Moscou représente le véritable défi diplomatique de Bennett

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Le véritable test diplomatique d’Israël vient d’un endroit surprenant : la Russie

Moscou exerce une énorme influence au Moyen-Orient et est carrément installée avec morgue aux portes d’Israël en Syrie. C’est un test pour la diplomatie israélienne.

Le président russe Vladimir Poutine assiste au défilé de la Journée de la Marine à Saint-Pétersbourg, en Russie, le 25 juillet 2021. (Crédit photo : SPUTNIK/ALEXEI NIKOLSKY/KREMLIN)
Le président russe Vladimir Poutine assiste au défilé de la Journée de la marine à Saint-Pétersbourg, en Russie, le 25 juillet 2021.
(Crédit photo : SPUTNIK/ALEXEI NIKOLSKY/KREMLIN)
On a beaucoup écrit depuis que le Premier ministre  Naftali Bennett  et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid sont arrivés au pouvoir, il y a six semaines, sur la façon dont un nouveau gouvernement présente une occasion en or de rétablir les relations d’Israël avec certains partenaires clés dans le monde.
Il y a d’abord et avant tout la relation avec le Parti démocrate américain, -ou plutôt le choix pour un partenariat bipartisan-, une relation qui a souffert pendant les 12 années de règne de l’ancien Premier ministre  Benjamin Netanyahu. Ensuite, il y avait les liens avec les progressistes américains et avec les juifs américains libéraux.
Le signal venant de Jérusalem était le suivant : ce gouvernement est différent du précédent, il n’affronterait pas l’administration Biden de front contre l’Iran ; il serait prêt à essayer de construire une relation plus productive avec l’Autorité palestinienne à Ramallah ; et – pour Les Juifs américains – il tenait à essayer de faire en sorte qu’ils se sentent plus positifs et qu’ils soient les bienvenus en Israël.

Israël navigue au-delà de la séparation bipolaire des eaux internationales

Bennett et Lapid ont également rapidement tourné une nouvelle page dans les relations d’Israël avec la Jordanie : Bennett a déjà rencontré le roi Abdallah et Lapid ayant déjà rendu visite à son homologue jordanien, Ayman Safadi.
Par ailleurs, Lapid s’est déjà rendu à Bruxelles pour tenter de renouer avec l’Union européenne. La perception qu’il a tenté de véhiculer est celle d’un Israël avec lequel Paris, Berlin et Copenhague – pas seulement Bucarest, Budapest et Vienne – peuvent se sentir à l’aise.
Un redémarrage, c’est bien quand il s’agit de relations avec des pays avec lesquels il y avait des points de friction et de tension sous le gouvernement précédent. Mais qu’en est-il de ces pays et dirigeants avec lesquels Netanyahu semblait avoir cultivé d’excellentes relations ? Qu’advient-il des liens avec ces pays sous le nouveau gouvernement?
La Russie devient le cas test dans cette catégorie.

Bennett-Lapid confrontés à l’iceberg russe

Que vous aimiez le président russe Vladimir Poutine ou que vous le détestiez, Moscou exerce une énorme influence dans la région et se trouve carrément installé aux portes d’Israël en Syrie, où, au cours des six dernières années, il a soutenu le régime cruel du président syrien Bashar Assad.
Peu de temps après que Moscou se soit directement impliqué dans les combats en Syrie en septembre 2015 pour empêcher la chute de son allié Assad, Netanyahu a décidé de créer des mécanismes de déconfliction qui empêcheraient toute confrontation directe entre les forces russes et israéliennes au sujet de la Syrie.
Et, pour la plupart du temps, cela a fonctionné. Non seulement les deux pays ont créé des mécanismes pour prévenir les crises, mais ils sont également parvenus à un accord tacite par lequel ils ont tous deux reconnu les intérêts de l’autre en Syrie, et aucun n’a essayé de ne nuire à ces intérêts.

Avigdor Lieberman, Zeev Elkin utiles à la nouvelle équation?

QU’EST-CE QUE cela signifiait? Cela signifiait que le principal intérêt de Moscou était la survie d’Assad et qu’Israël – dans ses actions militaires en Syrie – s’abstiendrait de frapper des sites ou des actifs qui conduiraient au renversement d’Assad.
Et d’un autre côté, cela signifiait que la Russie comprenait que l’intérêt vital d’Israël était d’empêcher l’Iran et son supplétif du Hezbollah de se retrancher à la frontière d’Israël ou de transférer des armes qui « renversent la donne », via la Syrie vers le Liban. Lorsqu’Israël frappe des cibles liées à ces objectifs, jusqu’à présent, la Russie n’intervenait pas.
C’est pourquoi Israël a pu agir avec une relative impunité dans l’espace aérien syrien, sans que les Russes ne les arrêtent au cours des six dernières années.

