Le Manuel bleu contre l’antisémitisme et la désinformation : cyber-antisémitisme

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Extrait de la semaine

Les réseaux sociaux sont destinés à unir et rapprocher les hommes. Or ces réseaux souffrent actuellement d’une infection de cyber-antisémitisme, dont le danger qu’elle représente n’est malheureusement plus à établir, suite aux actes de violence anti-juifs, allant jusqu’au meurtre, qu’elle a entraînés dans son sillage.

Les réseaux sociaux

Les grandes sociétés informatiques font-elles tout le nécessaire pour endiguer cette marée de haine ? Et les gouvernements ? Et nous ? Voici les éléments permettant de comprendre l’ampleur et la complexité du phénomène. Ainsi que quelques recommandations aux internautes désireux d’agir.

1. Le cyber-antisémitisme sévit sur diverses plateformes informatiques dont la plus patente est celle des sites web officiels, islamistes pour la plupart (bien qu’il existe aussi des sites de type néo-nazis). Toute organisation terroriste qui se respecte en anime un ou plusieurs. Elle y présente sa doctrine, les objectifs qu’elle désire atteindre (dont la destruction de l’Etat juif), et invite les internautes à se rallier à sa cause. Les sites d’appels à la violence les plus notoires appartiennent aux mouvements djihadistes.

2. Le second mode opérationnel pratiqué par le cyber-antisémitisme est l’intrusion. Ses ‘militants’ et adeptes s’immiscent dans le plus de forums et espaces de discussion possibles. Ce mode d’action est particulièrement préconisé par les membres du mouvement BDS appelant au boycott d’Israël.

3. Le troisième champ est de loin le plus dangereux. Et le moins contrôlable. C’est celui du web profond (ou dark web) qui, bien que clandestin et illégal, représente l’immense majorité des contenus publiés sur la toile. On y trouvera des armes et des explosifs à acquérir ou fabriquer soi-même, des pages de pédophilie, des appels concrets à la perpétration d’attentats et de meurtres. Leurs adresses cryptées et modifiées à de très courts intervalles rendent la plupart de ces sites quasiment indécelables. En tout cas, les autorités compétentes n’ont pas suffisamment de personnel et de moyens pour les traquer et neutraliser toutes.

4. C’est la combinaison fatidique de ces trois modes d’action qui a donné naissance au phénomène des ‘loups solitaires’, recrutés et manipulés à distance grâce aux graines de la haine semées dans leurs esprits. Et dont les Juifs sont l’une des cibles principales du fait qu’ils tombent sous diverses catégories selon qu’ils soient associés au sionisme, au capitalisme occidental, à l’impérialisme américain, au patronat, mais aussi au progressisme et donc à l’incroyance.

5. Pour réfléchir à la façon de parer à ces menaces, une conférence internationale consacrée au cyber-antisémitisme a été organisée à Jérusalem, en avril 2016. En dehors de la nécessité de faire pression tant sur les gouvernements que sur les grandes compagnies de l’internet, et d’arriver à une législation adéquate, les participants à cette conférence ont considéré comme primordiale l’action à mener par tout un chacun. Comme le montrent les exemples et recommandations qui suivent.

6. Une fois encore, il est essentiel de créer des précédents qui fassent jurisprudence. L’un des dossiers pionniers dans ce domaine est le procès qu’intentèrent la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) et l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) à Yahoo, en l’an 2000. Les plaignants découvrirent un site de vente aux enchères d’objets nazis publié par Yahoo, alors que le code pénal français interdit la vente publique de tels objets. La justice française, en donnant raison aux plaignants, établit alors que la loi d’un pays donné s’applique à tout site internet même si la société qui l’a mis en ligne a son siège à l’étranger. Yahoo, faisant appel au premier amendement de la Constitution des États-Unis (relatif à la liberté d’expression), demande un jugement américain et gagne gain de cause. Mais la LICRA et l’UEJF font appel de cette décision. En août 2004, la Cour américaine statue que Yahoo doit se soumettre à la législation des pays dans lesquels elle choisit de développer ses activités. Depuis lors, hébergeurs et fournisseurs internet sont dans l’obligation de se conformer aux lois de chaque pays, et des mesures qu’il adopte pour lutter contre la cybercriminalité et les contenus racistes publiés sur la toile.

