Des ténors du Likoud peu enclins à saboter le travail de Bennett?

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 Ils trouvent indécent de placer l’intérêt du parti au-dessus de celui du pays

La politique de délégitimation du gouvernement Bennett et de sabotage de son travail est désagréable pour un nombre croissant de dirigeants de la nouvelle opposition.

LIKUD LEADER et l'ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu assistent à une réunion de la Knesset cette semaine. (Crédit photo : MARC ISRAEL SELLEM/THE JERUSALEM POST)
LIKUD LEADER et l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu assistent à une réunion de la Knesset cette semaine.
(Crédit photo : MARC ISRAEL SELLEM/THE JERUSALEM POST)
Avec sa mâchoire cassée par l’ancien Marine Ken Norton et avec la décision partagée des arbitres lors de la finale, la légende de la boxe Muhammad Ali a répondu à sa défaite inattendue: « Nous devons tous subir des défaites dans la vie. » 

Muhammad Ali after first round knockout of Sonny Liston during World Heavyweight Title fight at St. Dominic’s Arena in Lewiston, Maine on 5/25/1965.
(Item # 1001)

Muhammad Ali after first round knockout of Sonny Liston during World Heavyweight Title fight at St. Dominic’s Arena in Lewiston, Maine on 5/25/1965.

Ali avait raison sur ce point, mais accepter la défaite est difficile et les personnes vaincues préfèrent, le plus souvent, opter pour le déni. C’est ce qui arrive à la nouvelle opposition : sa réponse à sa perte de pouvoir et à ses avantages a été enfantine, antipatriotique et peut être ruineuse, pour elle et pour le pays qu’elle a juré de servir.

 

Le déni a fait surface le jour où le nouveau gouvernement est né.

 

 

Le chœur chahuteur qui a accueilli le Premier ministre Naftali Bennett dans son discours inaugural n’avait qu’une mission : le parti l’a conçu pour convaincre que ce qui s’était passé ne s’est pas vraiment produit ; que le Likoud et Netanyahu n’ont pas vraiment perdu. Il était impossible que ce soit vrai. Comment pourraient-ils perdre, puisqu’il était le parti le plus représentatif?

Évidemment prémédité, le message de cette cacophonie était une déclaration de guerre avec deux objectifs, l’un moral et l’autre politique : moralement, délégitimer Bennett et son gouvernement, et politiquement, saboter leur travail parlementaire. L’objectif était et reste de reprendre la main sur le pays le plus rapidement possible.

La quête pour saper le travail du gouvernement s’est avérée si intense que le Likoud a tenté de contrecarrer la loi sur le regroupement familial : le renouvellement annuel de la réglementation qui limite la naturalisation des Palestiniens épousant des Arabes israéliens. Autant dire que le Likoud ouvre ainsi toute grande les frontières du pays à une forme de mariage blanc et d’immigration illégale de masse.

 

Peu importe la substance de cette restriction ; ce qui compte dans cette discussion, c’est que ce projet de loi a fait partie de la propre politique du Likoud tout au long des années Netanyahu. Malgré cela, le Likoud s’est maintenant engagé à rejoindre l’opposition pour torpiller son renouvellement.

En d’autres termes, l’envie du Likud de saboter les projets de Bennett est désormais plus forte que ses propres convictions déclarées, à tel point qu’il est prêt à ouvrir les portes du pays aux personnes qu’il soupçonne d’intentions terroristes. L’avenir du parti d’abord, le pays ensuite.

CE N’EST PAS ainsi que l’opposition parlementaire est censée fonctionner.

Oui, des députés s’opposent à de nombreux projets de loi, simplement parce que le gouvernement les propose. Cela fait, en théorie, partie du jeu politique naturel. Mais lorsqu’il s’agit de questions comme la sécurité nationale, les considérations partisanes sont (logiquement) mises de côté.

C’est ce qu’a fait Benjamin Netanyahu en tant que chef de l’opposition lors des attentats suicides de 1996. « Shimon [Peres], combattez-les ! dit-il au Premier ministre. « Nous serons avec vous ! »

Le travail de l’opposition est de débattre des plans de la coalition et de voter, éventuellement, contre ses projets de loi, mais son travail n’est pas de mentir au peuple qu’il y a « un gouvernement de tricheurs ». Quelle tricherie ? Bennett a tenté de rejoindre une coalition de droite, mais Netanyahu n’est pas parvenu à la constituer. C’est à ce moment-là que Bennett a décidé d’empêcher une autre élection anticipée, conformément à l’une de ses principales promesses électorales. C’était le choix patriotique. Son opposition, en revanche, ne se comporte pas de façon patriotique. Elle reste plutôt enfantine et hystérique.

