernière guerre mondiale. Le chiffre est passé à 50 000 cartouches durant la guerre de Corée puis à 200 000 durant la guerre du Vietnam. Une cartouche ne coûte pas cher.

C’est à la fin de la guerre du Vietnam que les fondamentaux guerriers ont changé pour devenir ce qu’ils sont aujourd’hui.

Si la technologie compense la perte de qualité guerrière, la suprématie technologique n’est pas du tout suffisante.

La doctrine moderne, issue de la guerre du Vietnam, a su gérer les asymétries pour s’adapter aux zones urbaines et à la guérilla. Avec les guerres du Golfe, les américains ont développé le concept de « puissance », central aux opérations militaires. L’Amiral Mahan le décline en 3 points : offensive, concentration, économie des forces.

La réponse à ces enjeux peut se traduire par la nécessité que le soldat soit intelligent. C’est l’intelligence qui assure la mobilité, la précision de ciblage et la survivalité à tous les niveaux d’engagements.

Un nouveau facteur est considéré, celui que chaque situation est nouvelle.

Par la force des choses, cela signifie faire face à l’incertain. C’est particulièrement là que l’intelligence du soldat est mise à l’épreuve. De nombreuses études font état d’une mesure de la solitude chez le vétéran pour évaluer son intelligence au combat. Plus le soldat développe un sentiment de solitude, plus il est apte à s’adapter à une nouvelle situation de combat. Les Etats-Majors de l’OTAN parlent de système de systèmes. Ils sont englobés et englobants. Les dernières interventions rapportent que les commandos ont pu définir eux-mêmes leur objectif sans en informer leur hiérarchie, charge à elle de s’adapter et de reformuler les objectifs finaux sur un nouveau contexte.

L’humain est replacé au cœur de la guerre moderne.

L’avion moderne est du type du Rafale français, tout en un. Il assure les missions stratégiques, tactiques, assaut conventionnel et attaques au sol. Il est polyvalent. Le modèle unique supprime la complexité de la maintenance.

Si la furtivité est le cheval de bataille de ces dernières décennies, rien ne vient corroborer ce facteur de supériorité. En 2019, le capitaine de vaisseau Dan Pederson, le fondateur de l’école de l’US Navy Fighter à Miramar, Top Gun, est catégorique : la fixation du Pentagone pour la technologie et la furtivité sont une absurdité. Ce n’est pas l’avion qui remporte la victoire mais l’homme qui est aux commandes. Et il demeure que le F35 est appelé le pingouin par les pilotes car il vole comme un pingouin.

La géopolitique, particulièrement au Moyen-Orient, dépend de l’Humain et fondamentalement des rapports de forces, d’hégémonie et de soumission. L’affect y est régi par les mêmes principes.

L’échec des opérations américaines au Moyen-Orient et en Afghanistan est l’échec de la matérialité et des intérêts. Les adversaires l’interprètent comme la victoire d’une spiritualité, l’Islam, et de sa culture.

Adam Przeworski

La doctrine américaine est globale. Elle repose grandement sur les travaux d’Adam Przeworski sur les transitions démocratiques. Selon cette thèse, l’attitude des individus est proportionnelle à leur revenu. L’attitude « démocratique » d’une nation sera proportionnelle à son revenu. Le leitmotiv de l’intervention américaine en Irak comme en Afghanistan, suite aux attentats du 11 septembre, a été d’injecter des milliards de milliards de dollars dans ces pays, quitte à y développer la plus grande corruption que l’humanité ait connu, pour y associer un processus démocratique à l’image de l’Occident. La débâcle à Kaboul marque l’échec de cette doctrine.

Le pouvoir politique irakien est issu d’élections. Mais la dernière contestation populaire a été réprimée dans le sang et la mort de plus de 500 opposants.

L’échec de l’Amérique dans la région est également l’échec d’un universalisme qui ne connaît que l’argent et les intérêts. C’est l’échec d’une doctrine qui postule qu’une démocratie est définitive dès qu’un seuil de revenu par habitant est atteint. C’est l’échec de la conception d’un individualisme, singulier de l’universalisme, pluriel. C’est l’échec du grand principe égalitaire.

La victoire des Talibans est la victoire d’une identité contre l’universalisme.

Le deuxième volet de la doctrine américaine est issue des travaux de l’ancien secrétaire d’État Zbignew Brzezinki, nommés le grand échiquier. Les ennemis de l’Amérique sont la Russie et la Chine. Toute opération locale, Afghanistan ou Moyen-Orient, doit viser à les affaiblir. Les retraits américains sont dans la cohérence géostratégique de cette doctrine au long cours.

Il y a des intérêts globaux, des intérêts régionaux, des intérêts locaux. Les différents intérêts peuvent être contradictoires. Nous voyons les interventions américaines favoriser ceux qu’ils combattent par ailleurs.

