Bennett, un Premier Ministre plus américain que Netanyahu?

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– Pourquoi est-ce important

Seuls trois Premiers Ministres sur 13 ont vécu aux États-Unis pendant de longues périodes – Golda Meir, Netanyahu et Bennett.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de l'Éducation Naftali Bennet (crédit photo : SASSON TIRAM, REUTERS)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de l’Éducation Naftali Bennet
(crédit photo : SASSON TIRAM,REUTERS)
Le Premier ministre Naftali Bennett peut-il devenir le nouveau visage d’Israël aux États-Unis, ôtant effectivement à son prédécesseur   Benjamin Netanyahu  le titre officieux qu’il détient depuis près de quatre décennies ?
Il n’y a eu que 13 premiers ministres au cours des 73 ans d’histoire d’Israël.
Seuls trois d’entre eux – Golda Meir, Netanyahu et Bennett – avaient vécu aux États-Unis pendant de longues périodes, y compris pendant leur enfance.
Meir et Netanyahu sont tous deux diplômés de lycées américains et ont reçu des diplômes de niveau supérieur aux États-Unis. Meir et Bennett ont possédé puis renoncé à la citoyenneté américaine. Tous trois ont développé une expérience de travail là-bas.

Netanyahu longtemps le seul à briguer le poste

C’est un processus qui permet d’accéder à une aisance linguistique et culturelle, ce qui a donné au trio un avantage immédiat face à l’allié principal d’Israël.
Netanyahu, diplômé du MIT, a ajouté d’énormes compétences oratoires qui ont fait de lui l’avocat le plus connu du pays depuis les années 1980 lorsqu’il était ambassadeur d’Israël aux Nations Unies. Il a ensuite poursuivi par son mandat de Premier ministre dans les années 1990.
C’est une compétence sur laquelle Netanyahu a misé au cours de son mandat de 12 ans en tant que Premier ministre qui a pris fin cette année. Il a fait campagne sur cette habilité, laissant l’impression que son absence créerait un vide profond dans les relations israélo-américaines – en particulier compte tenu de ses liens étroits avec les politiciens américains. Il a aussi de bonnes relations avec le président américain Joe Biden, qu’il connaît depuis près de quatre décennies.
La vision mythique de Netanyahu est celle d’un Premier ministre qui peut défendre fermement les intérêts existentiels et politiques centraux d’Israël, tout en courtisant les politiciens américains.
C’était un destin rendu plus puissant par la capacité de Netanyahu à utiliser le langage de la démocratie américaine pour défendre les politiques israéliennes de droite.
Cette aisance était perçue comme tellement magique qu’aucun autre dirigeant israélien ne pouvait prétendre à lui succéder sur ce plan.
Les premiers signes, cependant, montrent que Bennett, dont les parents sont originaires du Golden State de Californie, pourrait éclipser Netanyahu dans ce domaine spécifique.

Un score pertinent d’opposition à la volonté de l’Administration

Au cours de sa courte période au pouvoir, Bennett a déjà discrédité les avertissements de Netanyahu l’accusant d’être incapable de rester ferme face à Washington.
Après moins d’un mois au pouvoir, Bennett a déjà fait savoir aux États-Unis qu’il s’opposait à son retour à l’accord avec l’Iran. Il a lié la réhabilitation de Gaza au retour des restes des deux soldats et des deux civils retenus en otage là-bas. C’est une position que Netanyahu n’a jamais prise – et que l’administration Biden désapprouve.
Bennett a affronté l’administration Biden sur la question de la démolition de maisons. Il a démoli la maison d’un terroriste américano-palestinien accusé d’avoir tué Yehuda Guetta, 19 ans. Il a donc sciemment ignoré une demande directe des États-Unis de ne pas prendre une telle mesure punitive.
Bennett n’a pas reculé sur cette prise de position, même quand le Département d’État l’a attaqué. Malgré les objections de l’administration Biden, il a poursuivi la politique de démolition des structures palestiniennes construites illégalement dans la zone C de la Judée-Samarie et a accepté de légaliser l’avant-poste d’Evyatar.

