Le Consulat de France de Jérusalem coupable d’attentat à la liberté d’expression

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Podcast Radio J

Dès l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, les activités scolaires et culturelles ont repris bien plus que leur cours normal. Faisant preuve d’un enthousiasme redoublé, les institutions pédagogiques et artistiques d’Israël offrent un véritable carnaval de concerts, d’expositions, d’initiatives pédagogiques sans précédent pour fêter aussi bien la levée des restrictions dues au Covid 19 que le retour au calme. Quel plaisir de voir les enfants aller de nouveau à l’école avec leurs cartables, les plus grands faire la queue à l’entrée des musées, des théâtres, des salles de concert. Quel plaisir de voir la vie culturelle et artistique l’emporter sur la discorde et la violence que voulaient nous imposer les terroristes.

En un moment si propice aux tentatives d’apaisement et de dialogue, les autorités consulaires françaises ont décidé d’annuler leurs activités culturelles et de fermer les portes des instituts français au public tant israélien que palestinien, et ce jusqu’à nouvel ordre. « Compte tenu de la situation actuelle » explique un communiqué laconique annonçant cette fermeture inopinée des institutions pédagogiques et culturelles de la France, à Jérusalem, à Ramallah, à Naplouse. Quels sont les véritables motifs de cette décision pour le moins navrante ?

Commençons par dire que cela est une insulte à la paix.

Alors qu’enfants palestiniens et israéliens, juifs et arabes, qui se sont montrés si courageux, reprennent le chemin de l’école. Alors qu’artistes et intellectuels de tous bords et de toutes confessions s’unissent pour panser les blessures, rétablir le dialogue, les échanges, les autorités consulaires de la France disent non à la paix, non au dialogue.

Décision déshonorante pour la patrie qu’elles représentent, et dont je tiens à préciser d’emblée qu’elle est le fait de fonctionnaires et ronds de cuir du quai d’Orsay dont l’agenda bassement politique entrave le rayonnement de leur pays. Alors que les équipes et le personnel des instituts français font un travail extraordinaire sur le terrain et apportent une contribution inestimable à l’entente entre les hommes et à l’ouverture d’esprit. Ils œuvrent sans relâche à la propagation de ce qui fait la grandeur de la France, sa langue, sa littérature, sa pensée.

A commencer par celle de Diderot. Diderot qui estimait que l’éducation prime sur tout le reste et que c’est justement en temps de trouble, de haine, d’ignorance, que l’éducateur est le plus indispensable. Et qu’il doit agir.

Quel exemple montre-t-on à la jeunesse, en fermant la porte de la culture alors que le feu a cessé ? Et en se cachant derrière la formule vaporeuse, je cite, « compte tenu de la situation ». L’exemple de la pleutrerie ? Est-ce que les instituteurs, en 14’, ont cessé d’enseigner, « compte tenu de la situation » ? Est-ce qu’Eluard a cessé d’écrire des poèmes, en 40’, « compte tenu de la situation » ? Citer des raisons sécuritaires n’évoque que trop une attitude poltronne dans la lignée de Daladier qu’on pensait révolue. Le fait que certaines activités vont enfin reprendre ne change rien au fond du problème. Il faut savoir que les annulations annoncées à la veille de l’entré en vigueur du cessez-le-feu s’étendent jusqu’à des évènements prévus bien plus tard, fin mai et début juin.

Et c’est une insulte à Israël qui assure inlassablement la sécurité des membres des corps diplomatiques et de toutes les institutions étrangères. Quelle discourtoisie à l’égard du pays hôte, messieurs les émissaires de la diplomatie française. Alors que les ambassadeurs au Caire ou à Bagdad résident dans des zones fermées, entourées de gardes et de barbelés, les diplomates et fonctionnaires français se déplacent librement, aussi bien à Nazareth qu’à Jéricho, à Tel-Aviv qu’à Tulkarem, en toute sécurité. Il n’y a qu’à Gaza qu’ils sont en danger, « compte tenu de la situation ».

Images de la diplomate française frappant un soldat de Tsahal
Un consulat doté d’une longue tradition de l’insulte? Marion Fesneau-Castaing, (ex-) attachée de coopération humanitaire au consulat à Jérusalem

Ou encore à Paris et en province. Ceux que nos politiciens craignent tant d’offusquer ont tué plus de français sur le sol français que partout ailleurs, inclus des prêtres catholiques et des caricaturistes, et des jeunes qui dansaient et faisaient la fête. Doit-on pour cela fermer les églises et les dancings ?

Ce n’est pas d’un attentat ni d’émeutes que les bureaucrates consulaires ont peur, c’est de leurs patrons, à l’Elysée et au quai d’Orsay. Des patrons qui ont tout aussi peur qu’eux. Peur de prononcer le mot « Hamas », ou même le mot « roquette ». Ce ne sont pas juste les terroristes qui menacent la démocratie. Ce sont aussi ceux qui refusent de les appeler par leur nom. Mais laissons la politique aux politicards.

C’est la culture qui est ici menacée, prise en otage, détournée, muselée. Par-delà, la trahison commise envers les valeurs de la République, la décision des autorités consulaires françaises de Jérusalem constitue une claire atteinte à la liberté d’expression. Une dérive impardonnable, une ingérence dangereuse, une mainmise sur la liberté artistique et culturelle.

Après avoir rencontré, lors de mes tournées littéraires, des milliers de jeunes musulmans de France et de Belgique, et échangé avec eux, j’avais proposé à l’Institut français, de présenter mon livre sur Diderot, écrit pour la jeunesse, aussi bien aux écoliers de Jérusalem qu’à ceux de Ramallah. De parler de Diderot à des enfants palestiniens et israéliens me semblait une belle action à mener. J’attends la réponse dudit Institut, jusqu’à ce jour. Mais mon offre tient toujours, dans l’espoir de contribuer au dialogue et à la paix, même en temps de trouble. Ou peut-être, surtout en tant de trouble.

Il se trouve que, juste après la diffusion de ce billet d’humeur, je pars aujourd’hui en excursion à la mer Morte, avec ma femme. Nous emprunterons la route qui descend de Jérusalem vers Jéricho, une route sur laquelle roulent côte à côte automobilistes israéliens et palestiniens, « en dépit de la situation ».

Par Raphaël Jerusalmy

2 commentaires

  1. La kultur.froncai ,c est quoi ? C est plutôt c était ,il était une fois….Aujourd hui ,regardez l exemple des médias et des universités !

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