La Chine veut faire de l’Iran sa «station-service»

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China’s President Xi Jinping, bottom, walks down the steps for the start of a welcome ceremony for Switzerlands President Ueli Maurer, not pictured, at the Great Hall of the People on April 29, 2019 in Beijing, China. (Photo by Madoka Ikegami – Pool/Getty Images)

Suivez les traces du pétrole : après Anchorage, la Chine fera de l’Iran sa station-service si l’Amérique continue de fermer les yeux

Si les États-Unis n’appliquent pas plus rigoureusement les sanctions, alors la surabondance de pétrole à prix fortement réduit de l’Iran représente une source attractive et disponible, et la Chine peut préparer la République islamique à fonctionner comme sa station-service en toute impunité.

FM Yisraël Katz (in 2019) with US Deputy National Security Adviser Victoria Coates at the MFA in Jerusalem

par Victoria Coates

Dans la foulée de la rencontre tendue avec le secrétaire d’État Anthony Blinken à Anchorage le week-end dernier, l’un des plus hauts diplomates de la République populaire de Chine, Yang Wi, est de nouveau en déplacement – cette fois à Téhéran. L’agenda du voyage de Yang n’est guère une simple coïncidence ; ce n’est que la première de ce qui constituera certainement une foultitude de conséquences indésirables et imprévues, qui gêneront la nouvelle administration Biden à la suite de leur premier engagement direct avec la RPC (République Populaire de Chine).

Les réunions en Iran seront, sans aucun doute, beaucoup plus conviviales et productives que les discussions houleuses d’Anchorage, car Pékin et Téhéran peuvent faire beaucoup d’affaires ensemble, si les États-Unis se désintéressent de la question. Malgré les protestations de l’administration Biden avant Anchorage selon lesquelles les États-Unis continueraient d’appliquer les sanctions, il devient clair – malgré une conférence de presse éprouvante – que Pékin a conclu qu’il n’y aura pas de répercussions significatives sur une relation commerciale plus ouverte entre la Chine et la République islamique. Rien n’indique que l’Iran était même à l’ordre du jour à Anchorage, sauf en ce qui concerne la priorité de l’administration Biden: de nouvelles négociations concernant le Plan d’action global conjoint (JCPOA), sur lequel l’Envoyé spécial pour l’Iran, Rob Malley, avait déjà débriefé ses homologues Chinois.

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La Chine a clairement des priorités différentes qu’il poursuivra à la lumière de l’évaluation par la RPC de la faiblesse croissante de l’Amérique à l’ère Biden – et de la force croissante de la Chine. Sous l’administration Trump, la RPC a calculé que si l’énergie iranienne bon marché pouvait être intéressante, il n’y avait aucune comparaison entre faire des affaires avec un Iran violent et risqué, et faire des affaires avec les États-Unis. Bien entendu, il y avait de la tricherie à jouer avec les marges des sanctions énergétiques qui étaient la pierre angulaire de la «campagne de pression maximale» sur le régime iranien, mais les dirigeants de Pékin ne risqueraient pas la punition économique qui s’annonçait clairement pour toute violation significative. La baisse de la demande chinoise de pétrole iranien était une frustration majeure pour Téhéran, avant même la crise sanitaire du coronavirus et a duré jusqu’à la fin de 2020, mais tout cela est en train de changer.

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La Chine, en tant que première puissance importatrice mondiale d’énergie, s’est à juste titre préoccupée de la disparité entre sa vulnérabilité énergétique aiguë et la posture énergétique de plus en plus robuste des États-Unis, qui sont devenus l’un des trois grands producteurs mondiaux avec l’Arabie saoudite et la Russie. Cependant, si les États-Unis n’appliquent plus rigoureusement les sanctions, la surabondance de pétrole à tarif fortement réduit de l’Iran représente une source attractive et prête à l’emploi, et la RPC peut préparer la République islamique à fonctionner comme sa station-service en toute impunité. S’il est difficile de suivre le monde obscur des «pétroliers fantômes» iraniens illicites, des rapports open source indiquent que les exportations vers la Chine ont peut-être doublé en février, puis presque quadruplé pour atteindre un million de barils par jour ce mois-ci

Pour Téhéran, cette augmentation spectaculaire des exportations vers la Chine n’est rien de moins qu’un Deus ex Machina économique et cette intervention permettra aux mollahs d’obtenir le maximum de concessions de Washington avant d’accepter de nouvelles négociations du JCPOA, d’autant plus que l’administration Biden a offert par avance des concessions, telles que le retrait des Houthi du Yémen de la liste des organisations terroristes étrangères et le gel de la vente des jets F-35 vers les Émirats arabes unis. 

S’ils peuvent vendre à la RPC un million de barils par jour, cela atténue à la fois leur crise de stockage et cela leur donne les revenus pour tenir indéfiniment, gaspillant en quelques semaines le levier économique qui avait été minutieusement développé sous l’administration précédente. Mais ce n’est qu’une partie des revers stratégiques que la lutte contre les sanctions représente pour les États-Unis. Nous savons par expérience amère que les revenus de ces ventes ne seront pas dépensés pour améliorer la vie du peuple iranien, mais seront canalisés vers des milices supplétives terroristes, complotant pour attaquer les Américains et nos alliés, du Liban au Yémen. En outre, la RPC disposera d’une source d’énergie abondante et à prix réduit au mépris public des sanctions américaines, tandis que l’Amérique et nos alliés perdront une part critique de marché.

Rétrospectivement, le virage chinois vers l’Iran pourrait bien n’être que la première manifestation du nouveau paysage géostratégique qui se dessine au lendemain des réunions d’Anchorage. L’administration Biden semble disposée à compartimenter ce désagrément, à la recherche d’un grand marché sur le climat, et l’envoyé spécial pour le climat John Kerry a consciencieusement assisté à une réunion virtuelle sur le sujet cette semaine, présidée par son homologue chinois Xie Zhenhua. La question est alors de savoir si l’administration fermera également les yeux sur le commerce en plein essor entre la Chine et l’Iran pour graisser la patte de l’Iran, en espérant une nouvelle version du JCPOA, même si ce commerce sapera gravement les intérêts cruciaux des États-Unis au Moyen-Orient? 

Malheureusement, la réponse de Pékin à cette question, reprise avec enthousiasme à Téhéran, semble être «oui». 

Victoria Coates est Senior Fellow au Center for Security Policy. 

nationalinterest.org

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