Les Accords d’Abraham à l’épreuve du gel de l’accord pétrolier?

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Le gel de l’accord pétrolier EAU-Israël est le premier véritable test des accords d’Abraham

La décision de retarder le projet de pipeline controversé en raison de préoccupations environnementales ne devrait cependant pas conduire à une crise majeure.

Un drapeau des Émirats arabes unis (EAU) flotte à côté d'un drapeau israélien (crédit photo : REUTERS/CHRISTOPHER PIKE)
Un drapeau des Émirats arabes unis (EAU) flotte à côté d’un drapeau israélien
(crédit photo : REUTERS/CHRISTOPHER PIKE)

 La décision d’Israël de geler un projet d’accord d’oléoduc avec les Émirats arabes unis marque le premier véritable test des accords d’Abraham qui ont normalisé les relations entre Israël et les Émirats arabes unis. Mais il est peu probable qu’elle conduise à une crise diplomatique durable, selon les analystes politiques de la région.

Le ministère israélien de la Protection de l’environnement a annoncé dimanche qu’il retarderait le lancement d’un accord controversé sur le transport du pétrole avec les Émirats arabes unis, qui irrite les écologistes. L’accord verrait le pétrole du golfe Persique acheminé vers un terminal dans la ville portuaire d’Eilat, dans le sud d’Israël ; à partir de là, le pétrole continuerait son voyage via un ancien oléoduc terrestre réaffecté, qui s’étendrait jusqu’à Ashkelon sur la côte de la mer Méditerranée. Enfin, des navires transporteraient l’or noir vers les marchés européens.
L’accord implique la société d’État israélienne Europe Asia Pipeline Co. (EAPC) et MED-RED Land Bridge, basée aux Émirats arabes unis.
Des centaines de scientifiques de l’environnement ont averti, à plusieurs reprises, qu’une telle décision pourrait avoir des conséquences écologiques dévastatrices pour Eilat, qui abrite des récifs coralliens et une faune marine de renommée mondiale.
Dimanche, le ministère de la Protection de l’environnement a déclaré à l’EAPC qu’il « retarderait l’évaluation des préparatifs pour augmenter l’activité dans le port d’Eilat, jusqu’à ce que le gouvernement ait une discussion et prenne une décision » sur le projet.
Selon le professeur Yoram Meital, historien du Moyen-Orient moderne et directeur du Centre Chaim Herzog d’études et de diplomatie du Moyen-Orient de l’Université Ben Gourion, cette annonce est le premier véritable test des accords d’Abraham.
« C’est sérieux parce que nous avons un accord qui est maintenant gelé par un côté, le côté israélien. Mais en même temps, je pense que les Emiratis comprennent qu’il s’agit d’un nouveau gouvernement avec des lignes politiques totalement différentes« , a déclaré Meital à MédiaLine. L’accord pétrolier « était douteux lorsqu’il a été signé et il est beaucoup plus controversé aujourd’hui. Voilà quelles sont les raisons de ce gel », a-t-il déclaré.
Au moment de la signature des accords d’Abraham, la rhétorique était principalement axée sur la promotion d’une paix économique entre Israël et plusieurs États arabes. L’un des principaux objectifs de la normalisation était d’amener la région dans une direction totalement nouvelle, basée sur des intérêts économiques mutuellement bénéfiques.
Malgré le fait que l’accord pétrolier proposé porte sur des centaines de millions voire, potentiellement, des milliards de dollars, Meital ne pense néanmoins pas qu’il se traduira par une querelle diplomatique durable.
« Il est trop tôt pour dire si cela conduira à de graves tensions ou à une crise, mais je ne le pense pas. Personne ne voudrait risquer le traité de paix lui-même », a-t-il affirmé.
Le Dr Yonatan Freeman, expert en relations internationales à l’Université hébraïque de Jérusalem, a déclaré à The Media Line que la décision est plus une indication d’un changement dans la politique interne israélienne, plutôt qu’un changement de politique diplomatique.
« Il reste à voir s’il s’agira ou non d’un gel permanent », a déclaré Freeman. «Nous transmettons aux responsables des Émirats arabes unis que nous avons un nouveau gouvernement, nous avons un nouveau ministre des Affaires environnementales (Tamar Zandberg, du Meretz, mais celle qui l’a précédé, Gila Gamliel, du Likoud, avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences pour la faune d’Eilat) et nous avons de nouvelles politiques.
« En fin de compte, les deux parties voient un grand avantage à un tel accord et pour le moment, il s’agit plus de politique interne que d’un véritable changement de politique », a-t-il déclaré.
De même, le Dr Nimrod Goren, président et fondateur de Mitvim, l’Institut israélien pour les politiques étrangères régionales, a déclaré que le nouveau gouvernement d’Israël est attaché aux Accords d’Abraham.
« Le gouvernement veut approfondir cette relation », a déclaré Goren à The Media Line. « Le gouvernement évalue la façon dont [l’ancien Premier ministre israélien Binyamin] Netanyahu a géré les relations et veut réparer tout ce qu’il trouve qui a besoin d’être amendé. La façon dont les relations avec les Émirats arabes unis seront gérées sous ce nouveau gouvernement ne sera pas identique à celle adoptée par Netanyahu. »
Fait important, a-t-il noté, l’accord pétrolier en question a été signé à Abou Dhabi environ un mois après la normalisation des relations entre Israël et les Émirats arabes unis et, en tant que tel, le traité de paix n’en dépendait pas.
« Ce sont des accords qui ont été conclus par d’autres acteurs après la signature des accords d’Abraham », a souligné Goren.
En fin de compte, Goren pense que le gouvernement du Premier ministre Naftali Bennett tentera de détourner l’attention de l’accord controversé sur le transport du pétrole et de se concentrer plutôt sur des voies alternatives pour la coopération économique dans le secteur de l’énergie.

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