Iran : Gantz s’aligne sur Biden-Malley. Qu’en pense Naftali Bennett, présumé 1er Ministre ?

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 Benny Gantz Lloyd Austin , Naftalil Bennett , Nucléaire iranien

Alors qu’Israël flotte en ballotage entre les gouvernements, au moins jusqu’à lundi, le ministre de la Défense Benny Gantz a tracé sa propre voie en direction des hauts responsables de l’administration Biden lors d’une visite éclair à Washington le jeudi 3 juin.

L’objectif du responsable de la Défense était d’évoquer l’assistance américaine en matière de restockage des missiles du système de défense anti-aérienne Dôme de Fer, qui ont abattu des milliers de roquettes et missiles palestiniens destinés aux villes israéliennes pendant 11 jours le mois dernier et d’obtenir une réserve de bombes à guidage de précision. Le premier volet est conforme à une promesse faite par le président Joe Biden.

Les sources de DEBKAfile rapportent que Gantz avait deux autres chats à fouetter lorsqu’il s’est assis avec le secrétaire à la Défense Lloyd Austin : l’Iran et le Hamas. Sur le premier, il a déclaré : « Notre dialogue est si important puisqu’il doit garantir que tout accord atteint efficacement son objectif de maintenir l’Iran hors de portée des armes nucléaires. Bien sûr, étant donnée l’ampleur de la menace, Israël doit toujours s’assurer qu’il a la capacité de se défendre. Nous poursuivrons cet important dialogue stratégique en discussion privée… lors d’un dialogue à huis clos ».

Les responsables israéliens ont souligné le changement « intentionnel » incarné dans les remarques du ministre de la Défense par rapport aux affirmations publiques du Premier ministre Benyamin Netanyahu. La semaine dernière encore, Gantz a contesté la déclaration de Netanyahu selon laquelle pour Israël « faire face à une menace existentielle doit avoir la priorité sur un risque d’affrontement (ou de dissension) avec son allié le plus proche ». A Washington, Gantz l’a dit ainsi : le programme nucléaire de l’Iran et d’autres actions sont en effet une « menace existentielle » pour Israël. « Arrêter l’Iran est certainement un besoin stratégique partagé par les États-Unis », Israël et d’autres pays », a-t-il déclaré.

Une fois de retour chez lui, (il constate qu’)Israël connaît un bouleversement politique épique entre les types de gouvernements virtuels. Une nouvelle coalition se prépare à succéder au Premier ministre Netanyahu et à mettre fin à son règne de 12 ans, dès lundi, devant la Knesset. Gantz, qui a joué un rôle de premier plan dans la campagne visant à le renverser -depuis plusieurs années -, a encore une fois, obtenu le portefeuille de la défense dans le futur gouvernement.

Alors que le ministre de la Défense était à Washington, le leader de la nouvelle droite- Yamina, Naftali Bennett, futur Premier ministre israélien, s’est vu demander dans une interview télévisée s’il sentait qu’il avait la volonté et l’aptitude à tenir tête au président Biden contre un accord nucléaire relancé avec l’Iran. Poursuivrait-il le projet d’une attaque israélienne pour faire avorter la possibilité d’un Iran doté de l’arme nucléaire ?


Bennett a d’abord souligné que sa boussole fondamentale était la sécurité nationale d’Israël, qui aurait préséance sur « tout ce que le monde » avait à dire sur la question. 

Il a ajouté : « Quant à notre partenariat avec les États-Unis, y compris avec le président Biden, c’est vraiment un atout stratégique fondamental. » Sur une note plus personnelle, Bennett a déclaré: « J’ai fait beaucoup d’affaires aux États-Unis et je suis en faveur de la franchise, de parler franchement de la vérité et d’identifier les différences. »

Les analystes des affaires américaines, comparant les deux approches de la question iranienne vis-à-vis de Washington, peuvent discerner les différences : le ministre de la Défense est prêt à s’engager à éviter un affrontement ouvert sur la diplomatie nucléaire de Washington

Tandis que son futur patron préférerait faire connaître ses arguments au grand jour, Gantz est donc prêt à promettre de s’engager avec les États-Unis dans des pourparlers privés (secrets, hors du débat public isralien ?) si Israël se trouve contraint d’attaquer le programme nucléaire iranien. Un tel engagement ne peut être obtenu de la part de Bennett, qui se réserve le droit et le devoir d’outrepasser le cadre de l’alliance, s’il lui apparaît qu’il n’existe plus d’autre choix sécuritaire.