Bennett ne bronche pas sur la Judée-Samarie

Ces mesures en Judée-Samarie sont une extension des politiques de son prédécesseur et en accord avec celles de Bennett, qui sont à droite de Netanyahu.
MAIS BENNETT a équilibré ces points négatifs par quelques points positifs. Il a pris soin de se ployer selon l’axe de l’administration Biden en prenant des mesures au nom de la paix régionale : Bennett a effectué une série de gestes pour réparer les relations d’Israël avec la Jordanie, qui s’étaient refroidies sous Netanyahu.
Il a accepté de conclure deux accords majeurs : l’un pour presque doubler la quantité d’eau qu’Israël vend au royaume hachémite ; et l’autre pour augmenter la capacité de la Jordanie à commercer avec les Palestiniens de Cisjordanie en élargissant les limites d’exportation.
L’administration Biden a publié une déclaration immédiate de gratitude.

Bennett partage les valeurs américaines

Au cours des deux dernières semaines, Bennett n’a pas seulement montré à la Maison Blanche qu’il prendrait des mesures pour la paix : il a également fait savoir à Biden et au public américain que leur histoire était son histoire et que leurs valeurs étaient ses valeurs.
Bennett est le premier Premier ministre israélien à avoir des parents américains et une famille dont les racines américaines remontent à plus d’un siècle.
Lorsqu’il s’est exprimé la semaine dernière à l’occasion de l’événement du Jour de l’Indépendance Américaine de l’ambassade des États-Unis, il s’est assuré de mentionner que sa famille était venue en Californie pendant la ruée vers l’or.

Jim Bennett arrêté pendant le mouvement des droits civiques

Sa famille n’était pas non plus étrangère à l’histoire des États-Unis du 20e siècle. Bennett a également laissé entendre l’histoire de l’arrestation de son père Jim lors d’une manifestation pour les droits civiques, alors qu’il assistait à un sit-in dans un hôtel californien qui refusait d’embaucher des Afro-Américains.
C’était une histoire susceptible de le faire aimer non seulement de Biden, mais aussi des Américains de gauche, y compris des Juifs américains. En Israël, il est peut-être à droite, mais dans la sphère américaine, il fait partie de cette culture.
Ce n’est pas seulement cette anecdote qui a redoré son blason.

A quand le retour à un soutien bipartisan?

Bennett a souligné sa valeur en matière de diversité, notant en précisant que sa coalition compte à la fois des Juifs et des Arabes. Enfin, il a souligné l’importance de maintenir un soutien bipartite à Israël, indiquant qu’il était un Premier ministre qui voulait travailler avec tout le public américain, pas seulement certains d’entre eux.
C’est le genre de discours que Netanyahu n’aurait pas pu prononcer, et il n’en avait pas besoin, lorsque l’ancien président américain Donald Trump était au pouvoir. Tous ces points étaient alors en veilleuse.
Les liens étroits de NETANYAHU avec Trump ont donné d’énormes résultats pour Israël, en particulier pour la droite. Trump a transféré l’ambassade des États-Unis à Jérusalem et a reconnu la ville comme la capitale d’Israël. Il a légitimé les activités de développement des implantations et publié le plan de paix qui a placé ces communautés à l’intérieur des frontières définitives d’Israël. Sous le mandat de Trump, les États-Unis ont annulé l’accord avec l’Iran et imposé des sanctions paralysantes à la République Islamique dans le but de mettre un terme à sa volonté de produire des armes nucléaires.
Plus important encore, Trump a négocié les accords d’Abraham par lesquels quatre nations arabes ont accepté de normaliser leurs relations avec l’État juif.
Ces réalisations incroyables étaient dues en grande partie aux compétences diplomatiques de Netanyahu.
Elles ont abouti au prix, cependant, de l’affaiblissement des liens entre les Juifs américains et Israël, dont beaucoup ont estimé que Netanyahu avait cédé à Trump sur la question de lantisémitisme à droite.
Le lien américano-israélien s’est également effiloché, Israël étant de plus en plus considéré comme une question partisane plutôt que bipartite, Trump accusant les Juifs américains qui soutenaient le Parti démocrate d’être déloyaux envers Israël et le peuple juif.
C’était classique de Netanyahu non seulement de rejeter ces problèmes, mais de transformer la chimie personnelle entre lui et Trump en un récit plus large de la façon dont lui, et lui seul, serait un atout unique pour l’État d’Israël avec n’importe quel président américain.