7. Malgré cette obligation, la façon dont les compagnies telle que Yahoo gèrent les mécanismes de contrôle et modération destinés à empêcher la diffusion de messages illicites laisse grandement à désirer. Des militants de l’UEJF, de SOS Racisme et de SOS homophobie ont réalisé en France, du 31 mars au 10 mai 2016, le premier testing de masse des réseaux sociaux en signalant tous les contenus racistes, antisémites, négationnistes, homophobes, ou d’apologie du terrorisme et des crimes contre l’humanité diffusés sur Yahoo durant cette période. Des 586 contenus signalés, 4 % ont été supprimés par Twitter, 7 % par YouTube et 34 % par Facebook. En pratique, les grandes sociétés du web ne sont condamnées que si elles ne suppriment pas un contenu illicite dans un ‘délai raisonnable’. D’où l’importance d’une vigilance constante de notre part afin de signaler tout dérapage dans les plus courts ‘délais’.

8. De manière générale, une même législation s’applique à ce qui est diffusé sur le web qu’à ce qui est écrit et imprimé. Autrement dit, quiconque poste des propos antisémites sur sa page Facebook peut encourir les mêmes poursuites que l’auteur d’un livre contenant des propos de même nature. Mais, là encore, la loi n’est pas suffisamment claire. Il faut donc la consolider en signalant un maximum de cas à la justice.

9. Nombre d’intervenants dans le cadre de la conférence de Jérusalem sur le cyber-antisémitisme, mentionnée plus haut, insistent sur le fait que la lutte antiraciste peut et doit aussi se faire au quotidien par les internautes eux-mêmes. Quelques clics suffisent à signaler un site ou forum antisémite aux autorités compétentes de votre pays, dont les polices contre la cybercriminalité. Vous pouvez également utiliser les formulaires mis à votre disposition en ligne par Facebook, Twitter, YouTube. Dans les forums, n’hésitez pas à bloquer ou bannir les utilisateurs qui profèrent des injures antisémites, ou des provocations destinées à saboter la discussion. Prenez toujours soin d’avertir les médias sociaux et associations qui se consacrent à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur la toile et en général.

10. Et surtout, n’oubliez jamais que les outils et plateformes informatiques ont été créés dans le but de promouvoir le dialogue et le rapprochement. Utilisez-les pour dénoncer les fauteurs de haine auprès des autres internautes et les sensibiliser au danger qui pèse sur la toile. Mais aussi pour recueillir des déclarations de soutien et d’amitié de la part des amis du peuple juif et d’Israël. Soyez régulièrement en contact avec eux afin d’affermir le web du dialogue et de la fraternité, plutôt que celui de la discorde.

La sécurité des Juifs d’Europe est actuellement mise en cause de façon alarmante, rappelant des époques sombres que l’on croyait révolues. Des époques au cours desquelles, les communautés juives furent souvent privées de la liberté d’exercer leur culte et empêchées de préserver leurs coutumes et leur patrimoine culturel. C’est à nouveau le cas dans certains pays de l’Union européenne comme nous le verrons la semaine prochaine.

Participez à la diffusion du Manuel bleu auprès du public juif (synagogues, mouvements de jeunesse, institutions…) aussi bien que non-juif (étudiants, décideurs, journalistes). Offrez-le à vos amis et à vos proches. Concernant les associations ou les institutions, il est possible de commander des exemplaires « personnalisés », avec le logo de l’institution et une préface de son président.

Ecrire à la maison d’édition. Par courrier : Editions Valensin – David Reinharc, 16 boulevard Saint-Germain, 75005 – Paris. Par mail : editions.valensin@gmail.com

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