Ce n’est pas la première fois que Gantz essaie de créer sa propre voie pour s’orienter dans les cercles rapprochés de Washington. Au début de son accord d’unité nationale avec Netanyahu, le ministre de la Défense avait établi ses propres contacts directs au sein de l’administration Trump par l’intermédiaire du gendre du président Jared Kushner.

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Commentaire : comme nous en a posé l’axiome hier Caroline Glick, il n’y a aucune autre interrogation existentielle qui importe autant.

Une réponse purement électorale ne saurait satisfaire le public israélien et juif. Certes, d’un côté, on peut croire que, flairant le piège, Naphtali Bennett n’avait guère d’autre choix que de répondre officiellement, selon l’affirmation faite par son mentor en politique et glorieux prédécesseur Binyamin Netanyahu : celui qui sera aux commandes ne peut qu’affirmer la totale indépendance d’Israël sur ses propres intérêts vitaux ou alors il n’a qu’à changer de métier.

Aura t-il « les nerfs assez solides » pour ordonner et suivre le déroulé d’une telle possible odyssée, y compris dans ses conséquences, connues d’avance, de condamnation officielle d’Israël en cas d’intervention de dernier recours? C’est sans doute à ce moment-là, comme dans la phase préalable de l’obtention des bons outils, que l’appui au moins implicite (et jamais officiel) des Etats-Unis pourrait s’avérer essentiel.

D’un autre côté, on peut dire qu’à ce stade des prémisses opérationnelles, il est à égalité avec son prédécesseur, en ce sens que Netanyahu a beaucoup promis (et beaucoup fait ou fait faire par Méir Dagan, puis Yossi Cohen, plus proche de lui) sur ce plan de la menace critique, sans pour autant passer à l’action : sauf discursivement, en allant défier Obama devant le Congrès en 2015, emportant la conviction et l’admiration de l’opposition républicaine de l’époque, alliance politique consacrée dans les années suivantes par le retrait de Trump du JCPOA en 2018, à la suite de la publication des documents exfiltrés par les excellents Yossi Cohen et David Barnéa des entrepôts de Téhéran, au nez et à la barbe des Gardiens de la Révolution.

A la décharge de Netanyahu pour ne pas avoir « fait plus » : passer à l’action plutôt que de faire des discours qualifiés par certains « d’hystériques » (sic : Benny Gantz), la petite histoire en coulisses raconte qu’il en aurait été empêché, en 2012, par le refus du Mossad (Dagan) et des généraux (Gantz, Ashkenazi) de le suivre, alors, semble t-il, que Barak, se portait dans le camp de Netanyahu, dans cette décision qui aurait pu changer la face du monde.

Les mêmes considérations sont susceptibles de se reproduire au sein d’un futur staff aux commandes des opérations spéciales d’Israël, car nul n’est en mesure de sonder le cœur et les reins du gratin des services de renseignement, Barnea en tête (qui serait un fidèle lieutenant de Yossi Cohen et qui semble plébiscité par Netanyahu) ou de l’Etat-Major. Sinon que l’excellent Aviv Kokhavi a fait un discours public, lors une mise en garde sévère qui prend aux tripes, le 30 janvier dernier, où il prenait directement position pour la confrontation directe avec les Etats-Unis contre leur réintégration éventuelle au sein du JCPOA.

Un autre point aveugle concerne la composition du futur cabinet de sécurité, où Lapid (favorable aux Accords de Vienne en 2015) et consorts auront leur mot à dire, alors qu’on les sent, sauf surprise, plus enclins à la docilité envers l’Administration américaine. Un autre vient s’ajouter immédiatement : la fragilité de ce gouvernement hétéroclite qui ne peut se permettre la moindre crise interne sans risquer l’implosion. Mais un conflit d’ampleur comme avec l’Iran ferait immédiatement tomber une telle coalition pour adopter la posture de la Tortue, par un véritable gouvernement d’unité nationale de temps de guerre et de crise internationale majeure.

Rappelons que même Ehud Omert, qui ne passe pas pour un foudre de guerre prêt à défier l’Administration américaine, l’a pourtant fait par l’attaque dans les règles de l’art de la surprise : il a autorisé l’action des commandos du Sayeret Matkal et des avions d’Eyl Ha’avir, contre le réacteur nucléaire coréo-syrien d’Al Khibar, dans la province de Deir Ez Zor, le 6 septembre 2006 (Opération Orchard).