Besoin d’un nouveau style après l’ère triomphante Trump-Bibi

La réalité a abouti, en fait, à l’effet inverse. Les tensions entre lui et l’ancien président américain Barack Obama ont occupé huit de ses 12 années consécutives de mandat – les deux tiers –. Même l’ancien président israélien Reuven Rivlin, qui n’avait jamais vécu aux États-Unis, savait mieux comment parler avec Obama que Netanyahu.
Netanyahu n’a jamais influencé Obama pour qu’il abandonne son objection aux activités d’implantation ou son soutien aux lignes d’avant 1967. Il ne l’a pas non plus convaincu des dangers d’un accord avec l’Iran.
Il y a eu la fois où il a insulté les États-Unis par une annonce de construction juive à l’Est de Jérusalem, lors d’une visite de Biden en Israël, alors qu’il était vice-président américain. Ensuite, il y a eu l’appel de Netanyahu au Congrès américain, défiant ouvertement la volonté du président Obama en s’opposant à l’accord iranien. Certes, il a soulevé l’admiration des Représentants républicains, mais s’est rendu persona non Grata à la Maison Blanche, entraînant des sanctions (résolution 2234 du CS sur Jérusalem).
Si Hillary Clinton avait remporté la présidence en 2016 au lieu de Trump, le bilan de Netanyahu vis-à-vis des États-Unis aurait été très différent, les tensions entre les deux pays augmentant plutôt que s’apaisant.
LORS DE L’ÉVALUATION de l’efficacité d’un Premier ministre israélien contre un président américain, ce ne sont pas seulement les compétences de diplomate qui sont nécessaires : les personnalités et les valeurs comptent également.
L’amitié de Netanyahu et Biden aurait, bien sûr, aidé les relations américano-israéliennes. Dans le monde diplomatique, cependant, les deux hommes forment un couple étrange, un peu comme le couple Obama-Netanyahu, avec des objectifs et des valeurs divergents.

Bennett plus à droite que Netanyahu sur un Etat palestinien

Contrairement à Netanyahu, Bennett est un Premier ministre avec un mandat limité : près de deux ans. Son succès auprès des États-Unis augmentera ou diminuera avec cette administration démocrate, dirigée par un président pour qui les droits de l’homme et la diversité comptent.
Certes, le point de tension ici avec Biden, comme cela aurait été le cas avec Netanyahu, sera les positions de droite de Bennett en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien.
Mais Netanyahu aurait eu du mal à piloter ces questions, après l’ère Trump.
Bennett, avec son passé, peut sembler aussi américain que Netanyahu. Ses brefs discours ont déjà montré qu’il comprend la signification du discours démocratique et que lorsqu’il s’agit de ce président, il peut parler la même langue, encore plus efficacement que Netanyahu.
Ce qui est important ici n’est pas seulement la possibilité que Bennett puisse devenir le nouvel homme fort d’Israël pour le public américain, mais que le ton qu’il sait présenter puisse dissiper la discorde profonde, guérir certaines des divisions partisanes et réinitialiser la relation américano-israélienne à un moment où l’antisémitisme augmente aux États-Unis.
Par Tovah Lazaroff

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