Poutine : un slave sentimental et exclusif?

Une partie de cet arrangement est attribuable à la relation étroite que Netanyahu a développée avec Poutine, le dirigeant avec lequel il a rencontré et parlé au téléphone plus souvent que tout autre dirigeant pendant son mandat. Cette étroite relation de travail a également permis à Poutine de préciser, avant chacune des quatre dernières élections – à la fois en paroles et en actes – que Netanyahu était son candidat préféré.
Le contre-argument à la façon fréquente dont Netanyahu se vantait de ses bonnes relations avec Poutine et de leur importance stratégique pour Israël consistait à dire que les relations se font entre les États, pas entre les dirigeants, et qu’aussi bonnes qu’aient pu être les relations entre Netanyahu et Poutine, il s’agissait vraiment d’intérêts (géostratégiques. Selon ce raisonnement, peu importe qui dirige Israël, il est dans l’intérêt des deux pays de coopérer concernant la Syrie.

Les intérêts rationnels et l’âme des peuples et de leurs chefs

Si l’on en croit les récents reportages, cette prémisse sera désormais mise à l’épreuve, selon le quotidien saoudien de Londres, Asharq al-Awsat, qui a cité un responsable russe affirmant que Moscou a « perdu patience » envers l’action israélienne en Syrie et fournirait Assad de meilleurs systèmes de défense aérienne. La semaine dernière, un haut responsable de la sécurité russe a déclaré que la défense aérienne syrienne avait abattu sept des huit missiles lancés par Israël vers des cibles sur les environs d’Alep, en Syrie.
Si tout ou même une partie de ceci est vrai, il s’agit d’une évolution importante qui pourrait forcer Jérusalem à repenser sa politique en Syrie et comment empêcher les Iraniens de s’y installer. Cela testera l’argument de Bennett et Lapid selon lequel tout ce que Netanyahu peut faire, ils peuvent le faire mieux, et que les relations extérieures concernent les pays, et pas seulement les dirigeants.
Rétablir le modus operandi qui existait au cours des six dernières années avec la Russie en Syrie doit maintenant être un objectif majeur de la politique étrangère de ce gouvernement – pas moins que l’amélioration des relations avec le Parti démocrate ou l’UE -. Cela constitue un test diplomatique majeur pour ce gouvernement, auquel il est maintenant confronté.

Lapid peut-il offrir un nouveau téléphone à Emmanuel Macron?

UNE AUTRE CRISE se profile à propos du logiciel Pegasus de la société israélienne NSO qui est au centre d’une tempête : le logiciel de suivi des terroristes aurait été utilisé par certains gouvernements pour pirater les téléphones de militants des droits de l’homme, de journalistes et de politiciens.
L’un de ces politiciens aurait été le président français Emmanuel Macron, qui a appelé Bennett à ce sujet ce week-end pour en discuter avec lui et s’assurer, selon divers rapports, qu’Israël l’examinait et prenait le sujet au sérieux.
On se pose alors de nombreuses questions concernant les licences d’exportation fournies à l’entreprise, lui permettant d’exporter le puissant logiciel espion. Bennett, selon Channel 12, a déclaré que la question faisait l’objet d’une enquête, qu’il en tirerait les conclusions nécessaires et que les événements en question ont eu lieu avant que son gouvernement ne prenne le pouvoir.

Ce centre-gauche israélo-européen au milieu de nulle part

Contrairement à la situation avec la Russie, où aucun homme politique israélien n’avait une meilleure relation avec Poutine que Netanyahu, avec Macron, c’est Lapid qui a développé une bonne relation personnelle.
C’était évident en avril 2019, avant le premier des quatre cycles électoraux récents d’Israël, lorsque Macron a invité Lapid en France quatre jours seulement avant les élections. La presse avait alors considéré cette décision comme un moyen de contrebalancer les gestes préélectoraux dont Poutine et le président Donald Trump aux États-Unis avait comblé Netanyahu.
Avec la France, c’est Lapid qui a une relation personnelle avec le leader du pays qui pourrait aider à pondérer une mise en cause qui a le potentiel de dégénérer en une crise à part entière.

Et maintenant?

On va pouvoir examiner la façon dont Bennett et Lapid – qui ne sont au pouvoir que depuis à peine six semaines – se comparent à Netanyahu dans l’art de naviguer à travers des eaux internationales agitées. Ils ont, face à eux, une situation qui pourrait changer la donne avec la Russie en Syrie, ainsi que la manière dont le gouvernement gère le scandale de NSO. L’une et l’autre sont de bons indicateurs précoces sur capacité d’influence sur les relations internationales.

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