Le député Avraham Michaeli (Shas) a déclaré que la création par Bennett d’une commission d’enquête sur la catastrophe du mont Meron signifie que son gouvernement « danse sur le sang des victimes ». Le député Meir Porush (UTJ) a crié à la présidente du comité des arrangements, Idit Silman, « Vous vous comportez comme une petite fille » parce qu’elle l’a rappelé à l’ordre.

Le ministre des Affaires religieuses Matan Kahana (Yamina) a interrogé les chahuteurs ultra-orthodoxes contre Bennett. Il a demandé à c es exemptés de service militaire comment ils peuvent lui faire de longs prêches sur la foi si, contrairement à lui, ils n’ont jamais pu dire la prière avant la bataille dans une guerre. Mais la réponse du député Dudi Amsalem (Likoud) a été : « Le rabbin de Bennett est Yair Lapid! ».

Telle est donc la réponse de la nouvelle opposition au verdict des électeurs, une célébration d’un deuil douloureux, des fuites en avant rhétoriques. Elle manifeste son autosatisfaction étayée par un refus : celui de réaliser que les partis qui ont dit que Netanyahu devrait être remplacé ont remporté 61 sièges à la Knesset, et le reste, dont Yamina, en a remporté 59.

COMME TOUS les endeuillés, les membres de la nouvelle opposition passeront en temps nécessaire du déni à l’acceptation en passant par la colère, le marchandage et la dépression. Certains, en fait, ont déjà dépassé la phase de déni.

 

L’un d’eux est l’ancien ministre de la Santé Yuli Edelstein, qui n’a pas démenti un reportage de KAN TV disant qu’il aurait déclaré lors d’un forum fermé : « Netanyahu doit être remplacé », et qu’il se présentera contre lui pour la direction du Likud.

 

L’ancien maire de Jérusalem, Nir Barkat, a attaqué Netanyahu pour ne pas avoir laissé un candidat alternatif du Likud assurer une coalition de droite avec Gideon Saar.

L’ancien ministre de la Sécurité intérieure Avi Dichter, est un autre Likoudnik qui ne vit pas dans le déni. Il a déclaré qu’il se présenterait contre Netanyahu. Il l’a critiqué pour n’avoir consacré que 30 minutes à sa réunion de transfert avec Bennett. Ridicule, dans la tourmente sécuritaire que connaît Israël (Iran, Gaza, villes mixtes…)

Que l’un de ces challengers puisse vaincre Netanyahu est une autre paire de manche et reste une question distincte. Ce qui compte en ce moment, c’est la sobriété dont ils font preuve en disant à leurs collègues les deux mots que la plupart des députés de la nouvelle opposition semblent incapables de prononcer : nous avons perdu.

Tout aussi sobre, et encore plus impressionnante, a été l’offre de l’ambassadeur Gilad Erdan de rester en tant qu’ambassadeur d’Israël auprès des Nations Unies.

La proposition d’Erdan signifie que l’homme qui a servi dans les gouvernements de Netanyahu pendant 11 ans reconnaît, non seulement la défaite de Netanyahu. Et, non seulement, il refuse de se joindre à la campagne pour délégitimer et saboter le gouvernement de Bennett. Mais, il propose de le servir. Et il a raison de proposer ça. C’est du patriotisme élémentaire.

L’ambassadeur de Golda Meir et Yitzhak Rabin aux États-Unis, Simcha Dinitz, est resté à Washington sous Menachem Begin, l’a loyalement servi et l’a également rejoint aux pourparlers de paix de Camp David. Le travailliste Avraham Shochat s’est retrouvé en 1990 président de la commission des finances de la Knesset, après le départ de son parti du gouvernement, tandis qu’Yitzhak Shamir et ses partenaires n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur le nom du successeur de Shochat.

Shochat, qui fut plus tard ministre des Finances de Rabin, Peres et Ehud Barak, est resté et a servi efficacement ce gouvernement du Likoud. Oui, il appartenait à l’opposition. Mais saboter le travail du gouvernement élu ne lui a jamais traversé l’esprit.

Erdan fait la même chose, et rejoint ainsi le nombre croissant de dirigeants du Likoud qui connaissent la vérité : à savoir que l’élection n’a pas été volée, le ciel n’est pas tombé, Bennett est premier ministre à la fois par la loi et la justice Et la défaite, comme l’a noté Muhammad Ali, fait partie de la vie.

 

 

Le best-seller de l’écrivain Mitzad Ha’ivelet Ha’yehudi (La marche juive de la folie, Yediot Sefarim, 2019) est une histoire écrite d’un point de vue « révisionniste » du leadership du peuple juif de l’Antiquité à la modernité. 

 

www.MiddleIsrael.net

5 commentaires

  1. L’auteur de cet article semble ignorer les promesses électorales de Benett qui a en fait trahi de nombreux électeurs. Sa haine de Netanyahu lui fait oublier tous les éléments qui expliquent l’attitude de Netanyahu .
    Quant au comportement de certains Likoudnikim qui essaient d’être calife à la place du calife ; tout est possible en politique mais c’est surtout leur comportement qui est à critiquer. L’auteur voudrait que chaque fois que la majorité actuelle ne parvient pas à faire passer une loi , le Likoud vienne à son aide ; pour quelle raison faudrait-il encore des élections en, Israël?