Les cartes sont redistribuées au Moyen-Orient. La détermination des adversaires de l’Occident est renforcée. Leur identité collective est renforcée, fut-elle l’engeance d’un classique « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ».

Sur les données stratégiques, tactiques, de savoir-faire, technologique, et savoir-être, force morale, la supériorité israélienne sur ses voisins est sans conteste. Israël accepte volontiers sa nouvelle mission car elle doit permettre d’augmenter ses possibilités de survie, d’éviter un conflit de grande intensité tout en amplifiant sa capacité de l’emporter le cas échéant.

Nous pourrons envisager le cadre des opérations d’un tel conflit. Mais il est nécessaire d’évaluer les forces géopolitiques en présence.

Pour rappel, les puissances régionales sont musulmanes mais ne sont pas arabes. Ce sont la Turquie et l’Iran.

La première guerre du Golfe a opposé l’Iran à l’Irak, cette dernière avait en charge de représenter le monde sunnite. Les secondes et troisièmes guerres du Golfe en sont également conséquentes. Les principaux protagonistes affaiblis, l’Arabie Saoudite et le Koweit refusèrent de tenir leur engagement de financer le conflit et le prétexte démocratique fut engagé.

Le cadre régional était largement dépassé.

La description du cadre local peut utiliser l’Irak en exemple. La population y est pour moitié sunnite, pour moitié chi’ite et avec les composantes tribales des Kurdes. Les déterminants politiques sont également présents. Les Kurdes, d’Irak ou de Syrie, sont naturellement proches des Kurdes de Turquie. Pour autant, ces derniers sont restés neutres le plus longtemps qu’il leur était possible dans les conflits engagés par Daesch et son rêve de Qalifat.

Au Moyen-Orient, les déterminants sont multiples et traditionnellement tribaux. Si la Syrie est liée à l’Iran, c’est, avant tout par la personnalité d’Hafez al Assad, issue d’une tribu qui participe du mouvement politique Baas et accessoirement chi’ite (alaouite). Tous les ingrédients de la complexité sont présents et prompts à être le champ des opérations conflictuelles entre les grandes puissances, les puissances régionales et les intérêts locaux.

L’Egypte s’est-elle émancipée de ces influences ? C’est ce monde arabe que souhaitent contrôler les Séouds sous la légitimité que les gardiens de la doxa musulmane sont Arabes. L’Arabie saoudite a l’ambition d’être la troisième puissance régionale concurrente et donc adversaire des deux principales.

Le théâtre des opérations géopolitiques répond à trois vecteurs et ceci en synergie, celui des grandes puissances, celui des puissances régionales, celui des puissances locales.

Les Etats-Unis se retirent pour s’occuper des axes prioritaires que sont la Russie et la Chine et pour des raisons, avant tout, de politique intérieure.

Très clairement, les Etats-Unis comptent sur Israël pour se substituer à eux en gendarme du Moyen-Orient. C’est un point majeur des accords d’Abraham, un monde arabe à fédérer face aux ambitions dominatrices de la Turquie et de l’Iran.

Désormais, Israël sera au front, un front élargi.

Surtout, le flambeau que doit reprendre Israël est celui de la démocratie, élargie à un esprit occidentalisant que représentent l’Arabie et les Émirats. C’est un point très délicat puisque ce camp sort d’une défaite. Peut-être est-ce à ce niveau que la débâcle catastrophique de Kaboul est la plus handicapante.

Par contre, le caractère géopolitique global s’estompe pour un cadre régional. De nombreuses contradictions disparaissent. Le concret peut éliminer de nombreux fantasmes, et en premier lieu desquels, celui de l’entité sioniste au service du grand Satan.

Pour remplir cette mission, Israël doit être associée à un coup d’éclat. Il doit porter ses fruits bien au-delà de la sphère militaire. Non seulement le Sionisme pourrait être un nouveau modèle régional mais c’est l’ensemble des Juifs qui en sortiraient grandis, si on accepte la thèse, que j’ai pu présenter dans un précédent article, qui établit que le Sionisme et la puissance israélienne sont la meilleure arme contre l’antisémitisme. La mission est délicate et à double tranchant puisque l’Occident à travers l’Europe, exclu des opérations, verra en réaction une flambée antisémite si elle n’obtient pas l’adhésion régionale.

Charlotte Durham AFF2

Comment peut se dérouler ce coup d’éclat ? Si le propos est cohérent avec le pragmatisme de s’adapter aux prospectives stratégiques déclinées dans la précédente partie du sujet (partie 1) Adir, la merveille, ne peut qu’être la vedette de ce coup d’éclat.

Par Gilles Falavigna

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