Khamenei claque la porte des pourparlers nucléaires et renforce l’agression régionale

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Un consensus israélo-anglo-roumano-américain sur la culpabilité de l’Iran

« Nous sommes en contact et en coordination très étroite avec le Royaume-Uni, Israël, la Roumanie et d’autres pays, et il y aura une réponse collective », a déclaré le secrétaire d’État américain Antony Blinken le lundi 2 août. Il s’exprimait à la suite de l’attaque par un drone iranien contre un Navire lié à Israël, le 31 juillet, qui a tué deux membres d’équipage, un Britannique et un Roumain.

Le chef de Tsahal, le lieutenant-général Aviv Kochavi, s’est quant à lui entretenu sur le sujet avec le chef du CENTCOM américain, le général Kenneth McKenzie, tandis que le Royaume-Uni envisageait « une gamme d’options, y compris l’envoi de commandos et une cyberattaque contre l’Iran ».

Pour le guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, les deux volets de son programme national – la recherche d’une bombe nucléaire et la déstabilisation régionale pour maintenir son axe d’influence – semblent indissociables. Néanmoins, il reproche à Washington d’avoir combiné les deux en un seul paquet dans toutes les négociations pour un accord nucléaire révisé, qualifiant cela de cause principale de l’impasse sur la voie de Vienne.

Les dix plaintes de l’Iran (d’après les dix plaies d’Egypte)

Le guide suprême a souligné ce point dans les dix plaintes publiées par son bureau, peu après l’attentat de la rue Mercer au large d’Oman, sous la forme d’un condensé d’un entretien qu’il a mené avec Kazem Gharibabad, l’envoyé de l’Iran auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique : Il a accusé Washington des « actions délibérées contre les négociations » suivantes :

  1. Les États-Unis ont lié l’accord à l’acceptation par l’Iran d’un paragraphe concernant les futures discussions sur les questions régionales. [à savoir, la Syrie, le Liban et le Yémen]
  2. Les États-Unis insistent pour mettre sur la table des missiles balistiques, question à laquelle Téhéran s’oppose catégoriquement.
  3. Les États-Unis refusent de lever leur embargo sur les armes.
  4. Les États-Unis ne sont pas disposés à lever les sanctions imposées par l’administration Trump à 500 Iraniens.

5. Les États-Unis refusent de promettre de répondre à la demande de l’Iran de discuter d’un accord nucléaire incluant le renforcement de l’Iran sur les marchés économiques et commerciaux internationaux.

6. Les États-Unis ont refusé de garantir qu’ils ne répéteraient pas le comportement des administrateurs passés concernant le JCPOA ou d’envisager de ne pas accorder aux entreprises un « délai raisonnable » pour continuer à travailler en Iran en cas de reprise [des sanctions].

7. Les États-Unis ont refusé d’abroger la CAATSA [le Countering American Adversaries Through Sanction Act, ([Contre-Attaque contre les Ennemis de l’Amérique à travers la mise en œuvre des Sanctions] ratifié sous le président Trump contre l’Iran, la Russie et la Corée du Nord.]

8. Les États-Unis ont soulevé des exigences excessives concernant les activités et les engagements nucléaires de l’Iran, qui étaient en dehors du JCPOA.

9. Les États-Unis ont rejeté la condition de l’Iran de revenir à ses engagements avant de vérifier d’abord que les États-Unis sont revenus sur leurs propres engagements, c’est-à-dire qu’ils lèvent (intégralement) les sanctions.

10. A défaut d’accord entre Washington et Téhéran sur ces dix points, aucun nouvel accord ne sera signé.

Aucune « erreur » dans l’attaque programmée du Mercer Street

Les sources iraniennes et militaires de DEBKAfile déduisent de cet exposé détaillé de la position de l’Iran que le chef suprême n’est pas prêt à céder un pouce sur l’un des deux moteurs de l’Iran – avoir une capacité nucléaire et un rôle dominant dans la région – au nom d’un accord négocié. avec l’administration Biden. L’interview de Khamenei a été, pour lui, l’occasion de transmettre ce message, tout comme l’attaque de drones kamikazes contre un navire marchand réputé appartenir à un milliardaire israélien.

Les médias israéliens (article de Ron Ben Yishaï, notamment, dans Ynet.news.) n’ont pas compris en affirmant que l’Iran s’était « trompé » en attaquant le navire. Il n’y avait pas d’erreur. Cela faisait partie du plan délibéré de Téhéran pour faire grimper les enjeux de ses opérations hostiles contre Israël.

Israël doit agir de manière souveraine

Le Premier ministre Naftali Bennett, le ministre des Affaires étrangères et Premier ministre suppléant Yair Lapid et le ministre de la Défense Benny Gantz, qui dirigent le spectacle ensemble, semblent rechercher une action concertée avec les États-Unis et d’autres, conformément à l’approche « collective » citée par Blinken. Le chef de l’opposition, l’ancien Premier ministre Benyamin Netanyahu, les a de nouveau mis en garde contre les partenariats dans des options anti-iraniennes, dénonçant leur politique « sans surprise » vis-à-vis de l’administration Biden qui, a-t-il dit, pourrait faire échouer toute opération israélienne. « Il s’agit d’un problème existentiel pour Israël et des surprises sont parfois nécessaires », a-t-il déclaré. « Si nous n’avons pas d’indépendance sur cette question, nous n’avons alors pas d’indépendance du tout ».

 

Commentaire : Israël doit maintenir sa capacité d’agir seul contre l’Iran- car il en demeure la cible principale, mais pas l’unique.

Ainsi, dans le cas du MercerStreet, si le navire marchand est géré par une société basée en Angleterre, dirigée par un propriétaire israélien, Eyal Sofer, c’est d’abord et avant tout la libre circulation marchande internationale qui a été la cible de l’Iran, sous prétexte d’un lien commercial avec un civil israélien ne représentant aucunement les intérêts de l’Etat.

C’est de l’antisémitisme iranien classique. Israël n’est pas, non plus, habilité par les Nations (ici Grande-Bretagne et Roumanie) à agir pour venger leurs ressortissants assassinés sur des navires en haute mer, dans les eaux internationales. Les prérogatives de souveraineté n’apparaissent pas ici comme premières, mais plutôt le rôle de « sonner le tocsin » (Shoffar) sur la dangerosité mondiale des agissements agressifs iraniens.

Israël, par l’exemple de ses services de renseignements, peut contribuer à présenter une banque de cibles et, jusqu’à un certain point, se proposer d’exécuter une partie notable de la mission. Mais Israël devra conserver sa liberté d’agir et de réagir (ou d’anticipation) sur une séquence conflictuelle où l’Etat Juif est plus directement impliqué par l’Iran, en mer, en Syrie, au Liban, au Yémen ou ailleurs. Il est aussi possible que la réaction des alliés soit inférieure aux attentes d’Israël. L’important est qu’ils se sentent impliqués, même pour certains pays qui négocient encore avec Khamenei.

Netanyahu fait de la surenchère politicienne – il reste dans son rôle de chef de l’opposition-, plutôt que d’analyser la séquence concernée pour qu’Israël améliore sa position stratégique.

En d’autres circonstances, il convient de prendre les devants et de favoriser l’indépendance d’actions. Par exemple, face au réacteur coréo-syrien d’Al Khibar (Deir Ez Zor), où Bush, manifestement, ne voulait pas agir parce que déjà empêtré en Irak..  

Khamenei slams door on US nuclear talks, ups regional aggression

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