Au Panshir, dernier bastion qui résiste aux talibans, la guerre civile menace

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Afghanistan.

 

Au pied des montagnes de l’Hindou Kouch, la vallée du Panshir, qui a résisté aux Soviétiques, entend incarner le combat de la liberté face aux talibans. C’est là qu’Amrullah Saleh se serait replié avec à ses côtés Ahmad Massoud. Après le départ d’Ashraf Ghani, il estime être le Président en titre du pays.

Des éléments des forces armées afghanes régulières, ici photographiés à Bazarak le 17 août, ont rejoint la vallée du Panshir au lieu de rallier les talibans.
Des éléments des forces armées afghanes régulières, ici photographiés à Bazarak le 17 août, ont rejoint la vallée du Panshir au lieu de rallier les talibans. | SAHEL ARMAN, AFP
Le Panshir est l’ultime bastion qui tient encore tête aux talibans. À deux heures de route de Kaboul, seul un goulet étroit permet d’accéder à cette vallée surplombée par les massifs enneigés de l’Hindou Kouch.
C’est là que le commandant Massoud, assassiné par les talibans en 2001, a tenu tête aux Soviétiques. Là aussi que son fils Ahmad Massoud s’est réfugié à bord d’un hélicoptère au cours du week-end. Lors d’un entretien qu’il nous avait accordé en janvier à Kaboul, il dénonçait un régime corrompu. Et plaidait pour un système politique décentraliséMais s’il faut reprendre les armes pour défendre la liberté, je saurai le faire​, avait-il prévenu. C’est fait.

L’âme de la résistance

À ses côtés, Amrullah Saleh. Le vice-président d’Ashraf Ghani – qui, lui, s’est réfugié aux Émirats arabes unis –, entend incarner l’âme de la résistance face à la menace d’une dictature cléricale, comme il l’expliquait à Kaboul en janvier dans son bureau. Je n’accepterai pas une coalition avec les talibans. Tout accord doit déboucher sur des élections. Les talibans ont peur de cette confrontation avec la société afghane telle qu’elle est aujourd’hui. Conformément à la Constitution afghane, en cas d’absence, de fuite, de démission ou de mort du président, le premier vice-président devient le président par intérim. J’en appelle à tous les leaders pour obtenir leur soutien et le consensus​, a-t-il écrit mardi en anglais sur son compte Twitter.
Je ne décevrai pas les millions de personnes qui m’ont écouté. Je ne serai jamais sous le même toit que les talibans. JAMAIS​, avait-il déjà tweeté dimanche, juste avant d’entrer dans la clandestinité. Traqué, ce père de cinq enfants, rescapé de plusieurs attentats ne répond plus au téléphone.

L’Alliance du Nord

C’est bien le spectre d’une guerre civile qui se dessine. Car cette résistance, les habitants du Panshir s’y préparent depuis plusieurs mois. Le sujet avait été au cœur des conversations lors de la commémoration de l’assassinat du commandant Massoud en septembre 2019. Des chefs de clans venus d’autres régions avaient longuement débattu de l’avancée des talibans et annoncé leur intention de se soutenir. Au pied des montagnes, le site est d’une beauté à couper le souffle avec ses treilles, des massifs de dahlias et de jasmin cascadant jusqu’aux eaux émeraude de la rivière. En septembre 2019, dans cette grande maison blanche dessinée par l’architecte franco-afghan Ashmat Froz installé à Rennes, chacun caressait encore, malgré tout, l’espoir d’une réconciliation.
  Deux ans plus tard, le drapeau de l’Alliance du Nord, celle qui avait combattu les Soviétiques avant de se déchirer, a été hissé ce week-end dans la vallée.

Résistance diplomatique

Pour une résistance armée, mais aussi diplomatique. Abdullah Abdullah, un autre habitant du Panshir a, de son côté, fait le choix de rester dans la capitale. Nommé Président du haut conseil pour la réconciliation nationale après son échec à l’élection présidentielle de 2019, il poursuit ses discussions avec les responsables des talibans pour la constitution d’un gouvernement. Abdullah Abdullah compte sur l’arme de la diplomatie, les divisions des talibans, les pressions internationales et les résistances de la société civile pour obtenir des concessions. Un jeu de dupes, craignent de nombreux Afghans. Car les talibans veulent un Émirat islamique et non une République. Et surtout pas d’élections qu’ils pourraient perdre.
 
ouest-france.fr

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