Opération Orchard

On peut donc supposer que c’est aussi la fonction de Premier Ministre qui crée l’organe (les tripes pour le faire), autant que les caractéristiques propres à l’individu. Dans la notion d’esprit de corps, on voit qu’en 2012, Barak et Netanyahu, anciens Sayeret Matkal (commando spécial de l’Etat-Major) y étaient favorables. Ils sont rejoints par Kochavi, parachutiste (Hativat HaTsanhanim’), à la différence d’anciens frères d’armes (Dagan, Gantz, Ashkenazi…), relativisant que ce critère d’appartenance ait une incidence ou pas. Bennett vient des commandos du Sayeret. Seul au sein de l’Etat-Major en 2014, il était favorable à une intervention offensive dans les tunnels de Gaza, contre Ya’alon, Gantz, Lieberman, freinant des 4 fers…. Les contextes stratégiques sont très différents, néanmoins, il sait s’affirmer en fer de lance à l’écart des lampions médiatiques, quand cela lui semble nécessaire.

Une répartition des rôles, celui conciliant de Gantz pour obtenir le soutien maximal du Pentagone, d’une part, et celui explicatif (Hasbara) mais déterminé de Bennett, quitte à risquer la dissension avec Washington, n’est pas non plus à exclure, quand nul n’a le monopole de l’amour de la patrie, hors des discours idéologiques et des postures redoublant de Patriotisme…

On peut aussi compter sur les provocations iraniennes pour sortir du jeu au pire moment, par exemple, après les élections nationales iraniennes de cette fin de mois de juin. On en saura un peu plus à ce moment-là, sur les risques de capotage en direct du JCPOA. Le jeu actuel consiste à le signer le plus vite possible pour donner leur chance de triomphe, aux élections déjà tronquées, aux « modérés » issus des Pasdaran (Rouhani-Zarif), contre le grand retour qui semble poindre des durs issus des mêmes Pasdaran…

A un autre niveau macro, le bras-de-fer se joue entre les Etats-Unis et la Chine, celle-ci faisant de l’Iran son avant-poste au Moyen-Orient pour régner sur la Méditerranée et au-delà (en Europe, qui n’a plus de choix que de forger une alliance implicite avec la Russie contre le caractère « anthropophage » chinois)…

Dans ce cadre plus vaste, Israël adopte une position médiane (du fait de sa situation géopolitique), alors que les Etats-Unis sont farouchement hostiles à l’Empire du Milieu (qui ne s’appelle pas ainsi par hasard : par ses routes de la Soie, la Chine se perçoit comme le centre du Monde). Peut-être qu’en devant faire des concessions sur la question chinoise, au sein de l’alliance d’Abraham, Israël et ses nouveaux alliés pourraient grapiller un peu plus d’écoute de la part de la Maison Blanche, qui essaie de gagner du terrain par le JCPOA pour couper les ponts avancés à la Chine en Orient?

On peut considérer qu’en intégrant le camp chinois, Téhéran n’a alors nul besoin de signer quelque accord de soumission envers des conditions imposées par Biden et ses amis européens, sauf si la Chine (ou la Russie) jugeait que cela a encore un intérêt protecteur pour eux. Les Chinois n’auraient pas investi 25 milliards de dollars en Iran s’ils avaient l’intention de freiner ses ambitions nucléaires, même pour une question de sauvegarde nationale… En théorie, le JCPOA ne sert à rien, dans les rapports de force qui se dessinent et n’a d’intérêt que purement déclaratif et virtuel, en dernière lecture… Faire plaisir à des Occidentaux narcissiques, qui croient pouvoir imposer des « avancées sur les Droits de l’Homme » en repoussant de quelques années ou mois l’accès à la bombe nucléaire par l’Iran…

Il faut vivre avec un siècle de retard et avant la « crise sanitaire » (issu d’un Labo- comme semblent le croire Biden et la CIA- ou pas?) de la Covid pour partager le romantisme exalté des Démocrates américains et des Européens prêts à toute compromission sur cette question qui engage l’avenir du monde.

Terres-des-Juifs.com

Un commentaire

  1. Bravo pour le commentaire. Nous allons vite savoir comment ce nouveau gouvernement va s’engager.

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