    1. Un peu étrange que tout d’un coup, l’intérêt du pays passe après celui d’un parti. Il y a quand même des enjeux clairs dans cette loi de regroupement, le Likoud approuvant alors des mariages de circonstance pour importer de potentiels terroristes des territoires? Patriotisme, sécurité, antiterrorisme… à géométrie variable? C’est du jamais-vu, comme le démontrent les nombreux exemples d’alignement circonstanciel bipartisan.

      Electoralement, Bennett (animal politique comme un autre, qui, comme Saar, a appris de son mentor) n’a trahi personne, mais a été comme d’autres, confronté à l’impuissance de Netanyahu, après 4 élections en sa faveur, à réunir le quorum pour une coalition (il comptait 52 sièges, une misère). Il y avait 2 promesses : ne pas s’allier à Lapid (tant que la droite pouvait gagner, avec 70 députés potentiels) et ne pas provoquer de 5ème élection : celle-ci n’était pas saine pour les budgets, la défense, l’influence d’Israël à l’extérieur, les finances du contribuable, etc. Elle aurait conduit au même naufrage : 52-56 sièges et impossibilité de gouverner… Tous les pronostics le disaient. Le reste, c’est de l’autisme et un manque d’adaptabilité politique. Il y a déjà eu des « gouvernements d’union » (sauf qu’ici, il faudrait justement que des représentants de la « vraie droite », alias Likoud en fassent partie…). Si 4 voix de Droite faisaient passer des mesures « de Droite » comme cette loi, par exemple, le chantage potentiel et réel du Meretz et / ou de Raam cesserait immédiatement, parce qu’ils ne disposeraient plus de cette « arme fatale » contre la démocratie juive israélienne.

      Il devient ahurissant de constater que l’électorat juif, pourtant fort en thèmes, ne sache plus compter sur ses doigts jusqu’à cinq pour rester dans la ligne de « l’intérêt national » bien compris d’Israël : diminuer à tout prix l’influence du Meretz et de Raam ou tout autre parti arabe à la Knesset (et pas seulement au sein du gouvernement, qui ne fait qu’exécuter ce que dicte le Parlement et le jeu des minorités)…

      Il est naturel qu’un grand patron passe la main à un moment donné. Les ténors en question admettent simplement que l’intérêt de l’Etat (ou le leur, mais chez certain de leur prédécesseur, cela pouvait se marier fort bien et sinon on ne parle pas de convictions) prime et qu’avec un petit effort de mise de côté de l’égo, la droite l’emportait largement, en réintégrant Saar et donc Yamina. On a du mal à comprendre la théorie inverse, mais allons dans le mur, c’est tellement plus constructif! Il y a des profils intéressants (Erdan, Dichter, etc) Va t-on, s’ils bougent une oreille, les traiter de traîtres et aller devant leurs portes faire du tintamarre nocturne??? Degré zéro de la politique, contre Netanyahu, comme contre ses anciens partenaires. On ne peut pas continuellement « cracher dans la soupe », même si elle paraît saumâtre.

      Il faut manger des herbes amères dans toute traversée du Désert. C’est ce processus de « reconstruction » qu’a entamé la droite, en ne pouvant plus contenter les aspirants au « mouvement »… Israël reconnaît les qualités de chacun, mais sa vocation n’est pas le culte de la seule et unique personnalité, comme du temps de Mao Tsé Dong, le grand timonier!

      De même, tout le monde hurlait à la manipulation à Balfour (manifs de l’extrême gauche bruyante), mais trouve normal que les voisins de Bennett et Shaked ne puissent fermer l’oeil de la nuit, à cause de la cacophonie, cette fois, des partisans du chaos à Droite… (chacun entend minuit à sa porte, mais de grâce, sans emm. le voisin!).

  2. Et quand le gouvernement en place était dans l’opposition.
    Était-il normal de voter contre l’intérêt du pays durant des années, juste pour détruire Natanyahu?

    1. Oui, sauf que c’est vrai pour d’anciens du centre-gauche et plus (mais en fait c’est le jeu de toute opposition), mais complètement faux concernant Bennett et Shaked qui ont servi comme Ministres sous Netanyahu, sauf à la dernière élection. Pas souvenir qu’ils aient pu voter pour des mesures anti-nationales ou anti-sécuritaires, comme dans ce cas précis de regroupement familial qui serait alors une mesure pro-palestinienne… Inquiétant, non? Tous les coups sont donc permis. Ne pas s’étonner si la violence et les comportements bipolaires triomphent en politique.

      1. Totalement d’accord avec l’article et les commentaires de Marc BRZ
        Totalement.

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